Après des mois de sécheresse dans la région, la pluie est tombée pendant quatre jours, au désespoir des festivaliers, et surtout des campeurs. Après la première nuit, le camping était déjà inondé et les tentes de location (qui n'étaient pas renforcées avec des piquets) sont restées tout sauf sèches. L'organisation n'était pas bien préparée aux intempéries annoncées et l'aide d'urgence annoncée samedi (avec navette gratuite vers un abri dans le voisinage) est arrivée trop tard pour beaucoup. Heureusement, nous avons pu loger chez des amis belges dans un parc de vacances tout proche, après une première nuit humide sur le "Glamping".
JEUDI





Heureusement dès jeudi, tout s'arrange. "How are you feeling?",
Errol Arawak alias
King Earthquake ouvre les hostilités, un titre heavy dub après l'autre à travers les enceintes de Green-Light Soundsystem: "Raw dub a play!" D'ailleurs, il fait aussi de la publicité pour sa radio Internet (que vous pouvez retrouver sur son site web), tous les lundis de 21h à minuit. Le premier temps fort est l'extrait de 'Like A Warryiah' du chanteur
Joseph Lalibella. Son fameux 'Babylon Falling' en collaboration avec O.B.F. est également très appréciée. "When soundsystem a play, it gives you a feeling you can't explain", et on ne peut qu'être d'accord with Earthquake. "Guidance & Itection!"
A l'intérieur du Metrodanceclub,
Don Fe nous emmène dans les hautes sphères avec ses productions et sa flûte traversière en direct, assisté par le
Dr. Wise de Murica au micro, ainsi que par sa filleule et sa mère avec lesquelles il a aussi travaillé dans un groupe il y a une vingtaine d'années. Il présentera également une création belge, 'Incredible' d'Earl Sixteen sur un riddim d'Unlisted Fanatic, précédée de l'instrumental avec Moonshine Horns et Chazbo sur le mélodica, titre qui sera disponible très prochainement sur Sir Runnin'. Earl Sixteen se produira également en live dans la Main Arena samedi soir aux côtés des jamaïcains
Suns of Dub, et emmènera leur succulent set (avec un délicieux remake de 'Is This Love' de Bob Marley et un live steel drumming de
Jah Bami) à un niveau encore plus élevé, avec entre autre une belle performance de 'Let Jah', une sortie très réussie de Forward Fever sur le label Indica Dubs.
VENDREDI
Back A Yard nous nous réveillons avec des classiques comme 'Ready, Aim, Fire' (Pablo Moses), 'Skylarking' (Horace Andy) et 'Rasta Business' (The Mighty Threes). Tout comme la veille,
UK Principal rime docilement avec les versions, après quoi
Paula Bu de Barcelone nous présente une fois de plus sa carte de visite avec sa voix profonde et soul, au côté d'une autre MC féminine de
Jah Life International. De la péninsule ibérique, il y a aussi
Roberto Sanchez, producteur de premier plan, qui mixe non seulement ses propres productions en direct (avec 'Trod On' des Viceroys comme point culminant incontesté), mais aussi des "bandes originales" d'artistes comme Linval Thompson et Freddie McKay, tout en chantant et en parlant avec aisance ; c'est ainsi que le sidekick
Shanti Yalah est rare dans la pièce. Le Français
Kanka semble être beaucoup moins à son aise plus tard dans la soirée, mais saura quand même charmer le public espagnol avec son fameux 'Stepper Style' sur l'excellent
Wandem Soundsystem de Bordeaux, qui sera forcé de plier boutique le jour suivant à cause du mauvais temps.
Les espagnols de
Green-Light Soundsystem, qui en tant que co-organisateur de l'IDG et de la Rototom's Dub Academy sont les hôtes de la Main Arena, ouvre avec 'Carry On' de Vivian Jones (alors que mes pensées vont vers Irie Ilodica, avec qui j'ai vécu plusieurs aventures fantastiques en sol espagnol), suivi par une dubplate de 'Rastafari Is The Way', interprété par Eroll Bellott et Dixie Peach. Et ce ne sera pas le seul artiste avec Green-Light, qui avec
Maki Banton et
Charlie P ont invité des MC's très adéquates.
Channel One, par contre, n'était peut-être pas le co-équipier le mieux approprié.
Mikey Dread a complètement changé le cap avec des classiques comme 'Heavenly Protected' (Steve Santana), une version de 'Satta Massagana' et 'Ethiopian King' de Vivian Jones. "Roots inna yard!", souligne
Ras Kayleb. L'an dernier, ils n'ont pas pu prendre l'avion à cause d'un incendie à l'aéroport, explique-t-il. Cette année, ils viendront par terre et par mer avec leur système de sonorisation complet. "Let Jah be praised!"
SAMEDI
"Tell me what a gwaan?",
Murray Man lâche très rapidement un de ses célèbres textes, faisant référence au Brexit en Angleterre, aux gilets jaunes en France et à la crise financière en Espagne. Le microphone et le spliff dans la main droite et la main gauche sur la table de mixage, il diffuse ses "vibrations mystiques" depuis son propre studio Mellow Vibes, qui inclut également Augustus Pablo, mais la manipulation des lecteurs CD n'est pas toujours facile. Soudain, tous les yeux, smartphones et photographes se tournent vers
Claire Angel, qui saute sur la platine et se met à chanter dans un vrai style dancehall, dur et confiant. La jeune rastadame de Birmingham impressionne, entre autres avec 'Selassie I', et en un rien de temps elle devient la révélation d'IDG: "People are you ready?"
Nous sommes maintenant tout à fait prêts pour
Johnny Clarke qui, cependant, n'a l'air en forme que sur 'Declaration Of Rights' et 'Satta Massagana', les deux reprises de The Abyssinians. Le micro n'est pas assez, et
Daddy Sevi de Green-Light, clairement épuisé, ne va pas vraiment y remédier ; épuisé et comment! Quand on joue encore dans le Bassment jusqu'aux petites heures du matin… Néanmoins, une fois de plus, nous apprécions la légende vivante qui enchaîne un tube après l'autre, souvent précédé d'une courte introduction de la chanson originale, comme c'était la coutume en Jamaïque à l'époque. On entend successivement 'Roots Natty Congo',' African Roots' et 'None Shall Escape This Judgement': "I love him, observe him!".
Avec
Martin Campbell, rien de nouveau sous le soleil, à part chanter des chansons puissantes et éternelles, tels 'Ignorance & Poverty', 'Rich Man' et 'Wicked Rule', après quoi nous nous préparons pour un soundclash exceptionnel entre deux légendaires dubmasters:
Mad Professor a une introduction caractéristique, fait maison, pleine de dubs fous et d'effets abondants, bordélique pour l'un, génial pour l'autre; la réponse de
Scientist est malheureusement complètement éclipsée par la présence constante d'un rappeur espagnol ennuyeux qui nous force à nous éclipser nous aussi.
Ital Horns featuring Conscious Sounds & Dubdadda nous captivera certainement plus tard dans la soirée. L'animateur
Sinai Soundsystem de Sheffield démarre avec un remake réussi de 'Jamming' d'Al Campbell, mais la suite n'est pas notre tasse de thé. En raison des conditions météorologiques et d'un vol de retour anticipé, nous ne retournent plus au festival pour le dimanche de Pâques.
Photos: © International Dub Gathering