Ziggy Marley a écrit bien plus de chansons que son père, sorti plus de disques, gagné plus de récompenses et donné plus de concerts. Ses dread locks sont aussi plus longues. Pourtant, c'est toujours son nom de famille qui remplit les salles de ses concerts. Et c'est sur les morceaux de Bob que le public se lâche.
On n'a pas croisé de véritable reggae massive mardi soir à l'AB mais plutôt un public mainstream, plus habitué aux concerts pop, et c'est d'ailleurs ce que Ziggy Marley nous a servi.
Sa musique et sa présence sur scène font de lui un chanteur-compositeur à part entière, avec des morceaux bien propres, des musiciens impeccables autour de lui, de temps à autre un solo de guitare et aucun rabâchage sur l'herbe ou le mouvement rasta. 'Love is my religion', comme il le chante sur un des meilleurs morceaux qu'il ait enregistrés. Même sa manière d'adapter ses convictions à un public plus large peut être qualifiée de mainstream.
Son engagement sincère dans la protection de l'environnement et le combat pour la reconnaissance du chanvre comme culture universelle viennent aussi de là. Ecoutez 'Wild and free', le duo que Ziggy a enregistré il y a quelques années avec Woody Harrelson, grand défenseur de la marijuana. Un des temps forts de son passage à Bruxelles. Pour autant que l'ombre de Bob lui laisse un minimum d'espace pour s'exprimer.
De tous les Wailers et autres fils de Bob qui parcourent le monde, Ziggy est celui qui s'en éloigne le plus. Sans vouloir le diminuer, il est aussi celui qui se rapproche le plus du mainstream. Sa musique provient toujours du reggae mais il l'a enrichie au fil des années de pop, rock, country, folk voire dance. Bob lui-même a suivi un parcours semblable à son époque. Lui aussi s'était éloigné de cette manière de la scène jamaïcaine, et avait fait l'objet de critiques au départ pour avoir « trahi » le reggae classique. La différence, c'est que le reste du monde était encore ouvert à l'époque au nouveau rythme.
Bien plus encore que Damian et Stephen (qui se raccrochent chacun à leur manière à la scène jamaïcaine), Ziggy doit aujourd'hui lutter contre une légende. Il le fait avec style, professionnalisme et surtout enthousiasme, et mérite dès lors plus de reconnaissance dans l'histoire de la musique que ces quelques hits des années 90 comme Tomorrow Peole, Conscious Party ou Look who's dancing. Mais en live, ce sont toujours les reprises de Bob que le public attend impatiemment.
Bon, le public a reconnu et accompagné ces hits, mais pas avec la même ferveur ni avec la même émotion que lorsque le père Marley les chantait, même s'il nous ont quand même donné la chair de poule. On a ainsi eu droit à 'Lively up yourself'¸ 'Is this love', un très bon mash-up de 'War' (dans lequel Ziggy avait ajouté la religion comme facteur de division en plus de la race) et 'Get up stand up'.
Alors que 'Love is my religion' avait superbement ouvert le concert, le nouveau tune 'I don't want to live on Mars' (une chanson d'amour pour la terre mère), délicieusement arrangé à la saucé funky, et le très communicatif 'Reggae in my head' nous ont comblés. 'Sunshine' était de la pure pop, 'Revolution' du roots poignant voire menaçant. Les tunes antidépresseurs 'I get up' et 'True to myself' ont ensuite souligné le côté positif et optimiste de Ziggy. Enraciné en Jamaïque, arrivé à maturité aux Etats-Unis. 'Fly rasta': le rastafari déploie ses ailes et tend la main au monde. La chanson-titre du nouvel album de Ziggy porte aussi la marque d'un grand chanteur, plus mainstream que Bob ne l'a jamais été, mais pas pour autant moins important. Le concert se refermait avec 'Justice', un dernier appel pour en finir avec l'oppression et les injustices. C'était un excellent concert pop.