Le 70ème anniversaire de Bob Marley a été mondialement célébré et a été une raison pour Tuff Gong de sortir le septième album live "Bob Marley & The Wailers : Easy Skanking In Boston '78 " . Faisons donc un flashback sur les six précédents.
Il y a quelques années, quelqu'un m'avait donné un enregistrement du concert de Bob Marley du 22 juin 1980 à Forest Natinal. C'était mon premier concert dans la plus grosse salle de concert Belge. J'avais déjà vu Steel Pulse au Roma à Anvers, et Capital Letters à l'AB. Et maintenant, le roi du Reggae , la superstar tous genres confondus s'apprêtait à voler mon cœur. A cette époque , je n'avais qu'un seul vinyle de Bob Marley & The Wailers, "Exodus", parmi une cinquantaine de LP's et quelques 30 maxis, tous remplis de Roots & Dub music authentique, des releases importées ou Anglaises, du "vrai" Reggae tout droit sorti des yards ou de UK. Croyez le ou non, mais il m'a fallu des années avant d'avoir une sérieuse collection de Bob Marley à la maison. Et comme tous les pseudo-puristes,j'étais persuadé que les productions Studio One - et Lee Perry - étaient les points culminants de la carrière de Bob,comme s'il n'avait fait sur Island que du crossover commercial.
Je m'y connais à présent mieux. Plus je vieillis, plus Bob Marley me touche profondément, et plus j'apprécie son travail. Il a élevé le Reggae à une reconnaissance similaire au Classic Rock, au niveau des Beatles, des Rolling Stones, de Led Zeppelin , Queen, ou encore James Brown, Sly & The Family Stone et Marvin Gay pour la musique plus métissée. Avec tout le respect que je dois à Burning Spear, Peter Tosh, les Skatalites, et ses autres illustres compatriotes, il est, jusqu'à nouvel ordre, le seul artiste Jamaïcain à avoir gagné sa place au panthéon des plus grands. 34 ans après sa mort (le 11 mai 1981) Bob Marley est toujours l'un des artistes les plus vendus dans le monde, une légende qui remue encore les foules et inspire les gens tous les jours.
A l'entrée,on me demande 5000 francs pour le billet. 125 euros. Pour le même prix, je pouvais acheter au moins dix vinyles importés de Jamaïque. Mais je n'ai pas hésité un instant. Je voulais voir Bob Marley. Je me suis donc précipité à l'intérieur, accompagné de mon cousin.
" Tu ne diras pas à mes parents que je fume des cigarettes , d'accord?" lui ai-je même demandé. (19 ans, et ils ne savaient pas encore que je fumais, même pas de simples cigarettes). J'avais fumé mon premier joint après les concert de Capital Letters." Si tu ne dis pas aux miens que je fume des joints! " m'a-t-il rétorqué ,avant de disparaître dans la foule. Je suis resté près de la régie, surtout parce que le centre de la salle était déjà bondé. Il y avait à peine de la place pour bouger. C'est alors que Bob Marley apparaît sur scène. Derrière lui,le visuel d'"Uprising",son dernier album studio.C'était aussi le nom de sa tournée. Bob est petit, plus petit que je ne l'imaginais,me suis-je dit, mais il rayonnait de force et de chaleur.
"Greetings in the name of His Imperial Majesty, Jah! Rastafari! Ever living…", nous connaissions bien cette fameuse phrase d'ouverture du live "Babylon by Bus",mais c'était bien autre chose que de l'entendre en vrai. Et là arrivent les Wailers, sur le rythme puissant de Natural Mystic,ma chanson préférée de Bob Marley, l'ouverture parfaite. Pas de place pour skanker, mais on entame une sorte de danse collective avec des airs de mouvement de foule, tous portés par le beat, tous dans la même vibe. Nous étions partis pour un concert mémorable, que je reconnais dès les premières notes.
'Positive Vibration', 'Burnin' & Lootin'', 'The Heathen', 'War', 'No Woman No Cry', 'Jamming', 'Exodus', 'Crazy Baldhead', 'Is This Love', on dirait que Bob Marley & the Wailers ne jouent que des classiques. 'Redeption Song était plus frais, terriblement beau aussi, tout d'abord le solo de Bob à la guitare, rejoint des seconde strophes par tout le groupe , Nyabinghi style. Et encore, nous avions alors à peine compris le texte. 'Coming In From The Cold' a également fait une forte impression, avec cette intro cristalline. 'Could You Be Loved' a littéralement mis le feu à Forest National. C'est mon plus fort souvenir de ce concert fabuleux, de cette fabuleuse dernière tournée mondiale. Cette année-là, juste en Europe, Bob Marley & The Wailers ont joué pour plus d'un million de spectateurs, avec un record de 100.000 au stade San Siro à Milan.
Trois mois plus tard, le groupe est passé au volet Américain du tour,avec des concerts à Boston, Providence (Rhode Island) et New York City, où Madison Square Garden a été rempli à deux reprises pour une triple tête d'affiche: Bob Marley, Kurtis Blow (le rappeur) et The Commodores ( de Lionel Ritchie). 'Could You Be Loved' a été joué en " heavy rotation" sur les radios américaines. Le marché Américain était enfin prêt pour le Reggae, le rêve de Marley se réalisait.
Le jour avant les shows, Bob Marley allait faire son jogging à Central Park, en compagnie de son ancien manager, Danny Simms et son ami Allan"Skill" Cole, le joueur de football qui a été remercié pour sa loyauté et son amitié avec les droits sur certaines chansons de Marley. Bob s'effondre alors subitement. Il est ramené à l'hôtel. Comment était-ce possible? Lui, le représentant de l' ital vital, qui voit son corps comme un temple, qui essaye de vivre et de manger aussi sainement que possible?
C'est le cancer qui l'a frappé. Le cancer qu'il n'avait jamais voulu traiter et qui avait son origine dans une blessure à l'orteil ordinaire. Mais ça,Bob ne le savait pas encore. Il est même envisagé d'annuler le show du 23 au Stanley Theatre à Pittsburgh mais Bob ne veut pas décevoir ses fans et ses musiciens. Avec ses dernières forces,il offre un spectacle solide, comme il l'a toujours fait, et comme le public l'attend de lui. Ce concert mémorable, Universal (la société mère d'Island records) l'a sorti il y a quelques années dans un coffret de luxe en deux CD's et trois vinyles de haute qualité.
J'ai donc deux enregistrements de la tournée Uprising: le bootleg de Forest National (un souvenir personnel qui n'a pas de prix) et la release d'Universal. Mais même si la mémoire de Bob, ainsi que sa force et son Mystic dans ses dernières années se propagent encore et toujours, ils sont pourtant loin d'avoir donné les meilleurs albums live de Bob Marley & The Wailers.
1. Le meilleur: Live at the Roxy
Il ya un (double) album live qui m'a touché aux larmes quand je ai entendu : 'Live At The Roxy ", enregistré le 26 mai 1976 à Hollywood, Californie. C'est l'année où le magazine Rolling Stone proclamera Bob Marley & The Wailers groupe de l'année pour la première fois, mais également l'année où Bob sera victime d'une attaque. Je pense qu'il n'a jamais été aussi fort qu'à cette époque, et cet album en est la preuve indéniable. Aux côtés des frères Barett et des I-Threes, nous pouvons également y entendre Earl 'Chinna' Smith à la guitare, Alvin Seeco Patterson (percussions), Tyrone Downie (clavier) l'Américain Donald Kinsey (guitare). Sur le premier disque: dix classiques (ne le sont-ils pas tous?) , dans une interprétation torride. Mais c'est dans les rappels que le mysctic parvient à son apogée: D'abord "Positive Vibration" suivi d'un "Get up Stand up " qui dure presque 25 (!) minutes, eux mêmes suivis de "No More Trouble" et de "War".Il est à mon avis le meilleur Reggae jamais publié jusqu'en 2003. The Gong at the Roxy: check it out!
2. Le plus réussi 'Live!'
L'album de la percée: surtout grâce au hit mondial "No Women No Cry" qui y figure. Enregistré au Lyceum Theatre à Londres, dans une configuration classique, sans Chinna Smith, avec Al Anderson à la guitare lead. Un des rares enregistrements de Bob Marley qui a été Disque d'Or , mais plusieurs décennies après sa sortie originale. Pour ma génération , certainement une fondation dans l'histoire de la musique, la première fois que nous avons entendu du Reggae joué en Live.
3. Le plus glorieux: 'Babylon By Bus'
L'intro de l'ouverture à elle seule ("Greetings in the name of His Majesty, Emperor Haile Selassie...") justifie l'achat du disque. Et également le bel artwork en couverture. En grosse partie enregistré au Pavillon de Paris les 25, 26 et 27 juillet 1978 pendant la tournée "Kaya". Enregistrement définitif de la combinaison, depuis devenue classique, de "War" et "No More Trouble", party time avec "Punky Reggae Party" , "Jammin" et "Lively Up Yourself", et un hit mondial avec "Stir It Up".
4. Un semi-Live : 'Talkin' Blues'
Il s'agit en fait de l'enregistrement pour KSAN radio en 1973, lorsque les Wailers étaient en tournée en Amérique pour la première fois. Le seul authentique "Wailer", Bunny, avait déja quitté le groupe à ce moment. Sa place a été prise par le grand Joe Higgs, celui qui a tant appris aux Wailers à leurs débuts musicaux, et les a introduits dans le business. Un live en studio donc, sans public, les chansons sont entrecoupées par des fragments d'interviews de Bob Marley. Une relaese très spéciale donc, avec des interprétations uniques de 'Talkin' Blues', 'Walk The Proud Land', 'You Can't Blame The Youth', 'Bend Down Low' et le peu connu 'Am-A-Do".
5. 'Live Forever'
Comme je l'ai déjà mentionné,le dernier concert de Bob jamais donné.
6. La nouveauté: 'Bob Marley & The Wailers: Easy Skanking In Boston '78'
Je ne l'ai pas encore entendu vu que la sortie est prévue pour le 17 février. Mais le contenu est substantiellement le même que 'Babylon By Bus'. Je ne peux pas vraiment imaginer que cet album soit meilleur , mais vient également avec le CD un DVD, avec les images que quelqu'un a filmé depuis les coulisses.Tout cela semble un peu douteux et l'annonce précisant que les "lacunes" dans les images sont comblées avec de l'animation n'est pas très encourageante.
7. Les plus belles images: 'Uprising Live'
L'enregistrement d'un concert qui a eu lieu le 13 juin dans à Westfalenhalle, Dortmund, qui pouvait être visible quelques semaines plus tard sur la télévision allemande, dans le programme à présent mythique Rockpalast.
Les meilleures images de Bob jamais tournées, qui restent d'ailleurs gravées dans ma mémoire pour toujours. Nous sommes samedi soir, les parents sont de sortie, et Bob Marley passe à la TV (nous n'avions qu'un poste): c'était pour l'époque un événement plutôt marquant. Les dernier concert de cette tournée (et de Bob Marley tout court) était à Philadelphia (voir 5).