Reggae.be
Garance Festival 2013 : 4 jours de reggae sous le soleil
Event ReportJul 29, 2013

Garance Festival 2013 : 4 jours de reggae sous le soleil

By Visionz/Jah Shakespear/Irie Nation/Nouty Boy

Pendant 4 jours, la petite ville de Bagnols sur Cèze dans le sud de la France se transforme en Kingston sur Cèze pour le Garance Festival.  4 jours de concerts et de sound systems, de soleil, de baignades dans la rivière... Pour la troisième année consécutive, reggae.be était partenaire de l'évènement et avait une équipe complète sur place pour vous ramener impressions et interviews. Les avis au sein de l'équipe étaient parfois partagés sur certains concerts et ceci n'engage que moi.

Dès qu'on débarque à Bagnols-sur-Cèze, on se rend compte de l'implication totale de cette ville dans ce festival de 4 jours.  Dans quasiment tous les commerces, on retrouve les couleurs du reggae.  Que cela soit à la boulangerie avec des éclairs aux fruits de la passion au glaçage rouge-jaune-vert ou à la mercerie qui a décoré sa vitrine de pelotes de laine aux mêmes couleurs.  Certains magasins affichent fièrement les posters des éditions précédentes du Garance/Ja'Sound Festival.  Dans les cafés, tabacs et restos, c'est du reggae, du dub ou du dancehall qui résonne et plusieurs petites scènes ont été installées en ville où des artistes locaux donnaient le meilleur d'eux-mêmes.   

Mais cette ambiance bon enfant ne doit pas faire oublier que l'organisation du Garance peut encore être améliorée sur plusieurs tableaux.  Par exemple, l'accès au camping était assez difficile, il fallait en effet se rendre à un endroit différent pour récupérer son bracelet et ensuite revenir sur ses pas avec armes et bagages.  Les festivaliers qui ne possédaient pas un pass 4 jours n'avaient, eux, pas accès au camping.  En outre certains festivaliers se sont plaint soit du manque de sécurité sur le camping ou au contraire de l'excès de zèle du service de sécurité et de leurs chiens en d'autres endroits.  Enfin, l'annulation d'Ini Kamoze n'a été annoncée qu'en dernière minute alors qu'on savait depuis deux semaines que sa tournée était annulée.  On se rend enfin compte que le Parc Rimbaud est arrivé à saturation et qu'il est parfois difficile de s'y déplacer. Mais bon…. Quand on arrive à Kingston-sur-Cèze, comme cette ville est rebaptisée pendant 4 jours, on oublie tout.  Le soleil, la fraîcheur de la Cèze, les échoppes colorées improvisées, les amateurs de reggae venus de partout en Europe, les odeurs d'épices… On se sent directement plongé dans une ambiance unique… prêt pour 4 jours de concerts.  JOUR UN : Sound System Night Cela en a étonné ou déçu plus d'un : il n'y avait pas de concerts le premier soir du festival.  Cette soirée était dédiée entièrement aux sound systems. Une initiative intéressante, qui ne fait que rendre aux sound systems ce qui appartient aux sound systems.  Ils sont le moteur du reggae, du dub et du dancehall depuis les origines. Du côté de la grande scène, les amateurs de dub avaient la chance de voir la confrontation musicale de Iration Steppas vs King Earthquake, chacun avec leurs sonos respectives.  Cette guerre musicale a duré plusieurs heures.  Pendant le peu de temps que j'ai pu y passer, j'ai constaté que chacun des sounds donnaient le meilleur d'eux-mêmes, tant au niveau des sélections que du travail des MC et surtout qu'ils avaient complètement débridé leurs sonos qui crachaient leurs milliers de watts sur un public motivé. De l'autre côté, au Dub Station Corner, après l'ouverture par BlackBoard Jungle, Chines Man, le collectif marseillais, était invité pour un set spécial Garance.  Ces scratcheurs et remixeurs avaient préparé un set où se mêlaient leurs production hip hop, des samples de classiques du reggae et de nouvelles productions, dont un tout nouveau Johnny Osbourne à paraître sur leur prochain album et joué pour la première fois en live. Accompagnés d'un tromboniste et de MC's, ils ont complètement ravi le public français.  Par contre, leur travail de scratch à partir d'ordinateurs ne passait pas très bien sur le sound de BBJ,  le rendu final rendant carrément moins fort et moins bien que les sélections en vynils. Après cela, l'organisation du Garance avait programmé, pour la deuxième année consécutive, un soundclash.  Après avoir affronté Downbeat l'année passée, les Français de Soul Stereo se mesuraient cette année à Killamanjaro, représente par Freddie Krueger.  Ce qu'il ressort de ce clash, de l'avis des deux participants et du public c'est qu'il ne s'agissait en fait pas d'un vrai clash, mais plutôt d'une rencontre entre deux sounds qui jouent strictly dubplates stylee.  Pas de votes, pas de coupe, pas de vainqueur.  Les deux sounds ne se sont pas lancés dans un affrontement mais ont plutôt joué en parallèle.  Il faut dire que Killamanjaro a vite court-circuité la confrontation en jouant les hymnes classiques de son sound : plein de Garnett Silk, Tenor Saw, Dennis Brown, Nitty Gritty… Il n'y avait pas grand-chose à répondre à ce genre de sélection.  Mais pour certains des soundboys frustrés de n'avoir pas un réel clash à se mettre sous la dent, il restait toujours le plaisir d'entendre ces dubplates légendaires en sound system. Soul Stereo a joué énormément de dubplates sur des riddims Studio One comme on sait qu'ils les aime et n'a vraiment pas eu à rougir face aux Jamaïcains. JOUR DEUX : from old-school to new school… Nous avons malheureusement loupé le concert de la charmante Mo Kalamity… Mais sommes arrivés à temps pour Cornell Campbell accompagné de Lloyd Parks et son We The People Band.  Ce vétéran, contrairement à d'autres, possède encore toutes ses facultés vocales et nous a gâtés de ses nombreux classiques « Rope In », « Boxer », « Queen of the Minstrels » et bien d'autres. Ini Kamoze ayant annulé sa tournée européenne, les organisateurs ont comblé le trou avec ceux qu'ils avaient sous la main : Johnny Osbourne et Lone Ranger étaient présents à Bagnols pour un set le lendemain et nous ont donc servi une sélection de leurs classiques.  Chouette pour ceux qui n'avaient jamais vu son concert… Mais depuis son come-back exclusif l'an dernier, Johnny Osbourne a maintenant joué sur pas mal de scènes et nous avions eu l'occasion de le revoir déjà deux fois depuis. Don Carlos est également un artiste que nous avions vu maintes fois en concert mais celui-ci avait quelques chose de particulier.  En effet, l'organisation l'avait programmé avec le Taxi Gang.  Il retrouvait donc ses copains d'époque Sly & Robbie.  Ceux-ci avaient déterminé les riddims qu'ils allaient jouer et Don Carlos accompagnait ces riddims de certaines de ses chansons, pas forcément les plus connues mais cela nous a permis d'entendre autre chose que lors de ses concerts avec son Dub Visions Band.  Sly & Robbie n'ont en rien perdu la main et leurs variations sur les riddims classiques restent imprévisibles et inspirées. Etrangement, c'est le jeune prodige du dancehall Konshens qui les suivait directement.  Il a été accompagné magnifiquement par le Dub Akom Band.  Mais sa prestation laisse un petit goût de trop peu.  Son jeu de scène et son contact avec le public sont excellents et la sélection, entre ses tueries dancehall (« Forward », « Talk Bout Me », « Bubble »,…) et des titres plus posés comme « Realest Song » était également bien composée.  Par contre, il manque encore à cet artiste de la force vocale pour pouvoir s'imposer sur une grande scène dans un grand festival.  Certaines parties de ses lyrics étaient inaudibles et n'étaient pas rattrapées par le MC qui l'accompagnait. Inner Circle est considéré par beaucoup d'amateurs de reggae comme un groupe à consonance fortement pop mais ce groupe de musiciens expérimentés et le très bon chanteur qui les accompagne ont fait plus que bien.  Le moment magique de ce concert a eu lieu quand le fils d'Augustus Pablo est monté sur scène pour jouer au mélodica son interprétation de « Java ».  Dommage qu'Addis Pablo n'ait joué qu'un seul morceau, plus quelques solos sur le titre « Bad Boys » qui a été le dernier titre de ce concert. Tout en haut de l'affiche trônait un nom légendaire : Marley.  C'est Ky-Mani qui était présent pour représenter le clan Marley.  Il est probablement le moins connu de tous les « fils de » mais possède pourtant quelques bons titres à son palmarès.  Son set a débuté par une reprise d'un titre de son père avant de se rediriger vers certaines de ses propres productions, dont « Hustler », « Brave Ones », « Armed & Dangerous » pendant lequel son fils est venu poser quelques lignes de rap et « Rasta Love » dont il a juste chanté le refrain… Il a ensuite poursuivi sur quelques reprises du grand Bob… qui nous ont accompagnées en musique de fond alors que nous repartions vers notre camping. Du côté du Dub Corner, en début de soirée, une petit blanc bec avec des sandalettes et un look d'ancien hippies s'amusait comme un fou aux contrôles du Black Board Jungle.  Ruben Addis, à la tête de son label Unitone Soundimensional, joue rarement en live et semble doublement apprécier le fait de confronter sa musique avec ses fans.  Il a failli faire exploser la sono et a offert un set en même temps onirique, inspiré et cocasse. Ce sont ensuite les membres de Channel One qui ont repris les rênes du Dub Corner jusqu'à la clôture de cette deuxième journée. VENDREDI : les superstars Avec la fatigue et la chaleur, nous avons une fois de plus loupé le premier concert de la journée qui était le guadeloupéen Tiwony.  Il était suivi directement par un trio vocal oublié par beaucoup : The Tamlins. Ils ont  interprété pas mal de reprises soul des années '60 et '70 dans un style rockers uptempo.  Des classiques reggae également dont « Love & Hate » de Dennis Brown ou « Equal Rights » de Peter Tosh sans oublier leur propre classique « Baltimore ».  Ces vétérans étaient suivi d'un chanteur encore plus vétéran si on peut dire.  Cela fait un bail que Stranger Cole n'a plus un très bonne voix, et son set s'en est fait ressentir. Même s'il possède un longue série de classiques à son répertoire (« Bangarang », « Artibella », « Rough & Tough »,…) sa voix cassée fait plus pitié que plaisir à entendre. Le temps d'un changement de plateau et nous nous sommes retrouvés transportés dans une toute autre sphère musicale de la Jamaïque.  Le Hi-Voltage Band a pris place sur scène, prêt à backer un, sinon LE, chanteur le plus en vue dans le dancehall : Busy Signal.  Une chose est sûre, le succès ne lui monte pas à la tête.  Sur scène il reste naturel et souriant et surtout, il donne réellement le meilleur de lui-même au public.  Avec un groupe de musiciens calés au dixième de seconde près, il a offert une heure de pure énergie, tempérées par quelques moments de douceur pendant lesquels il a chanté ses désormais classiques ballades comme « Come Over », « Night Shift » ou « One More Night ».  Busy est un artiste qui ne fait pas que lancer ses morceaux et laisse ensuite le public continuer à chanter.  Que ce soit comme MC ou chanteur, il va au bout de ses textes démontrant de la sorte ses réelles qualités vocales.  Il a forcément terminé son concert par le titre « Watch Out Fi This (Bumaye) » qui a fait exploser le public du Garance. On connaît bien Dub Inc, un des groupes reggae les plus populaires (sinon le plus populaire) actuellement en France.  Je n'ai regardé leur concert que partiellement mais une chose est sûre : ils maîtrisent leur musique et ils étaient en symbiose parfaite avec le public, leur public.  A la fin de leur concert, un nuage de poussière, soulevés par les milliers de fans sautant de gauche à droite, recouvrait le Parc Rimbaud. Nous avons plutôt esquivé ce concert pour aller prendre la température à la Dub Station où King Jammy mixait ses riddims en live, accompagné de Lone Ranger et Johnny Osbourne.  L'ambiance y était chaude, bouillante même, et les trois compères étaient passablement survoltés.  Je n'y suis resté qu'un moment, et ce qui m'a surtout frappé c'est le nombre époustouflants de pull-ups tout au long du show ! Retour du côté Main Stage : ce qu'on peut noter du concert de Steel Pulse, c'est surtour qu'il s'agit d'un de leurs meilleurs concerts que nous avons vu ces dernières années.  Le groupe semble avoir trouvé un bon équilibre entre leur son ancien et  leurs nouvelles vibes.  Un artiste que nous attendions réellement, car il ne joue que rarement en Europe, était Everton Blender.  Etrangement, c'est lui qui clôturait cette troisième journée de festival alors qu'il est loin d'être fort connu du public français.  Une grosse partie de celui-ci avait d'ailleurs quitté le site après les concerts de Dub Inc et Steel Pulse.  Bien mal leur en a pris parce que le Blender a offert un concert plein de vibes !  Habillé dans une grande toge blanche, son bâton à la main, il était accompagné du Lloyd Parks Band et de deux choristes…qu'il n'a pas réellement besoin étant donné qu'il possède une voix claire et forte.  Cela s'est clairement entendu pendant les quelques acapellas qu'il a chantés pendant son concert et qui nous ont donné la chair de poule.  Son style s'apparente fort à celui de Luciano ou de Garnett Silk, mélangeant le roots et le dancehall positif dans des titres comme « Blend Dem », « Bob Marley » ou « World Corruption ».  Le public déjà éparpillé ne semblait pas réellement connaître les chansons de cet artiste jusqu'à ce qu'il nous sortent ses deux plus grands hits, connus de tous : « Ghetto People Song » et « Lift Up Your Head ».  Everton Blender a certainement été une des meilleurs surprises de ce Garance 2013 et on espère qu'il trouvera un organisateur pour venir le faire jouer en Belgique.  SAMEDI : Sizzla attendu au tournant Le jeune Naaman, nouvelle coqueluche de la jeunesse française, celui qui fait le buzz en ce moment dans l'Hexagone, avait l'honneur de lancer les hostilités pour ce dernier jour de festival.  De ses propres aveux, il s'agissait pour lui et ses musiciens de la première fois qu'il se tenait sur une aussi grande scène sur un festival de première catégorie.  Ses fans étaient arrivés à l'heure pour le soutenir et il a donné une prestation pleine de fraîcheur et de joie de vivre. Suivait ensuite le vétéran John Holt, que les programmateurs du festival avaient appelé pour la deuxième année consécutive.  Il nous a servi son cocktail de reggae lovers, devant un public encore avachi par la chaleur mais qui a tout de même réagi pour cet immense hymne du reggae « Police in Helicopter ».  Il a été suivi par un très enthousiaste Jah Mason, le Farmerman, qui a donné comme toujours un maximum d'énergie accompagnés de ses lyrics sur l'auto-suffisance, les avantages du jardinage et les bienfaits de la Sativa. Il était suivis par la famille Perry. Omar, avec quelques titres intéressants.  Puis les filles d'Omar qui sont venu (mal) chanter « No, No, No », gentil mais pas très utile.  Et enfin le papy Lee Perry… Si les musiciens du Homegrown Band rendent tout à fait justice aux riddims classique du producteur, il fait par contre réellement pitié quand on l'entend chanter (enfin marmonner) « Sun Is Shining ».  Cela fait quelques années que je me demande pourquoi des programmateurs de festival continuent à l'inviter en concert…. Sizzla était surement un des plus attendus de ce festival.  Après son accident de moto et son annulation l'année dernière, il n'avait pas donné de concert en Europe depuis un moment.  Il était donc hyper-boosté pour ce concert.  Peut-être un peu trop.  A mon avis, il a voulu faire trop de show, trop de jeux avec le public etc, négligeant par là l'interprétation de ses propres chansons.  Je suis un fan de Sizzla depuis presque 15 ans mais j'ai été profondément déçu de son concert. Il a aligné la plupart de ses classiques reggae et dancehall mais pourtant je me suis parfois retrouvé à attendre qu'il se passe quelque chose.  A attendre qu'au lieu de demander au public de mettre les bras en l'air ou de chanter « hé ho », Sizzla donne ce qu'il a de meilleur et fasse honneur à ses chansons… Ce qui m'a le plus impressionné par contre pendant ce show déjanté est l'extrême réactivité du Firehouse Crew qui réagissait en un quart de seconde aux improvisations de Kalonji.  C'était à Mykal Rose que revenait l'honneur de clôturer le festival.  Enfin pour être précis à Sly & Robbie feat Mykal Rose.  C'est en effet le duo basse/batterie légendaire, à la tête de leur Taxi Gang, qui dirigeait les opérations.  Cela s'est remarqué quelques fois quand Mykal Rose voulait continuer sur la lancée d'un titre mais que les Riddims Twins décidaient que c'était la fin du morceaux.  Ils jouaient tout simplement leur outro et passaient à la suite, à l'étonnement de Mykal Rose parfois. Avant de faire monter Mykal Rose sur scène, ils ont invité le français Kalifa à interpréter un titre et ensuite Bitty McLean (mais que faisait-il là ?) qui nous a fait entendre sa superbe voix pendant trois titres. Après cette intro, le répertoire interprété avec Mykal Rose était surtout des classiques de Black Uhuru : « Plastic Smile », « Shyne Eye Girl », « General Penitentiary », « Solidarity ».  Tous joués superbement par le Taxi Gang, de manière magistrale même.  Sly & Robbie ont rejeté loin toutes les rumeurs qui les disent vieillissants et plus tout à fait en possessions de leurs moyens.  Mykal Rose n'était pas en reste mais il a quand même eu quelques faiblesses, et puis s'est pris un « bide » à la fin du concert.  Alors que Sly & Robbie nous lancent une version absolument extraordinaire du Shoot Out Riddim (un des tubes dancehall de Mykal Rose en 2007) qui suprennent l'audience, Mykal Rose interprète son tune et puis à la surprise générale appelle Sizzla sur scène… Qui ne viendra pas… Erreur de communication ? En tout cas, Mykal termine ce morceau, commencé de manière grandiose, en queue de poisson.  Il a le malheur d'enchainer sur un de ses dernier titres dancehall « Real Jamaican » qui laisse le public froid… Et sauvera la fin du show avec quelques lignes de « Youths of Eglinton ». Il n'a apparemment pas aimé terminer sur une note faible, et alors que Francky de Party Time Radio, le MC de service, remerciait le public, Mykal Rose est revenu interpréter en acapella une partie de son titre « Stronger » pour terminer sur une bonne note ! Pour l'organisation du Garance, les défis s'accumulent, face au succès grandissant et les critiques également.  Espérons que comme dans la chanson de Mykal Rose, ces obstacles leur permettront de renforcer encore la qualité de leur festival, qui, même s'il était moins grandiose que l'an passé, reste néanmoins un incontournable en Europe.  .    

Mais cette ambiance bon enfant ne doit pas faire oublier que l'organisation du Garance peut encore être améliorée sur plusieurs tableaux.  Par exemple, l'accès au camping était assez difficile, il fallait en effet se rendre à un endroit différent pour récupérer son bracelet et ensuite revenir sur ses pas avec armes et bagages.  Les festivaliers qui ne possédaient pas un pass 4 jours n'avaient, eux, pas accès au camping.  En outre certains festivaliers se sont plaint soit du manque de sécurité sur le camping ou au contraire de l'excès de zèle du service de sécurité et de leurs chiens en d'autres endroits.  Enfin, l'annulation d'Ini Kamoze n'a été annoncée qu'en dernière minute alors qu'on savait depuis deux semaines que sa tournée était annulée.  On se rend enfin compte que le Parc Rimbaud est arrivé à saturation et qu'il est parfois difficile de s'y déplacer. 

Mais bon…. Quand on arrive à Kingston-sur-Cèze, comme cette ville est rebaptisée pendant 4 jours, on oublie tout.  Le soleil, la fraîcheur de la Cèze, les échoppes colorées improvisées, les amateurs de reggae venus de partout en Europe, les odeurs d'épices… On se sent directement plongé dans une ambiance unique… prêt pour 4 jours de concerts.  

JOUR UN : Sound System Night 

Cela en a étonné ou déçu plus d'un : il n'y avait pas de concerts le premier soir du festival.  Cette soirée était dédiée entièrement aux sound systems. Une initiative intéressante, qui ne fait que rendre aux sound systems ce qui appartient aux sound systems.  Ils sont le moteur du reggae, du dub et du dancehall depuis les origines. 

Du côté de la grande scène, les amateurs de dub avaient la chance de voir la confrontation musicale de Iration Steppas vs King Earthquake, chacun avec leurs sonos respectives.  Cette guerre musicale a duré plusieurs heures.  Pendant le peu de temps que j'ai pu y passer, j'ai constaté que chacun des sounds donnaient le meilleur d'eux-mêmes, tant au niveau des sélections que du travail des MC et surtout qu'ils avaient complètement débridé leurs sonos qui crachaient leurs milliers de watts sur un public motivé. 

De l'autre côté, au Dub Station Corner, après l'ouverture par BlackBoard JungleChinese Man, le collectif marseillais, était invité pour un set spécial Garance.  Ces scratcheurs et remixeurs avaient préparé un set où se mêlaient leurs production hip hop, des samples de classiques du reggae et de nouvelles productions, dont un tout nouveau Johnny Osbourne à paraître sur leur prochain album et joué pour la première fois en live. Accompagnés d'un tromboniste et de MC's, ils ont complètement ravi le public français.  Par contre, leur travail de scratch à partir d'ordinateurs ne passait pas très bien sur le sound de BBJ,  le rendu final rendant carrément moins fort et moins bien que les sélections en vynils. 

Après cela, l'organisation du Garance avait programmé, pour la deuxième année consécutive, un soundclash.  Après avoir affronté Downbeat l'année passée, les Français de Soul Stereo se mesuraient cette année à Killamanjaro, représente par Freddie Krueger.  Ce qu'il ressort de ce clash, de l'avis des deux participants et du public c'est qu'il ne s'agissait en fait pas d'un vrai clash, mais plutôt d'une rencontre entre deux sounds qui jouent strictly dubplates stylee.  Pas de votes, pas de coupe, pas de vainqueur.  Les deux sounds ne se sont pas lancés dans un affrontement mais ont plutôt joué en parallèle.  Il faut dire que Killamanjaro a vite court-circuité la confrontation en jouant les hymnes classiques de son sound : plein de Garnett Silk, Tenor Saw, Dennis Brown, Nitty Gritty… Il n'y avait pas grand-chose à répondre à ce genre de sélection.  Mais pour certains des soundboys frustrés de n'avoir pas un réel clash à se mettre sous la dent, il restait toujours le plaisir d'entendre ces dubplates légendaires en sound system. Soul Stereo a joué énormément de dubplates sur des riddims Studio One comme on sait qu'ils les aime et n'a vraiment pas eu à rougir face aux Jamaïcains. 

JOUR DEUX : from old-school to new school… 

Nous avons malheureusement loupé le concert de la charmante Mo Kalamity… Mais sommes arrivés à temps pour Cornell Campbell accompagné de Lloyd Parks et son We The People Band.  Ce vétéran, contrairement à d'autres, possède encore toutes ses facultés vocales et nous a gâtés de ses nombreux classiques « Rope In », « Boxer », « Queen of the Minstrels » et bien d'autres. 

Ini Kamoze ayant annulé sa tournée européenne, les organisateurs ont comblé le trou avec ceux qu'ils avaient sous la main : Johnny Osbourne et Lone Ranger étaient présents à Bagnols pour un set le lendemain et nous ont donc servi une sélection de leurs classiques.  Chouette pour ceux qui n'avaient jamais vu son concert… Mais depuis son come-back exclusif l'an dernier, Johnny Osbourne a maintenant joué sur pas mal de scènes et nous avions eu l'occasion de le revoir déjà deux fois depuis. 

Don Carlos est également un artiste que nous avions vu maintes fois en concert mais celui-ci avait quelques chose de particulier.  En effet, l'organisation l'avait programmé avec le Taxi Gang.  Il retrouvait donc ses copains d'époque Sly & Robbie.  Ceux-ci avaient déterminé les riddims qu'ils allaient jouer et Don Carlos accompagnait ces riddims de certaines de ses chansons, pas forcément les plus connues mais cela nous a permis d'entendre autre chose que lors de ses concerts avec son Dub Visions Band.  Sly & Robbie n'ont en rien perdu la main et leurs variations sur les riddims classiques restent imprévisibles et inspirées. 

Etrangement, c'est le jeune prodige du dancehall Konshens qui les suivait directement.  Il a été accompagné magnifiquement par le Dub Akom Band.  Mais sa prestation laisse un petit goût de trop peu.  Son jeu de scène et son contact avec le public sont excellents et la sélection, entre ses tueries dancehall (« Forward », « Talk Bout Me », « Bubble »,…) et des titres plus posés comme « Realest Song » était également bien composée.  Par contre, il manque encore à cet artiste de la force vocale pour pouvoir s'imposer sur une grande scène dans un grand festival.  Certaines parties de ses lyrics étaient inaudibles et n'étaient pas rattrapées par le MC qui l'accompagnait.

Inner Circle est considéré par beaucoup d'amateurs de reggae comme un groupe à consonance fortement pop mais ce groupe de musiciens expérimentés et le très bon chanteur qui les accompagne ont fait plus que bien.  Le moment magique de ce concert a eu lieu quand le fils d'Augustus Pablo est monté sur scène pour jouer au mélodica son interprétation de « Java ».  Dommage qu'Addis Pablo n'ait joué qu'un seul morceau, plus quelques solos sur le titre « Bad Boys » qui a été le dernier titre de ce concert.

Tout en haut de l'affiche trônait un nom légendaire : Marley.  C'est Ky-Mani qui était présent pour représenter le clan Marley.  Il est probablement le moins connu de tous les « fils de » mais possède pourtant quelques bons titres à son palmarès.  Son set a débuté par une reprise d'un titre de son père avant de se rediriger vers certaines de ses propres productions, dont « Hustler », « Brave Ones », « Armed & Dangerous » pendant lequel son fils est venu poser quelques lignes de rap et « Rasta Love » dont il a juste chanté le refrain… Il a ensuite poursuivi sur quelques reprises du grand Bob… qui nous ont accompagnées en musique de fond alors que nous repartions vers notre camping. 

Du côté du Dub Corner, en début de soirée, une petit blanc bec avec des sandalettes et un look d'ancien hippies s'amusait comme un fou aux contrôles du Black Board Jungle.  Ruben Addis, à la tête de son label Unitone Soundimensional, joue rarement en live et semble doublement apprécier le fait de confronter sa musique avec ses fans.  Il a failli faire exploser la sono et a offert un set en même temps onirique, inspiré et cocasse. Ce sont ensuite les membres de Channel One qui ont repris les rênes du Dub Corner jusqu'à la clôture de cette deuxième journée. 

JOUR 3: le meilleur de chaque genre

Avec la fatigue et la chaleur, nous avons une fois de plus loupé le premier concert de la journée qui était le guadeloupéen Tiwony.  Il était suivi directement par un trio vocal oublié par beaucoup : The Tamlins. Ils ont  interprété pas mal de reprises soul des années '60 et '70 dans un style rockers uptempo.  Des classiques reggae également dont « Love & Hate » de Dennis Brown ou « Equal Rights » de Peter Tosh sans oublier leur propre classique « Baltimore ».  Ces vétérans étaient suivi d'un chanteur encore plus vétéran si on peut dire.  Cela fait un moment que Stranger Cole n'a plus un très bonne voix, et son set s'en est fait ressentir. Même s'il possède un longue série de classiques à son répertoire (« Bangarang », « Artibella », « Rough & Tough »,…) sa voix cassée fait plus pitié que plaisir à entendre. 

Le temps d'un changement de plateau et nous nous sommes retrouvés transportés dans une toute autre sphère musicale de la Jamaïque.  Le Hi-Voltage Band a pris place sur scène, prêt à backer un, sinon LE, chanteur le plus en vue dans le dancehall : Busy Signal.  Une chose est sûre, le succès ne lui monte pas à la tête.  Sur scène il reste naturel et souriant et surtout, il donne réellement le meilleur de lui-même au public.  Avec un groupe de musiciens calés au dixième de seconde près, il a offert une heure de pure énergie, tempérées par quelques moments de douceur pendant lesquels il a chanté ses désormais classiques ballades comme « Come Over », « Night Shift » ou « One More Night ».  Busy est un artiste qui ne fait pas que lancer ses morceaux et laisse ensuite le public continuer à chanter.  Que ce soit comme MC ou chanteur, il va au bout de ses textes démontrant de la sorte ses réelles qualités vocales.  Il a forcément terminé son concert par le titre « Watch Out Fi This (Bumaye) » qui a fait exploser le public du Garance. 

On connaît bien Dub Inc, un des groupes reggae les plus populaires (sinon le plus populaire) actuellement en France.  Je n'ai regardé leur concert que partiellement mais une chose est sûre : ils maîtrisent leur musique et ils étaient en symbiose parfaite avec le public, leur public.  A la fin de leur concert, un nuage de poussière, soulevés par les milliers de fans sautant de gauche à droite, recouvrait le Parc Rimbaud. 

Nous avons plutôt esquivé ce concert pour aller prendre la température à la Dub Station où King Jammy mixait ses riddims en live, accompagné de Lone Ranger et Johnny Osbourne.  L'ambiance y était chaude, bouillante même, et les trois compères étaient passablement survoltés.  Je n'y suis resté qu'un moment, et ce qui m'a surtout frappé c'est le nombre époustouflants de pull-ups tout au long du show !

Retour du côté Main Stage : ce qu'on peut noter du concert de Steel Pulse, c'est surtour qu'il s'agit d'un de leurs meilleurs concerts que nous avons vu ces dernières années.  Le groupe semble avoir trouvé un bon équilibre entre leur son ancien et  leurs nouvelles vibes. 

Un artiste que nous attendions réellement, car il ne joue que rarement en Europe, était Everton Blender.  Etrangement, c'est lui qui clôturait cette troisième journée de festival alors qu'il est loin d'être fort connu du public français.  Une grosse partie de celui-ci avait d'ailleurs quitté le site après les concerts de Dub Inc et Steel Pulse.  Bien mal leur en a pris parce que le Blender a offert un concert plein de vibes !  Habillé dans une grande toge blanche, son bâton à la main, il était accompagné du Lloyd Parks Band et de deux choristes…qu'il n'a pas réellement besoin étant donné qu'il possède une voix claire et forte.  Cela s'est clairement entendu pendant les quelques acapellas qu'il a chantés pendant son concert et qui nous ont donné la chair de poule.  Son style s'apparente fort à celui de Luciano ou de Garnett Silk, mélangeant le roots et le dancehall positif dans des titres comme « Blend Dem », « Bob Marley » ou « World Corruption ».  Le public déjà éparpillé ne semblait pas réellement connaître les chansons de cet artiste jusqu'à ce qu'il nous sortent ses deux plus grands hits, connus de tous : « Ghetto People Song » et « Lift Up Your Head ».  Everton Blender a certainement été une des meilleurs surprises de ce Garance 2013 et on espère qu'il trouvera un organisateur pour venir le faire jouer en Belgique.  

JOUR 4 : Sizzla attendu au tournant 

Le jeune Naaman, nouvelle coqueluche de la jeunesse française, celui qui fait le buzz en ce moment dans l'Hexagone, avait l'honneur de lancer les hostilités pour ce dernier jour de festival.  De ses propres aveux, il s'agissait pour lui et ses musiciens de la première fois qu'il se tenait sur une aussi grande scène sur un festival de première catégorie.  Ses fans étaient arrivés à l'heure pour le soutenir et il a donné une prestation pleine de fraîcheur et de joie de vivre. 

Suivait ensuite le vétéran John Holt, que les programmateurs du festival avaient appelé pour la deuxième année consécutive.  Il nous a servi son cocktail de reggae lovers, devant un public encore avachi par la chaleur mais qui a tout de même réagi pour cet immense hymne du reggae « Police in Helicopter ».  Il a été suivi par un très enthousiaste Jah Mason backé par le Dub Akom Band, le Farmerman, qui a donné comme toujours un maximum d'énergie accompagnés de ses lyrics sur l'auto-suffisance, les avantages du jardinage et les bienfaits de la Sativa. 

Il était suivis par la famille PerryOmar, avec quelques titres intéressants.  Puis les filles d'Omar qui sont venu (mal) chanter « No, No, No », gentil mais pas très utile.  Et enfin le papy Lee Perry… Si les musiciens du Homegrown Band rendent tout à fait justice aux riddims classique du producteur, il fait par contre réellement pitié quand on l'entend chanter (enfin marmonner) « Sun Is Shining ».  Cela fait quelques années que je me demande pourquoi des programmateurs de festival continuent à l'inviter en concert…. 

Sizzla était surement un des plus attendus de ce festival.  Après son accident de moto et son annulation l'année dernière, il n'avait pas donné de concert en Europe depuis un moment.  Il était donc hyper-boosté pour ce concert.  Peut-être un peu trop.  A mon avis, il a voulu faire trop de show, trop de jeux avec le public etc, négligeant par là l'interprétation de ses propres chansons.  Je suis un fan de Sizzla depuis presque 15 ans mais j'ai été profondément déçu de son concert. Il a aligné la plupart de ses classiques reggae et dancehall mais pourtant je me suis parfois retrouvé à attendre qu'il se passe quelque chose.  A attendre qu'au lieu de demander au public de mettre les bras en l'air ou de chanter « hé ho », Sizzla donne ce qu'il a de meilleur et fasse honneur à ses chansons… Ce qui m'a le plus impressionné par contre pendant ce show déjanté est l'extrême réactivité du Firehouse Crew qui réagissait en un quart de seconde aux improvisations de Kalonji.  

C'était à Mykal Rose que revenait l'honneur de clôturer le festival.  Enfin pour être précis à Sly & Robbie feat Mykal Rose.  C'est en effet le duo basse/batterie légendaire, à la tête de leur Taxi Gang, qui dirigeait les opérations.  Cela s'est remarqué quelques fois quand Mykal Rose voulait continuer sur la lancée d'un titre mais que les Riddims Twins décidaient que c'était la fin du morceaux.  Ils jouaient tout simplement leur outro et passaient à la suite, à l'étonnement de Mykal Rose parfois.

Avant de faire monter Mykal Rose sur scène, ils ont invité le français Kalifa à interpréter un titre et ensuite Bitty McLean (mais que faisait-il là ?) qui nous a fait entendre sa superbe voix pendant trois titres. Après cette intro, le répertoire interprété avec Mykal Rose était surtout des classiques de Black Uhuru : « Plastic Smile », « Shyne Eye Girl », « General Penitentiary », « Solidarity ».  Tous joués superbement par le Taxi Gang, de manière magistrale même.  Sly & Robbie ont rejeté loin toutes les rumeurs qui les disent vieillissants et plus tout à fait en possessions de leurs moyens.  Mykal Rose n'était pas en reste mais il a quand même eu quelques faiblesses, et puis s'est pris un « bide » à la fin du concert.  Alors que Sly & Robbie nous lancent une version absolument extraordinaire du Shoot Out Riddim (un des tubes dancehall de Mykal Rose en 2007) qui suprennent l'audience, Mykal Rose interprète son tune et puis à la surprise générale appelle Sizzla sur scène… Qui ne viendra pas… Erreur de communication ? En tout cas, Mykal termine ce morceau, commencé de manière grandiose, en queue de poisson.  Il a le malheur d'enchainer sur un de ses dernier titres dancehall « Real Jamaican » qui laisse le public froid… Et sauvera la fin du show avec quelques lignes de « Youths of Eglinton ».

Il n'a apparemment pas aimé terminer sur une note faible, et alors que Francky de Party Time Radio, le MC de service, remerciait le public, Mykal Rose est revenu interpréter en acapella une partie de son titre « Stronger » pour terminer sur une bonne note ! 

Pour l'organisation du Garance, les défis s'accumulent, face au succès grandissant et les critiques également.  Espérons que comme dans la chanson de Mykal Rose, ces obstacles leur permettront de renforcer encore la qualité de leur festival, qui, même s'il était moins grandiose que l'an passé, reste néanmoins un incontournable en Europe. 

Garance Festival 2013 : 4 jours de reggae sous le soleil

About the Author

Visionz/Jah Shakespear/Irie Nation/Nouty Boy

Genres

DubRootsReggaeNew Roots

Published

Jul 29, 2013