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Bomboclat 2017: c'était vraiment un bomboclat festival!
Event ReportJul 25, 2017

Bomboclat 2017: c'était vraiment un bomboclat festival!

By Irie Nation

Il fallait être un peu fou pour lancer sur la plage de Zeebruges, le long de cette côte belge où le soleil n'est jamais garanti, un nouveau festival appelé Bomboclat, dont la mission était de transformer ce bout de sable belge en festival tropical.



Heureusement qu'il y a donc à Bruges des gens assez passionnés pour prendre ce risque. Et assez passionnés de reggae, de dancehall et de musiques du soleil pour proposer une programmation qualitative, assez pointue, tout en restant ouverte au grand public.

Sous un grand soleil de Fête Nationale, c'est notre Dancehall Punk qui ouvre les festivités de ce Bomboclat Festival. Pour l'occasion, il s'est plutôt mué en reggae punk: avec la sortie du dernier tome d''Umanizm', Uman a également formé son propre band, avec qui il fait la tournée des festivals d'été. Et avec ses musiciens, c'est un répertoire strictement reggae qu'il joue : entre des classiques comme 'Le Fou Du Roi' ou 'Tiens Toi Droit' et des perles de son dernier album comme 'Sinsemilia' ou 'Pas de Justice, Pas de Paix'. La synergie entre les musiciens, la choriste et l'artiste fonctionne très bien, mêlant reggae roots avec une pointe de chanson française, distillant très clairement des textes critiques, sans concessions. Tout naturellement, en ce 21 juillet, Uman a terminé par son légendaire 'Bienvenue En Belgique'. 

Cela avait été la course pour arriver à temps pour ce concert, partagé avec les quelques dizaines de premiers festivaliers. Temps maintenant de découvrir le site, totalement installé directement sur le sable. Le coin des food-trucks est assez bien fourni des habituels thaï, kebab, crêperie et autres. Dans le Kids Corner, on voit se dresser deux immenses toboggans gonflables. Et puis on arrive au Nah Mean Dancehall. L'espace est délimité par des conteneurs de 12 mètres qui permettent de protéger l'espace du vent mais également d'améliorer l'acoustique. Une grande bâche couleur sable pour couvrir le tout, quelques éclairages et un bon son: une ambiance idéale pour trois jours de sound systems dancehall bien sûr, mais également de plein de styles musicaux qui vous font penser au soleil: soca, afrobeat, coupé-décalé, latin bass, zouk, et j'en passe. Parmi les sets que j'ai pu voir, ceux de Cromanty, Rakka et DJ Drigao mettaient la barre très haute et ont fait suer les danseurs et danseuses. La tente n'a quasiment jamais désempli, même pendant les concerts sur la scène principale. Une chose est claire: dans le public, plutôt jeune, très féminin et vraiment métissé, nombreux étaient ceux qui étaient venus pour danser, danser et encore danser.

Le concert de Verse Ital, encore assez tôt, n'a pas fait de vagues. Il faut dire que ses concerts sont assez linéaires, avec peu de variations ou de titres qui sortent du lot. Il aura fallu attendre les 19 heures pour que l'avant de la scène se remplisse partiellement pour le concert d'Agent Sasco aka Assassin, en compagnie des musiciens du Dub Akom Band. On a déjà eu l'occasion de parler de Sasco et de ses concerts: pour moi, il s'agit d'un des meilleurs exemples d'artistes complets et d'entertainer aguerri. Que ce soit du dancehall explosif ou des titres reggae plus émotionnels, il réalise la balance parfaite, gardant toujours le contact avec le public et une voix étonnamment sans faille.

Stonebwoy est un artiste dancehall et afro-pop ghanéen qui a apparemment trouvé un large public et convaincu également l'industrie musicale vu qu'il a reçu en 2015 le BET Award pour le Meilleur artiste international pour l'Afrique. Le début de son concert était plein d'énergie et de dancehall déjanté. Mais très vite, entre les impros du chanteur et les morceaux qui se prolongent, on perd le fil conducteur du show. Le public a commencé à se lasser et à se disperser. Même si, à la fin du concert, Stonebwoy et son crew ont recollé les morceaux du groupe et joué quelques bons tunes, sur l'ensemble cela reste assez peu convaincant. 

Après les habituels 45 minutes de changement de scène, c'est le groupe-à-tout-faire Dub Akom qui reprend place sur scène pour backer la tête d'affiche du vendredi: Konshens. Ils ont l'habitude de jouer avec lui, mais il semble étrangement que le concert ne soit pas vraiment préparé. Si Konshens déchaîne les foules au début du concert avec plusieurs de ses gros hits, il se perd ensuite un peu sur des longues tirades au ralenti, dont celle à la mémoire de son frère Delus décédé l'année dernière. La suite du concert aurait pu repartir sur les chapeaux de roues, mais Konshens avait amené un selector pour le backer sur quelques titres qu'il a donc interprétés en… playback! Encore une fois, Konshens marque quelques points mais ne réussit pas à convaincre sur l'ensemble de sa prestation, même si l'ambiance est restée festive sur la plage malgré ses erreurs.

Le couvre-feu strict à minuit en a surpris plus d'un, il y avait comme une envie d'encore ou d'after-party dans l'air. Mais de cela, pas encore question. Ce sera peut-être possible à l'avenir quand le festival se sera mieux implanté dans son environnement. Retour donc au petit camping de taille humaine, à une distance raisonnable du site. Cela fait plaisir finalement un festival de petite taille, surtout pour ceux qui avaient expérimenté Dour la semaine avant.

Le samedi, Quantum Café a distillé ses vibes pour une quinzaine de personnes avant que la drache nationale ne s'abatte sur la plage et la scène. C'est finalement en même temps que le soleil que Skarra Mucci a fait son apparition sur le podium... Avec le Dub Akom Band. Il me semble qu'on a déjà parlé d'eux, non? Le Dancehall President, du nom de son dernier album, a dépensé une énergie énorme pour lancer l'ambiance de ce deuxième jour de festival et rameuter les massives dispersés par l'averse. Autant acteur que chanteur, balançant aussi bien des blagues que des clash tunes, il a pu créer le contact avec le public et proposer un set entraînant. 

Après une introduction encore une fois approximative de la MC de service, c'est la frêle mais solide Sara Lugo qui apparaît sur scène. La jeune Allemande a su conquérir un large public, notamment grâce à des featuring très remarqués avec Protoje ou Kabaka Pyramid. Difficile pour moi de juger de son concert, je n'accroche pas à la voix et au style de la chanteuse. Elle en tout cas assuré le show pour les fans présents, accompagnée par un backing band très bien rôdé.

Le jeune mais immense talent qui suivait au line-up était accompagné du groupe allemand Boomrush: Randy Valentine se trouvait pour la première fois, avec un groupe, sur la scène d'un festival en Belgique. Il ouvre avec 'Lock Me Up' et emmène les massive dans un concert intimiste malgré la grande taille de la scène. Laissant de côté de nombreuses de ses chansons les plus festives ou populaires, il choisit d'interpréter plutôt un répertoire profonde du lovers rock où ses qualités vocales ressortent. Malgré tout il ne pouvait pas terminer sans interpréter son 'Light It Up' sur le Taxi riddim: "We a go light up that Bomboclat!"

Le ciel restait nuageux et chargé et Romain Virgo (invité de dernière minute à remplacer le Congolais Fally Ipupa, annulé pour des raisons de politiques congolaises) a entamé son concert sous une fine bruine. Romain Virgo est une voix et une valeur sure maintenant: je n'ai jamais entendu parler d'un de ses concerts qui aurait été mauvais. Accompagné de son propre groupe, bien rôdés, avec un excellent saxophoniste, il enchaîne sans souffler une liste impressionnante de hits. Quand la pluie s'arrête, alors que le soleil commence à se coucher, c'est un magnifique arc-en-ciel qui ajoute de la magie au concert d'un Romain Virgo toujours au top.

Enfin, la seconde tête d'affiche était déjà annoncée. Avec à nouveau les membres du Dub Akom Band, pour leur tout premier concert avec Charly Black, sans répétition et sans filet. Voyant la table de DJ installée sur scène, on craignait le scénario douteux du concert de Konshens le jour avant. Mais dans ce cas-ci, le rôle du DJ a surtout été les backs de voix de Charly Black qui a donné un concert au top, comme lors de ses précédents passages en Belgique (toujours en sound system). Charly Black joue peu de titres (14 en une heure) mais a mille techniques pour divertir et improviser sur chacun de ses morceaux: mix, one-drop, invitation de dancehall queen sur scène, confrontation de celle-ci avec un danseur du public, distribution de t-shirts et CD, ainsi que de nombreux pull-up. Charly Black est le dancehall: énergique, têtu, varié… le tout sur un fond bien slackness. Malgré que sa voix se perde parfois un peu dans le tumulte de la musique, il a largement convaincu les massive présents.

Ces deux journées de festivités se prolongeaient le dimanche avec une programmation variée de musiques du monde, avec également du reggae: Anthony B était en effet la tête d'affiche du jour. Etana, d'abord annoncée, a finalement annulé sa tournée. J'étais pour ma part rassasié par la programmation des deux jours et ai mis les voiles, heureux d'avoir assisté à la première édition de ce festival qui allie le reggae, mais surtout dancehall au sens large, avec une bonne qualité d'organisation.

Photos: © Seetru Photography 
Bomboclat 2017: c'était vraiment un bomboclat festival!

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Jul 25, 2017