Après l'édition 2016 de Reggae Geel et la débâcle du Bounce-stage à coup de 'Cotton Eye Joe' ou 'Barbie Girl', la question qui était dans tous les esprits était la suivante: qui allait se charger de relever le niveau et "make the bounce great again" cette année? Nous allons donc essayer d'y répondre pour vous.
Arrivés sans encombre le vendredi, il est temps pour nos reporters de s'atteler aux taches qui leurs ont été désignées, et pour ma part, il s'agit donc de la fameuse scène Bounce dédiée au dancehall.
Il est déjà presque 22h alors que les anversois d'High Grade Sound terminent leur deuxième set, et ils ont encore des munitions: une dernière série de tunes avec pour fil conducteur le sample du Bam Bam de Sister Nancy comme la toute nouvelle combinaison Jay-Z/Jr. Gong intitulée sobrement 'Bam' ou le Stylo G 'Badd' en version dubplate, encore quelques dubs en medley avec Busy Signal, Shabba Ranks & Sizzla pour finir sur 'Road To Zion' de Damian Marley encore une fois, et laisser une tente déjà bien remplie pour un vendredi au DJ le plus omniprésent en Belgique cette année, Tommy Milfnikka!
En effet, malgré une absence remarquée lors de Tomorrowland, l'ancien MC de Civalizee Foundation est devenu une valeur sure pour égayer toute soirée ou festival du royaume. Il était donc l'hôte idéal pour la tente dancehall, aux côtés de notre voisin des Pays-Bas, le vendeur de sneakers (et soundman accompli), Sultan, du tout aussi fameux Herb-A-Lize It d'Enschede.
Et donc, compris il l'avait promis, Tommy nous fera voyager de l'époque pré-millenium (les débuts de Civalizee), avec une revue presque complète de tous les riddims de l'époque et les classiques de Sean Paul, Red Rat, Degree, T.O.K., Elephant Man (surtout le samedi après-midi) jusqu'aux hits plus récents de Ward 21 ("Warning to all ganjaman, the police is watching!" entend-on dans le micro), Mavado, Busy Signal, Popcaan, ainsi que du kuduro, du ragga-hip hop, du trap (mais pas trop), tous les ingrédients pour garder la tente pleine pendant tout un week-end.
Et il n'était évidemment pas le seul à faire danser les foules: D-MASTA, qui nous vient du Limbourg, est lui aussi un roi de l'animation, et il a amené ses danseuses pour assurer l'ambiance! Avec lui on aura droit à une douche de vibes tropicales, soca, azonto, dancehall post-2000 et une interaction avec le public constante tout au long du show.
La faim commençant à se faire ressentir, et d'autres attractions attirant l'attention au même moment (Chronixx, Illbilly Hitec…), Herb-A-Lize It nous passera sous le nez, mais on peut faire confiance à Sultan pour ne pas faire retomber la pression du Bounce.
Le set de Soul Supreme, un sound qui opère le plus souvent à New York, ne restera sans doute pas gravé dans les mémoires: peu d'animation et des dubs pas vraiment spectaculaires. Le reste de la sélection est correct, beaucoup de nouvelles tunes, ça change un peu des classiques, mais rien de vraiment notable. C'est alors qu'Aidonia viendra à la rescousse pour clôturer cette première soirée, dans un showcase purement yardie, chansons enchainées très rapidement (et chantées moyennement bien) mais le public apprécie et saute, et les danseuses amateurs se bousculent pour "sit down pon the cocky". Une dernière bière et la sécurité nous met dehors, direction les bras de Morphée.
Le samedi après-midi débute donc, comme dit plus, par du dancehall classique sélectionné et animés par Tommy Milfnikka, la tente n'est encore qu'à moitié pleine (ce qui fait déjà beaucoup de monde) mais la pluie va, peu après, se charger de la remplir complètement (au dépit du main-stage).
Toujours une sélection approprié à l'endroit, pas de 'Despacito' (heureusement) mais bien le classique 'Gasolina' (qui, il faut l'avouer, est encore aujourd'hui un des meilleurs tracks reggaetón au monde), la foule devient de plus en plus compacte alors que la pluie a déjà cessé. Et Milfnikka met le feu.
C'est ensuite au tour d'East End Rock, représentant Oostende, de prendre les commandes. Et le feu continue de bruler, le MC hyper énergique court de droite à gauche, le tempo est élevé, plein de nouveautés dancehall, soca, azonto et des dubs sympathiques. Une bonne performance droite dans la ligne que s'est fixé le Bounce cette année.
Le sound qui suit, Cromanty de Westouter en Flandre occidentale, est aussi bien connu pour son habilité à faire danser les foules dans une ambiance bon enfant et ludique (voir comique), et c'est ce qu'ils feront, fidèles à leurs réputation, avec une sélection dancehall variée, des dubs de Cutty Ranks ou Burro Banton entre autres, ainsi qu'une polka inopinée, 'Korobeiniki' (plus connu sous le nom de 'Tetris theme') comme quoi il est possible de lâcher une tune humoristique sans transformer la tente en fête foraine.
Un parcours donc globalement sans faute pour la plupart des sounds invités cette année, et ce ne sont pas les grands noms qui doivent encore performer cette nuit, qui vont gâcher ça… Enfin c'est ce qu'on croyait encore vers minuit.
Ce sont donc les allemands de Kingstone Sound qui prennent les rênes à partir de 23h30 pour une prestation vraiment mitigée, des sélections pas mauvaises mais un temps d'attente entre chaque tune qui force le MC à répéter des bruits étranges (ça n'avait pas l'air de mots en tout cas) jusqu'à ce que le selector trouve enfin le bouton "play". Le sound avait tout de même un invité-surprise, D-Major, mais sa courte prestation démarrée par une reprise de Busy Signal (pourquoi?) n'impressionne pas. Puis vient, comme prévu, Bay-C (de T.O.K.), sa voix rauque est reconnaissable entre mille, il enchaine les classiques du groupe (sans le groupe, bien sûr) avant de s'attaquer à des tunes tirées de sa nouvelle mixtape. Un bon show, mais sans plus.
Finalement, Ricky Trooper, qui sera censé vous faire danser jusqu'au bout de la nuit (ou au moins jusqu'à 4h), arrive en scène. Cet ex-membre du légendaire Killamanjaro, est, comme beaucoup de selectors jamaïcains quand ils se produisent en Europe, capable du meilleur comme du pire. Et pour Reggae Geel cet année, c'est plutôt le pire qui a dominé dans sa sélection. Donc, oui, évidemment, Ricky Trooper a des bonnes tunes mais quand on entend 'Gangnam Style' ou 'I've Got A Feeling' en dehors de la fête de mariage de sa cousine, on se sauve! Et ce n'est pas Tanto Blacks qui va vous retenir d'aller check les autres scènes. Pour la petite histoire, la rumeur disait depuis vendredi que Beenie Man trainait en backstage, et les fans de s'imaginer quel final se serait, un petit showcase du Doctor pour clôturer cette édition 2017… C'était hélas sans compter le fait que Ricky Trooper n'avait pas emmené de version instrumentale sur son USB! Le public devra donc se contenter d'une petite danse, quelle déception!
Encore une fois, les têtes d'affiche du Bounce déçoivent, mais l'organisation du festival a prêté attention aux remarques du public et a cette fois su programmer les soundsystems et DJs du moment, pour la plupart des locaux, et ceux-ci peuvent s'enorgueillir d'avoir remis la barre au plus haut. Mission accomplie: the Bounce is great again!