Les adeptes des réseaux sociaux parmi nous (presque tout le monde donc) ne l'auront pas manqué, au cours des dernières semaines, on a appris qu'Afro C, le festival de world music gratuit de Bredene, n'existe plus. C'est une variante plus flamande avec des têtes d'affiche comme Raymond Van het Groenewoud et le Ketnetband qui prendra sa place, dans une commune où le rouge est la couleur de la ceinture du maire.
Depuis plusieurs années, à la mi-août, l'Afro C de Bredene était traditionnellement marqué en rouge dans notre agenda, car à chaque fois le programmateur Rutger De Cloedt nous offrait immanquablement deux grands noms du reggae, le vendredi comme le samedi. Au cours des dernières éditions, nous avons pu entre-autres voir Israel Vibration, Don Carlos ou Black Roots, pas les moindres donc, et ce, totalement gratuitement, à deux pas de la côte belge.
Avec les fêtes légendaires qui lance le festival dans le Muziekcentrum, Staf Versluys a souvent invité de grands noms jamaïcains, tels que The Gladiators (ou plutôt leur progénitures) et The Congos (avec Pura Vida). Bien que la tête d'affiche de la dernière édition (Ky-Mani Marley) a un peu exagéré et que les afterparties auraient eu besoin d'un peu plus de qualité et de variété, la Flandre perd tout de même l'un de ses festivals world music les plus réussis et pertinents, avec comme point culminant la grosse performance du Kosmo Sound qui aura refermé Afro C 2018 en beauté.
Le fait que l'Afro C, où non seulement le reggae mais aussi les sons globaux au sens large avaient une place d'honneur, doit faire maintenant place à une alternative "familiale" avec des reprises et de la musique néerlandophone est un choix du conseil municipal renouvelé que nous ne pouvons que respecter. Si avec cela, ils veulent logiquement laisser leur empreinte, les arguments avancés pour justifier leur décision sont pour le moins douteux. On parle d'une "réduction de l'affluence", ce qui n'est pas une surprise quand on sait le temps pourri que le festival a dû endurer le vendredi, l'année dernière, mais dans la grande tente du festival on n'a rien remarqué, et le samedi il y avait encore beaucoup de monde. Le fait que les commerçants "aspirent à quelque chose de nouveau" fait aussi froncer les sourcils, puisque chaque année leurs vitrines baignaient dans l'atmosphère d'Afro C (par analogie, tel Benicassim en Espagne, qui se met aux couleurs de Rototom chaque année) et organisaient toutes sortes d'actions d'épargne pour leur clients.
Un simple coup d'œil sur le site du festival Afro C suffi pour constater que ce festival réunissait différentes générations et cultures, et ne se concentrait pas (exclusivement) sur les familles flamandes blanches. Nous trouvons le nom et le programme de son successeur Bredene Festivalt moins vibrant, moins coloré et moins innovateur; les amateurs de reggae devront sans doute aller ailleurs pour la semaine qui suit Reggae Geel.