
C'est un disque que je n'ai probablement écouté qu'une seule fois en entier, et ceci en trente ans. Les titres de l'album ne me motivent pas réellement à l'écouter : « Stoned out a pussy », « Lost in a hole », « Pussy over my head », « In heaven there is no whores », « Hole under your crutches », « Skanky pussy », « High smells », « White rum & pum-pum », « I'll give my hood to you » : je sais bien que les Jamaïcains ont une réputation à défendre en ce qui concerne les confessions intimes non censurées, mais dans le cas de ces chansons, c'est un peu barbant. Sauf si bien sûr, c'est votre thème de prédilection dans la vie.
Le nom de ce LP de 1971 est « Uncensored » et le chanteur l'a sorti sous le nom de Lloydie & The Lowbites. La pochette affichait fièrement « X-Rated », ainsi que « Not recommended for air play ». Mais le texte qui s'affiche en grands caractères sur cette pochette, en rouge tout en haut, est « Reggae ». A part pour les textes de ses chansons, ce « Uncensored » est à pointer comme étant un des premiers LP de reggae. A l'époque, le nom « reggae » n'était pas encore très répandu. En tant que chanteur et producteur de cette œuvre « brûlante », Lloyd Charmers a été un des meilleurs ambassadeurs du reggae.
Le plus grand hit de Lloydie & The Lowbites, qui est aussi la chanson qui m'a permis de connaitre cet artiste, était « Birth control », un instrumental palpitant, agrémenté de gémissements et de grincements de sommier. C'est un peu la version rude boy du « Je t'aime moi non plus » de Gainsbourg. Ce morceau se trouvait sur une compilation de Trojan Records, qui était précurseur du revival du ska et du rocksteady en Angleterre à la fin des années '70. Le titre « Birth Control » a d'ailleurs été repris par les Specials sous le titre de « Too much too young ».
Pour 1971, Charmers avait déjà parcouru son bout de chemin dans la musique. Avec le groupe les Charmers, il a sorti des hits en ska, puis du rocksteady et enfin du reggae. Avec les Hippy Boys, le groupe de Carlton et Aston 'Familyman' Barrett, il a produit des titres qui se sont retrouvés quelques années plus tard sur une compilation intitulée Psychedelic Reggae. Il faisait également partie des choristes des Flames, le groupe d'Alton Ellis et il a chanté avec Jimmy Riley et Slim Smith dans les Uniques. On entend encore sa voix dans les backings de « Blood & Fire » de Niney The Observer. Avec « Rasta never fails » et « Bangarang », il a inscrit deux classiques à son répertoire.
Lloyd Charmers a également écrit « Fire Burning » pour Bob Andy de meme que « Everything I own» et «Have I Sinned » pour Ken Boothe. L'instrumental de son titre « Ishan Cup » a été samplé, des décennies plus tard, par le groupe Charmers a également produit des disques pour Dennis Brown, Marcia Griffiths, Big Youth, Derrick Harriott, Delroy Wilson et Willie Lindo. Et même de Ras Michael & Sons of Negus, qui s'appelaient encore Dadawah, à l'époque.
Son titre « Peace and love» (1975) était à l'époque le premier titre crossover entre un nyahbinghi acoustique et du reggae électronique. Un crime de lèse-majesté pour certains rasta, mais chez moi, ce disque repasse de temps en temps sur la platine.La plupart des productions de Charmers sont sorties en Angleterre, où il avait de très bons contacts. En Jamaïque, c'est surtout avec son label Wildflower qu'il a connu le succès. Je vous conseille l'excellente compilation « Original Reggae Hits ».
Lloyd Charmers est décédé le 27 décembre à Londres. En hommage, je crois que je vais réécouter Uncensored. Skanky pussy!

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
Dec 29, 2012