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  Protoje & The Indiggnation Band en lice pour le titre de meilleur concert de l'année.
Event ReportNov 06, 2013

Protoje & The Indiggnation Band en lice pour le titre de meilleur concert de l'année.

By Jah Shakespear

  Protoje & The Indiggnation Band en lice pour le titre de meilleur concert de l

La première fois que j'ai vu Protoje, c'était à Kingston dans le Yard des 12 Tribus d'Israel, la plus grande et plus importante organisation dans l'histoire de Rastafari.  Ken Boothe y était également ce soir-là, et Marcia Griffiths.  Pas en tant que stars de la musique mais en tant que fervents rastas, eux qui étaient encore tout jeunes quand le Dr Vernon Carrington (Prophet Gad) a créé cette association rasta.

Cela prouve donc que Protoje, en tant que rastaman, est bien entouré.  Il jouait ce soir-là avec le backing band faisant fonction, accompagné de quelques percussionnistes rastas, mais sans synthés ni amplification.  Le point d'orgue de son court concert avait été Who Dem A Program, un nouveau morceau qui s'était directement figé dans ma mémoire et qui n'en a plus bougé depuis.  Quand le Indiggnation Band a lancé cette chanson mercredi soir au VK, mes pensées ont directement refait le lien avec cette soirée dans le camp des 12 Tribes.  Ce titre témoigne d'une pensée autonome, d'une vision éclairée et d'une réelle conscience rasta.

Et cela n'a surement pas été le seul bon moment du concert.  Take control, Dread, Hail rastafari, Rasta Love, Shot By Love, Not a Marihuana Song: ce jeune artiste pourrait déjà nous sortir un best of tout à fait cohérent.  Il n'a pas réellement besoin d'utiliser des riddims déjà connus pour faire de bonnes chansons, même si on reconnaît le Rockfort Rock, des influences de Black Uhuru et enfin des samples de  « Inglan' Be Nice » de Ini Kamoze dans la chanson au phrasé détendu : Kingston Be Wise.  Ses textes sont moins bibliques et allégoriques que ceux des générations précédentes de rastas, mais elles restent toujours imprégnées de l'amour de Ras Tafari et fermement enracinées dans la vie réelle.  Les textes de Protoje, chantés en mode sing-jay, ne sont pas juste des clichés.  Il crée de nouvelles phrases et de nouvelles idées.  Il s'agit de « Roots reality Lyrics », une nouvelle étape dans l'évolution de rastafari.  Protoje n'est certainement pas le premier artiste qui choisit cette voie, mais il est jusqu'à présent le plus convaincant.

Celui qu'il faut en grande partie remercier pour ces résultats, est son cousin et producteur Don Corleon, qui est parvenu à développer un son nu-roots entièrement nouveau, mais également aux 5 membres du Indiggnation Band.  Celui-ci élève ces sons, pourtant déjà très puissants, à un niveau encore supérieur, avec un son qu'on n'a jamais entendu dans le reggae jusqu'à présent, avec des solos de guitare qui font penser à Jimi Hendrix (y compris le jeu de guitare dans le dos et avec les dents) et des dubs explosifs qui donnent aux morceaux des allures de classiques du rock.

Sly & Robbie, Ini Kamoze, Black Uhuru (et ce n'est pas par hasard si justement ces deux artistes doivent leur succès aux Riddims Twins) : voici les références musicales de Indiggnation.  Et voici que la nouvelle génération reprend le flambeau de ceux qui défendaient le reggae, au milieu des années '80, alors que cette musique se digitalisait à une vitesse foudroyante et que les musiciens étaient mis hors-jeu un à un.  J'avais même craint que la Jamaïque ne produirait plus jamais de vraie musique roots, organique.  Mais une nouvelle catégorie d'artistes, comme Chronixx, Jah9, Kabaka Pyramid, Protoje ainsi que les frères Marley, qui réalisent que la musique jamaïcaine a été depuis assez longtemps terrorisée par des beats électroniques et des textes infantiles.  Il est temps à nouveau de revenir à la musique qui a donné à la Jamaïque sa notoriété : le roots & culture, dans la musique et dans le message.

Protoje avait amené avec lui dans sa tournée deux excellentes chanteuses, qui ont reçu carte blanche à la fin du concert pour une interprétation épatante de Get Up, Stand Up et une encore plus belle version de Hills & Valleys de Buju Banton.  Mais pour moi, la voix la plus impressionnante de la soirée était celle qui venait du coin sombre où se trouvait le guitariste rythmique, qui répondait à Protoje pour les chansons enregistrées en combination avec d'autres chanteurs : Ky Mani Marley, Romain Virgo, Ini Kamoze,…) et qui gérait aussi les samples de voix dans le mix.  Quelle voix !  On penserait même qu'il a lui-même chanté l'original de ces titres, tellement sa vibe est proche de l'enregistrement.

Il s'agit d'un concert de première qualité à tous points de vue, encore mieux que celui de Reggae Geel l'été dernier.  Et j'ai le sentiment que Protoje peut encore se développer et évoluer.  En tout cas, cela faisait depuis l'émergence de Luciano au milieu des années '90 qu'un nouvel artiste ne m'avait autant impressionné.

 
  Protoje & The Indiggnation Band en lice pour le titre de meilleur concert de l'année.

About the Author

Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

ReggaeNew Roots

Published

Nov 06, 2013