
Dans un Kavka à nouveau bien rempli, l'artiste gambien Rebellion Da Recaller a donné un bon concert, malgré un choix de riddims assez étonnant. Micky B, chanteuse d'Anvers, a également fourni une belle prestation mais a dû faire face à certains problèmes techniques. Mais la vibe était bien présente et rien n'a pu nous empêcher de faire la fête.
J'avais déjà loupé plusieurs fois les concerts de Micky B, pour différentes raisons. Les réactions qui m'étaient parvenues étaient globalement enthousiastes, et cela avait éveillé ma curiosité. Mais son concert au Kavka n'a pas réellement été à la hauteur de mes espérances. Principalement à cause de défaillances techniques me semble-t-il. Les niveaux des micros semblaient mal ajustés. Cela s'est confirmé quand Rebellion est monté sur sène et a directement employé le micro utilisé par la choriste de Micky B. Toute de suite on a constaté que ce micro était mieux, réglé, moins aigu, avec un son plus chaud et plus de basses et moins d'effets de larsen.
Dommage que personne ne soit intervenu pour régler ces soucis pendant le concert de Micky B parce qu'elle a réellement quelque chose à dire. Sa voix et son message se noyaient malheureusement dans l'ensemble formé par la musique et les chœurs. Ceux qui ont fait l'effort de l'écouter attentivement ont réalisé qu'elle a réellement un message à faire passer. Les textes de Micky B contiennent de sérieuses critiques de notre société et encouragent les gens à s'engager pour une meilleure vie en société. Nous ne pouvons qu'encourager cette artiste. Ses textes méritent d'être écoutés et entendus, par dessus la musique et les choeurs. Je pense qu'avec un bon encadrement technique, Micky B a des chances de pouvoir grandir et se développer.
Rebellion the Recaller est surtout connu par le public reggae pour son hit "We must rebel'. Les Africains, et surtout les Gambiens, le connaissent déjà beaucoup mieux. Pour ma part, j'ai recherché quelques références avant la soirée. Spotify m'a beaucoup mieux aidé que Youtube.
Avec une voix puissante et un micro mieux réglé, son message passe bien. Mais je me suis demandé pourquoi il avait choisi d'interpréter ses morceaux sur des riddims célèbres de ces dernières années, au lieu d'utiliser ses propres versions originales. J'imagine que c'est un essai pour accrocher plus facilement le public, mais pour moi, ce n'était pas le bon choix. Je voulais vraiment entendre certains morceaux, plus obscurs mais néanmoins très bon de cet artiste. Je voulais les entendre sur les riddims sur lesquels ils avaient originalement été écrits et enregistrés. C'est finalement sur certains riddims connus que Rebellion les a chantés, au lieu des originaux. Ce n'est pas forcément une bonne façon de résoudre un manque de notoriété.
Avec Murderer, sur la version originale, on a tout de suite remarqué la différence et retrouvé ce punch et cette énergie africaine. Idem sur We Must Rebel, la puissance de ce riddim original a résonné de toute sa force dans la salle. Le texte et le riddim collent parfaitement ensemble. Dans ce titre, on retrouve également un équilibre parfait entre le style vocal de Rebellion et les chœurs. C'est également le cas dans d'autres de ses chansons mais cela ne s'est pas toujours révélé dans ce concert de samedi.
Le problème de Rebellion est sa notoriété. Il en manque cruellement et, de mon point de vue, c'est une injustice. Il fait de la bonne musique mais il se trouve noyé dans la surabondance d'artistes jamaïcains. Pas toujours facile, en tant qu'Africain, de se retrouver sur les playlists des radios et des sound systems. Il y a énormément d'autres artistes, jamaïcains ou non, qui ont un bon répertoire, mais ne sont pas forcément reconnus et qui doivent courir après un hit pour pouvoir sortir de l'ombre.
"We must rebel" est incontestablement un hit. L'album sorti en 2012, "In this time", a un très fort potentiel, mais je n'ai malheureusement pas entendu ce morceau hier, tout comme les excellents "Cover Up" et "Keep Me Original". Est-ce que j'étais à ce moment-là au bar ou bien est-ce qu'il ne les a tout simplement pas joués? Le titre "Murderer" est très bien passé, encore un titre très fort.
Pour moi, Rebellion peut revenir en concert chez nous, mais je préfèrerai qu'il interprète ses chansons sur les riddims d'origine. A mes yeux, il mérite son statut de héros musical que lui attribuent les Gambiens et pas mal d'autres africains. Il est également évident qu'il s'agit d'un artiste indépendant, qui ne suit aucune mode et trace sa propre route. Stick to your roots, please do!
Cette soirée au Kavka était agréablement différente des soirées précédentes. Pendant le warm-up, Irie Nation, au moyen de ses dubplates nous a emmené dans un voyage musical autour du monde. Il y a des talents partout dans le monde et Irie Nation a le talent d'aller chercher des artistes un peu partout pour les enregistrer sur dubplates. Ce qui pour moi ne nécessite pas seulement beaucoup de recherches mais également un certain culot. Alternant ces artistes internationaux avec des chanteurs jamaïcains reconnus, Irie Nation a gardé la foule à une juste température jusqu'au moment des concerts. Après ceux-ci, High Grade et Conscious Sound ont gardé une pression maximale pendant toute l'after. Enfin, une bonne note pour le présentateur de ce soir. Je ne sais pas qui il est ni d'où il vient mais, même s'il tirait parfois un peu en longueur, il était convaincant tout en étant marrant.
Cette soirée m'a prouvé, une fois de plus, que le reggae s'est propagé partout dans le monde et qu'il est donc devenu universel et impérissable. Une vraie joie pour nous !