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Reggae et politique: mélange à risque!
ActuSep 29, 2016

Reggae et politique: mélange à risque!

By Jah Rebel

Le reggae et la politique ont toujours été proches. Il n'y pas par exemple pas une biographie de Bob Marley qui n'explique pas son implication dans les affaires politiques du pays. L'histoire regorge d'autres exemples. Et plus récemment, le hit 'My Dream' de l'artiste Nesbeth avait été sacré chanson de campagne par le nouveau Premier Ministre jamaïcain Andrew Michael Holness. Parfois malgré tout il y a des ratés et certains artistes se mordent les doigts, d'avoir voulu faire une incursion dans le milieu de la politique.

C'est ainsi la chanteuse Etana qui a fait les frais d'une récente interview où elle s'est déclarée favorable à Donald Trump aux Etats Unis et prête à voter pour lui aux prochaines élections. Etana est en effet citoyenne américaine et y a le droit de vote. Dans cette interview télévisée avec le célèbre journaliste jamaïcain Antony Miller, elle déclare qu'il est un homme qui dit ce qu'il dit, qu'il ne tourne pas autour du pot et que c'est pour cela qu'elle l'apprécie. Quand le journaliste lui explique que Trump est plein de préjugés contre les Mexicains et les autres étrangers, elle nie cela. Elle trouve que c'est normal qu'il ne souhaite pas avoir dans le pays une population de personnes en situation irrégulière et qui commettent des crimes divers. Elle explique plus loin qu'elle est pour l'union de toutes les nations et de tous les peuples, mais quand même... "Si tu dois prendre un avion, et que tu regardes autour de toi et que tu vois une personne qui correspond au stéréotype du terroriste, tu vas quand même ressentir de la peur".

On croit rêver. Elle qui chantait 'Wrong Address' il y a quelques années. Une chanson qui était devenu un hymne contre la discrimination basée sur l'origine d'une personne. Voilà maintenant Etana qui nous sort une propagande digne des supporters de base de Trump ou de nos politiciens de droite ou d'extrême-droite... 
La réaction sur le Net ne s'est pas fait attendre, les commentaires les plus critiques, pourfendeurs, ont plu comme un cyclone sur la Jamaïque. Des témoignages de fans désabusés, écœurés mêmes. La vidéo a atteint 240.000 vues en deux jours, avec plus de 2000 commentaires. Un record pour une interview d'artiste reggae!  Etana n'a pas non plus allégé son cas, en critiquant également le système social jamaïcain, le fonctionnement des services de santé notamment... Oubliant que la Jamaïque en tant que pays du Tiers Monde ne peut être comparée aux USA, où elle s'est établie.
Etana a tenté de réagir avec une vidéo, qui n'a rien arrangé. Le soutien de Tanya Stephens à Etana, arguant qu'une femme a également le droit à sa liberté d'opinion, n'a pas servi à grand-chose non plus. Tanya qui chantait, il y a quelques mois une chanson pour Bernie Sanders. En tout cas, on sait une chose, on ne rigole pas avec la présidentielle américaine!

Et sur la scène politique africaine?


En Afrique également, le reggae et la politique se sont mêlés de longue date : on peut à nouveau faire référence à Bob Marley et à son concert donné à Harare à l'indépendance du Zimbabwe en 1980. Il n'y a pas si longtemps, Sizzla a été sous le feu de certains critiques pour ses contacts rapprochés avec le très critiqué dictateur Robert Mugabe. Il a depuis pris certaines distances avec cet embarrassant contact.

Warrior King de son côté a blessé une bonne partie de ses fans de Gambie avec un titre qui est apparu sur son dernier album 'The Rootz Warrior'. Ce titre intitulé 'President Yayah Jammeh' est une ode à celui qui règne sans partage sur ce petit pays d'Afrique de l'Ouest depuis son arrivée au pouvoir par coup d'Etat en 1994. Si ce soldat devenu homme politique montrait quelques signes de progressisme et d'implication pour son peuple au début de son régime, les tendances despotiques et égocentriques ont repris le dessus depuis. Le pays et ses habitants vivent dans des conditions économiques de plus en plus difficiles. La preuve est le triste nombre de jeunes Gambiens que l'on a retrouvé suite aux naufrages de barques de réfugiés au large des côtes africaines et en Méditerranée. 

Récemment les décisions du President Jammeh sont devenues de plus en plus épidermiques : réhabilitation de la peine de mort, emprisonnement de journalistes, répression par son immense service militaro-policier... Récemment, Solo Sandeng, un des leaders du parti d'opposition est mort en prison, quelques heures après son arrestation au cours d'une manifestation pacifique. Plus récemment, Jammeh a proféré des menaces à caractère ethnique, contre les Mandinkas de Gambie. Ces faits sont avérés et relatés par de nombreux médias africains.

Comme Etana, Warrior King semble clairement ne pas être maître de son sujet. Malgré une visite en Gambie en 2015, il ne semble pas avoir eu l'occasion de se rendre compte de la situation telle qu'elle est. L'artiste déclare notamment dans une interview au Jamaica Observer qu'il a été impressionné par un homme tolérant autant envers les Musulmans que les Chrétiens. Erreur : en ce début d'année, Jammeh a déclaré vouloir faire de la Gambie, pour des raisons encore inconnues, un "Etat Islamique"...

Se mêler de reggae et de politique n'est interdit par aucune loi, chacun, artiste ou pas, est libre de son choix. Une autre chose cependant est de savoir de quoi on parle...  
Reggae et politique: mélange à risque!

About the Author

Jah Rebel
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Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.

Published

Sep 29, 2016