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Sting, Billboard et mp3: le reggae et le dancehall dans la tourmente...
ActuDec 29, 2015

Sting, Billboard et mp3: le reggae et le dancehall dans la tourmente...

By Irie Nation & Rubi Roots

Est-ce que 2015 a été une bonne année pour le reggae ou le dancehall? Difficile à dire. En tout cas l'année se termine en mode mineur avec deux gros flops qui mettent à mal la popularité de nos musiques préférées.

Sting termine en mineur

Le weekend dernier, c'est toute la culture du dancehall qui a été mise à mal avec un gros flop au Sting, LE festival dancehall s'il en est. Sous le motto "From then till now", les organisateurs avaient décidé de faire honneur en début de programme à des artistes qui avaient marqué les années '80 et '90. Sont ainsi apparus sur scène, avec un succès variable selon leurs prestations: Professor Nuts, Mr Lexx, Powerman, General B, un combo entre Courtney Melody, Little John et Pinchers, un Half Pint qui a bien réussi à tirer son épingle du jeu et puis encore Lady G, Daddy Lizard et Flourgon et une flopée d'autres, avec des temps de scène qui tournent autour des 10 minutes chacun. Ce line-up a été apprécié de manière très mitigée par le public très jeune du Sting. Peu d'entre eux connaissent en effet cette musique qui a été populaire avant qu'ils ne soient nés. Le nombre de visiteurs présents au Jamworld Entertainment Centre de Portmore était d'ailleurs bien en dessous des espoirs des organisateurs. Les artistes les plus attendus devaient se produire à la fin du festival, dans la matinée à vrai dire, selon les horaires habituels des grands évènements jamaïcains: Elephant Man, Gully Bop, Ninjaman ou Beenie Man. Mais vers les 6 heures du matin, la police a décidé de mettre fin au méga-concert. La raison? L'utilisation de vocabulaire vulgaire sur scène par une jeune artiste, inconnue au bataillon, appelée Starface. Vêtue d'un ridicule costume, elle a posé quelques textes sont plus proche d'une scène de film X que de ceux d'une chanson. Selon l'organisation, les artistes avaient pourtant été clairement mis en garde contre l'utilisation de vocabulaire grossier, interdit par la loi, et qui pose souvent problème avec les autorités lors de ce genre d'évènements. Pourtant l'organisateur Laing et son équipe de Supreme Promotions ont programmé cette artiste et devaient connaître le contenu de sa musique. Ce qui fait dire à certains qu'ils ont eux-mêmes saboté leur show, laissant à cette jeune artiste champ libre et provoquant ainsi l'intervention des autorités. Cela permettrait donc à l'organisation qui avait constaté le manque de public, de ne pas devoir payer les têtes d'affiche qui ne sont pas apparues sur scène.  Les discussions, accusations et contre-attaques vont actuellement bon train en Jamaïque. Vérité ou pas, certains n'ont pas hésité à parler du pire Sting de tous les temps. Pas vraiment une bonne pub pour le dancehall, qui souffre depuis quelques années d'un manque de créativité et de qualité mais aussi dont les riddims s'américanisent ou se "mp3-isent" et dont les textes sont de plus en plus insupportables, entre pornographie et satanisme. Les temps sont durs.

Le reggae également en souffrance

Le reggae aussi se trouve dans la tourmente. De nombreux débats ont émergé après l'annonce que par le Billboard Magazine que l'album reggae qui a engrangé le plus de ventes en 2015 est celui de la chanteuse pop anglaise Joss Stone. Avec 27.500 copies vendues, elle devance du double les ventes du 'Eazy Skanking In Boston '78' de Bob Marley, et se trouve loin devant les 10.500 copies de 'The Cure' de Jah Cure ou les 5000 de 'Strictly Roots' de Morgan Heritage. Ces deux derniers étant pourtant nominés aux Grammy Awards… On peut déjà argumenter que cet album intitulé 'Water For Your Soul' n'est pas réellement un album reggae. Quelques titres sont en effet du reggae, on trouve aussi un featuring avec Damian Marley mais pour le reste, c'est plutôt de la pop, soul ou r&b. Quoi qu'il en soit, cela a fait réagir le Jamaica Observer entre autres qui s'est insurgé que cette charmante dame puisse obtenir de la part du Billboard le titre de "Reggae Artist of the Year". C'est ensuite Bounty Killer qui s'est fâché, accusant le gouvernement jamaïcain de ne pas soutenir leur propre musique qui est un ambassadeur culturel de leur pays et également un gagne-pain pour de nombreux artistes et musiciens. Les commentaires fusent de toutes parts. On notera que le Billboard n'avait pas donné le titre de "Artiste Reggae de l'Année" à Joss Stone mais avait juste révélé le classement des ventes de disques aux Etats Unis. Mais quoi qu'il en soit cela a provoqué de multiples débats et réactions, dans différents sens : "On nous vole notre culture!", "Les Blancs réécrivent notre histoire musicale!", ou "Le reggae se dilue dans la pop!"... La morale de tout cela en tout cas est que les fans de la Britannique achètent massivement ses albums alors que les fans de reggae habituels ne veulent plus dépenser leur argent pour soutenir les albums de leurs artistes. Partager des vidéos sur YouTube, télécharger la musique gratuitement, voilà des habitudes qui n'aident en rien nos artistes préférés. Mais il ne faut pas uniquement attribuer la faute aux fans et à leur manque d'engagement. La production et la qualité de la musique s'altère graduellement depuis quelques années. Même si de jeunes pousses, comme Chronixx, Kabaka Pyramid ou Micah Shemaiah, nous redonnent de l'espoir, l'ensemble de la profession devrait revoir ses façons d'agir. Oublier les productions vite-fait à l'ordinateur, les ritournelles 100 fois répétées, les bakchichs pour s'assurer des passages radio. Arrêter de se mousser pour une petite hype locale mais au contraire essayer de réaliser de la musique qui parle au Monde. Oublier la culture du "Like" et revoir ses gammes. Répéter, composer, enregistrer au lieu de se taper des poses sur Instagram… 2016 sera une année cruciale. Soit on se réinvente, soit on continue la dégringolade. Nous resterons fidèles au poste, et observeront attentivement les développements futurs de notre musique préféré. En tout cas, toute l'équipe de Reggae.be vous la souhaite une année 2016 pleine de vibes, de bonnes basses et de skanks!
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Dec 29, 2015