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Congo Ashanti Roy & Pura Vida: travelling the hard road together
Roots & CultureOct 24, 2012

Congo Ashanti Roy & Pura Vida: travelling the hard road together

By Jah Shakespear

Du Black Ark Studio au Lost Ark Studio, après un voyage au travers du temps et de l'espace, Congo Ashanti Roy, débarque avec un fantastique nouvel album.  Celui-ci a été enregistré en Belgique et en Jamaïque, est produit par Poddington 'Puraman' Krank et Congo lui-même et est enrichi de contributions de Horsemouth, Earl Chinna Smith, GT Moore et Erick Judah.  En plus la pochette elle- même est une œuvre d'art.

Juillet 2011.  A Portmore, Jamaïque, Roydel 'Congo Ashanti Roy' Johnson reçoit enfin le paquet que  Bregt 'Puraman' De Boever lui avait envoyé quelques semaines plus tôt.  Il s'agit du vinyl de 'We nah give up' qu'il a enregistré avec les autres membres de Congos dans le Lost Ark studio de Puraman à Mare-Altar (c'est comme cela que les Jamaïquains appellent Sint-Maria-Aalter).  Shanti voit d'abord la pochette qui le remplit de joie.  Il sait que Puraman est un artiste, pas seulement en tant que producteur en studio ou musicien sur scène, mais aussi en tant que peintre.  Shanti écoute ensuite le disque et sa joie ne fait que s'intensifier.  Il se rend compte que l'album 'Heart of the Congos', après 34 ans, trouve enfin un successeur digne de ce nom.  A l'époque, quelque chose de magique se déroulait dans le Black Ark de Lee Perry.  Maintenant, ce mystique naturel se retrouvait dans le Lost Ark de Pura Vida.

Sans Shanti, cet album ne serait jamais sorti.  Bregt Puraman est un ami des quatre membres des Congos, mais c'est Shanti qui l'a pris sous son aile et c'est chez lui que Puraman pouvait loger à chaque fois qu'il était en Jamaïque.  Ils sont comme deux compères qui se sont rencontrés dans ce continuum intemporel qu'est le reggae.  Pourtant, l'un est 30 ans plus vieux que l'autre, le premier a ses racines profondément enfoncées en Jamaïque et dans l'esprit de rastafari, tandis que le second a les siennes dans les terres argileuses flamandes et une spiritualité universelle.

Shanti et Puraman ont commencé à échanger de la musique.  Des riddims, des mélodies, des lyrics, parfois par téléphone, parfois via internet.  C'est Maarten, le frère de Bregt, qui s'est engagé à faire venir Congo Ashanti Roy en Belgique, pour enregistrer mais aussi pour faire quelques concerts avec le groupe Pura Vida.  « Sans mon frère, je n'y serai pas arrivé.  Il a réglé pour moi tous les aspects administratifs, les bookings, les contacts, … Je n'aurais jamais pensé que c'était tellement difficile de faire venir quelqun du Tiers Monde vers l'Europe.  Visa, billets d'avion, caution, fiches de revenus, relevés de comptes bancaires (qui doivent être bien fournis), attestations fiscales : je suis moi-même trop désordonné pour pouvoir arranger tout cela.  Le suspense a duré jusqu'au dernier jour.  Heureusement malgré tout que l'ambassade belge a chaleureusement accueilli Shanti.  Mais au final, ce n'est que quand il nous a appelés pour nous dire qu'il montait dans l'avion que nous avons été tout à fait rassurés. »

Il faisait un froid de canard quand Congo Ashanti Roy a débarqué en février à Bruxelles.  Cela faisait des semaines que le pays se trouvait sous la neige.  Dans le Lost Ark, il n'y avait qu'un misérable petit feu.  Mais malgré tout (ou à cause de cela), Shanti a voulu se mettre directement à l'œuvre.  Alors qu'il était arrivé à 4 heures du matin à Sint-Maria-Aalter, à 6 heures, il était en studio, occupé à chanter sur un nouveau riddim qu'il avait composé en Jamaïque.  Quelques heures plus tard, le reste des musiciens de Pura Vida ont débarqué, frais et dispos, pour enrichir le riddim et lui donner son habillement final.

Le hasard veut que le Lost Ark venait justement d'être élargi et reconstruit.  Congo Ashanti Roy était le premier artiste à pouvoir faire usage du nouvel espace et des nouvelles possibilités de ce studio.  Il y est resté de jour comme de nuit, travaillant d'arrache-pied à cet album avec son producteur Puraman. 

Pura Vida était toujours de la partie.  Certains effets et quelques voix ont plus tard été rajoutées aux chansons, dans le Lions Den Studio, JA, et Earl 'Chinna' Smith y a aussi ajouté sa petite touche personnelle.  Horsemouth a apporté ses compétences légendaires en termes de batterie, et pour les chœurs, il y a G.T. Moore, Erick Judah et Mrs. Puraman, Nina Schelfthout.  Mais au final, l'album 'Hard Road' est surtout une création de Bregt et Shanti, alors que 'Nah give up' résulte clairement d'une interaction entre les Congos au grand complet avec le rastaman de Sint-Maria-Aalter.

Adventures in the Lost Ark

Octobre 2012.  Un déplacement vers le Lost Ark est toujours un peu mystique.  Sortie de l'autoroute, traversée de villages, de prés et de bois, et arrivée dans un petit village isolé.  C'est ici que Bregt, Nina et la petite Johanna habitent une surprenante habitation, avec à l'avant une large vue sur la campagne et avec une dizaine de pièces réparties sur deux étages.  L'espace entier respire l'art.  De nombreuses peintures sont accrochées aux murs.  Le studio est la partie centrale de cet espace.  Aujourd'hui, je suis venu chercher mon exemplaire de 'Hard road'.

Ce vinyle est emballé dans une superbe pochette, qui reprend une des peintures de Bregt, qui pend d'ailleurs dans son studio, à côté de l'intrigante étoffe qui avait servi à l'illustration de l'album 'Nah give up'.  Sur l'image de 'Hard Road', on voit les deux principaux protagonistes de l'album, représentés dans un style organique assez mystique qui est propre au peintre Puraman.  Le décor est une expression onirique de l'ambiance du studio.  A l'arrière-plan, il y a quelques photos d'ambiance en noir et blanc des sessions d'enregistrement et de la Jamaïque.

Le disque lui-même a été pressé en vinyle rouge de première qualité, ce que cet album mérite amplement.   'Hard road' est à nouveau un album qui peut, sans prétention, être comparé aux classiques du reggae roots jamaïcain, avec dix titres puissants, qui varient rythmiquement entre un nyahbinghi méditatif (l'intriguant 'Only Jah' en ouverture, et un final un peu space : 'Warrior'), un rockers dynamique ('Beware', 'Energy') et du one drop de bonne facture ('Unite', 'Home sweet home').   Congo Ashanti Roy possède une belle voix de sufferer jamaïcain, qui se trouve à la limite de la lamentation, ou parfois même des pleurs, mais qui reste malgré tout toujours optimiste et confiant.  Il chante des messages édifiants, portant sur l'amour, sur un état d'esprit positif et sur les dures expériences que la vie nous fais parfois subir.  Les choristes qui l'accompagnent sonnent comme des anges et leurs harmonies sont tout aussi belles et accrocheuses que celles des Congos ou des Abbyssinians.  Sans parler des superbes arrangements de cuivres, de l'harmonica,des percussions et d'autres finesses qui donnent leur cachet final à cette musique.

C'est de la pure qualité que cette production de L.A.M. (Lost Ark Music), un label qui veut évoluer à l'avenir vers un réel label de qualité.  Après Shanti, les Congos et Horsemouth, Puraman a pour projet de faire descendre encore d'autres artistes jamaïcains dans son studio de Sint-Maria-Aalter.  L'année prochaine doit sortir un album intitulé 'Pura Vida All Stars' avec des noms de confiance comme les Congos et Erick Judah, mais aussi avec quelques chansons de vétérans du reggae donc Bregt a fait la connaissance au fil des années.  Est-ce que quelqu'un se rappelle de Hugh Blackwood? C'est peu probable.  Celui-ci a enregistré un tune au Black Ark Studio de Lee Perry qui se trouve probablement dans toutes les bonnes collections de reggae : 'Vibrate on'.  Ce son est surtout connu pour l'interprétation ultérieure qu'en a faite Dr Alimantado.  A part cela, on n'a plus jamais entendu parler de ce Hugh Blackwood, alors que celui-ci possède toujours une voix fantastique.   Si les nouveaux titres de lui que j'ai pu entendre au Lost Ark Studio étaient disponible en vinyle en magasin, je les achèterai immédiatement !  Classic stuff.

Et que dire de Sylford Walker?  On se rappelle de son 'Burn down Babylon' et d'une poignée d'autres hits du début des années '80.  Lui aussi a sa voix gravée sur les bandes du Lost Ark studio, Bregt utilise de préférence du matériel d'époque, comme une vraie table de mixage Soundcraft Series 1 de 1974, la même que celle qu'on trouvait à l'époque dans le Black Ark Studio.  En live, il préfère utiliser une  Allen & Heath de 1978.  Les enregistrements se font sur bandes magnétiques et le mastering se fait chez  Electropolis, des spécialistes, et surtout des passionnés du vinyle.

Je ne suis jamais allé dans le studio Black Ark.  La première fois où je suis allé en Jamaïque, cela faisait longtemps que Lee Perry avait mis les voiles.  Son studio n'était plus qu'un vague souvenir.  Mais la magie de cet endroit s'est réincarnée ailleurs dans le monde.  Le studio Lost Ark de Pura Vida est probablement où cet esprit est le plus vivant.   

L'album vinyle 'Hard road' est en vente chez Musicmania et Vinylia, ou via le site de Lost Ark Music.

Congo Ashanti Roy & Pura Vida: travelling the hard road together

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Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

DubRootsReggae

Published

Oct 24, 2012

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