Reggae.be
10 years of Reggae.be: 25 years of Beljam history
Roots & CultureOct 17, 2012

10 years of Reggae.be: 25 years of Beljam history

By Jah Shakespear

Reggae.be fête ses dix ans !  Retour sur la naissance et l'évolution de votre site préféré mais aussi sur 25 ans de presse reggae en Belgique.

Au commencement, il y avait Ridim, le premier magazine de reggae en Belgique.  Le numéro Un est paru en février 1986.  Sur sa couverture, on retrouvait les Gladiators.  Les autres gros titres concernaient : Sly & Robbie, Dean Fraser, Prince Buster et le Sunsplash. L'édito affirmait que  « Le reggae a fait son deuil de la mort de Bob Marley » et appuyait cette affirmation par des interviews de Robbie Shakespeare, Prince Buster, Dean Fraser et Ini Kamoze et des compte-rendu de concerts, comme le Sunsplash 1985 dans l'Arenahal, avec le Taxi Gang au grand complet, Gregory Isaacs, Paul Blake et les Bruxellois du groupe Seven Roots, que tout le monde semble avoir oublié. Dans ce premier magazine Ridim, on trouvait également un article sur le riddm Hot Milk et un autre sur les cuivres dans le reggae, des critiques d'albums (Sugar Minott, Stalag 17-18-19, Coco Tea, Burning Spear…), et de courtes histoires dans la rubrique Reggaerama : dans ce cas-ci celle de Gaba Longsize , un des meilleurs DJ's d'Anvers qui était parti à New York.  Celui-ci y explique comment, avec son acolyte Sensi Peter, ils avaient fait envoyer des centaines de disques Studio One vers la Belgique, comment s'est déroulé le 50eme anniversaire de Roland Alphonso,  il nous parle des caves de Studio One à New York, d'une rencontre avec les Blues Busters et de celle avec la fille de Coxsone qui lui avait alors offert un LP de 'Ride me donkey'. Hé oui, à l'époque, le reggae était réellement passionnant.

C'était longtemps avant que tout le monde n'ait un ordinateur chez soi.  A l'époque, même le CD n'avait pas encore fait son apparition dans la boutique de disques de Gaba Longsize, le King's Toon.  Ridim, pour son époque, avait somme toute belle allure.  On pourrait même dire qu'il avait un aspect un peu futuristique.  Lui Lucky (Lucas Zwinnen, père de Crucial Alphonso) avait créé son style graphique à l'aide des premiers programmes de mise en page, encore un peu primitifs, mais cela donnait un résultat assez authentique.  Les réflections de couleurs rouge, jaune et verte sur la couverture et dans le feuillet central contrastaient avec les illustrations et photos en noir et blanc des autres pages.  La rédaction de ce fanzine était composée de  Karel 'Ras Antonius' Liebaers (connu pour son 'This station rules the nation' sur Radio Capitale et  sur FM Bruxel), Walter Meersman et Karl (sic) Michiels.

Ruud Gullit

Nous n'avons sorti que 4 numéros de Ridim.  Sur la Une, il était écrit « Paraît régulièrement », ce qui fait toujours bien.  Mais en juillet 1988, c'était déjà le dernier numéro qu'on retrouvait dans les rares magasins qui vendaient du reggae.  Ziggy Marley, Mutabaruka, Burning Spear, Mighty Diamonds, Sugar Minott, Ruud Gullit (!): ce n'étaient pas les noms et les sujets qui faisaient défaut.  Mais vous savez comment va la vie.  Les enfants, le travail, la maison,… et puis voilà, plus assez de temps pour écrire pour un fanzine et le diffuser.  Avec son prix de vente à 85 francs (2 euros), il était aussi probablement trop cher pour un magazine en noir et blanc, mais il nous était impossible de faire moins cher et puis il rassemblait une masse d'informations qui n'étaient disponibles nulle part ailleurs chez nous.Au cours des années nonante, les fanzine étaient les seuls médias qui se concentraient sur des subcultures comme le punk, le métal, le reggae, etc... J'ai pour la première fois eu une accès à Internet en 1996.  C'était chez un ami qui était tellement enthousiaste des débuts de l'Internet qu'il m'a donné envie de l'essayer tout de suite.  « Ecris juste le nom d'un artiste, et je parie que tu trouveras plus d'informations sur Internet que tu n'en as jamais vu dans ta vie. » Et en effet, quelques minutes plus tard (ça semble lent maintenant, mais à l'époque ça nous semblait d'une vitesse !), est apparue devant mes yeux une longue liste d'articles, dont je n'avais pour la plupart aucune connaissance.  J'ai même fait imprimer cette liste (sur une imprimante matricielle), pour prouver mes dires en rentrant à la maison !

Rockers time now

Heureusement, pendant cette décennie, nous avions encore le magazine Rockers, de 'Natty' Matty Haezen.  A lui seul, il est parvenu à en sortir 28 numéros.  Ce magazine avait moins de couleurs et de visuels que le nôtre, n'était pas imprimé mais photocopié, mais contenait malgré tout des informations récentes et de première main, à côté d'articles plutôt historiques.  Les textes étaient signés des mains de Natty Matty lui-même, de Ras Phil (= Feel), de Back To Bass, de Crucial P. et de Karel Michiels.  On y retrouvait les hitparade, des critiques, des nouvelles, le tout en 36 pages en format A5.  Tout comme le Ridim, on y retrouvait un peu de pub : l'habituel Arlequin, disquaire bruxellois, et Munich Records, le plus gros distributeur du Benelux, et d'occasionnels organisateurs de concerts comme l'AB ou 5voor12.  Nous n'avons jamais craché sur un peu de publicité, sur reggae.be non plus, tant que celle-ci concerne directement la musique que nous voulons promouvoir.Rockers était tiré à 300 exemplaires à ses débuts en 1991.  

A la fin des années '90, il avait atteint les 1000 exemplaires et était devenu LE média de la scène reggae belge.  En 1999, nous avons donné un coup de relooking au magazine : une couverture en couleur, de nouveaux graphismes, des plus gros annonceurs aussi…  Les ingrédients rédactionnels restaient les mêmes : interviews, histoire, des news variées dans la rubrique Tam Tam, des critiques d'albums (la rubrique 'Fresh & Clean', un nom que j'ai longtemps continué à utiliser sur mon site par la suite), des articles sur des concerts ('Keep on movin', toujours en cours sur Reggae.be) et bien sur l'agenda, de plus en plus étoffé au fur et à mesure des années.  Ce qui était remarquable est que Rockers s'attachait à couvrir tous les sous-genres du reggae : on parlait aussi bien du dancehall avec ses lyrics 'slacks' et ses gun talks que du nu-roots de Sizzla et Anthony B ou encore de Studio One, de Coco Junior, de dub digital ou de Stepper anglais.  Ce principe de base est également celui que nous appliquons sur reggae.be.  Sur la couverture du Rockers nous annoncions d'ailleurs : 'Roots and culture, reasoning, charts, dancehall'.Nous avons sorti 8 numéros du Rockers, d'abord il était bimensuel puis trimestriel puis… A la base il était distribué partout en Flandres, à Bruxelles et aux Pays Bas.  Attention, on parle bien des magasins de disques de ces régions.  Le nombre de libraires vendant notre magazine était très limité.  Le prix était d'abord de 40 francs, puis il est passé à 60 francs.  De grosses maisons de disques comme V2 Records et Universal, de même que de nombreux festivals qui programmaient du reggae, nous envoyaient de belles publicités en quadrichromie.  Les articles et reportages sur rastafari côtoyaient de textes scientifiques sur les thèmes du pum pum et du punnaany (copyright Julius Irving).  Nous avons eu en couverture Beenie Man, Barrington Levy, Lee Scratch Perry, Bob Marley, Bim Sherman et Rohan Lee. Nos contrées n'avaient jamais connu un magazine reggae aussi beau et aussi abouti.  Le dernier numéro, le 36eme, est sorti en mai 2001, précisément vingt ans après la mort de Bob Marley, (lui-même mort à 36 ans – natural mystic!)

Creation de Reggae.be

Entretemps, le 21e siècle avait frappé à la porte.  Même l'éditeur du magazine Rockers, l'European Reggae Foundation (ERF) avait maintenant un site web, même si la rédaction n'y avait pas encore de pages propres.  Et on ne parlait pas encore d'interactivité non plus. Le site présentait juste ce que l'ERF avait à proposer (management de quelques artistes, dont Rohan Lee, promotion, organisation,…) mais pas d'informations ou d'actualités.

Quelque part pendant l'été 2001, un des membres d'ERF a eu l'idée lumineuse de vérifier si le nom de domaine www.reggae.be était encore disponible.  Et il l'était !  Pour 1000 francs par an (25 euros), nous pouvions nous approprier le nom.  Nous n'avons pas hésité un instant.  Au départ, ce site restait couplé au site de l'European Reggae Foundation mais à partir de janvier 2002, il s'est envolé de ses propres ailes, recevant sa propre home page.  Nous avons alors choisi des armoiries rasta assez chevaleresques, illustration qui m'avait été offerte par le chanteur des Mystic Revelation of Rastafari dans sa cabane de Rae Town.Au cours de sa première année d'existence, le site n'était qu'un forum amélioré, un endroit où tout un chacun pouvait réagir librement aux messages et annonces que nous y postions.  De tous ces échanges, il ne reste rien.  Sauf si quelqu'un a pris le temps de tout imprimer, ce qui est peu probable.  Sur ce proto-site, il n'y avait pas non plus d'images.

En 2002, nous avons transposé les rubriques du feu magazine Rockers au site : Fresh & Clean, Keep on movin', One step forward.  Cela sonnait un peu mieux que Critiques, Compte rendus ou Agenda.  Je trouve d'ailleurs dommage que ces belles appellations aient maintenant disparu du site, mais je ne suis pas le seul à en décider.Le tout premier article sur un concert (10 février 2002) parlait de la visite de Mr Vegas et Ward 21 au VK à Bruxelles et était intitulé 'La nouvelle génération'.  Les toutes premières critiques de CD ? The Internationals, Lee Perry, Zion Train, Jah Shaka, UB40 ('Fathers of reggae') et le très classique Various Artists. Je ne les ai pas comptées (ça serait un travail pour Jah Rebel je pense) mais nous avons surement du en publier un millier depuis ! Et des centaines d'interviews, articles, reportages,…  L'avantage du site tel qu'il est maintenant c'est que tout y reste archivé, tant que le site perdure.  Les vieux numéros de Ridim et de Rockers sont devenus des collectors.  Les articles sur reggae.be resteront pour des siècles peut-être, même si c'est quelques part au fond d'une mémoire informatique.Au fur et à mesure des années, le site a évolué.  Cela explique que certains articles soient mal datés ou que le layout soit parfois un peu de travers.  

L'évolution la plus importante a eu lieu en 2009 : reggae.be a allié ses forces aux forums de Civalizee Foundation et de Beljam Massive ainsi qu'avec le site antwerpmassive.be.  Il était temps car Jah Shakespear et Jah Rebel, les principaux rédacteurs de reggae.be, n'étaient pas adeptes de dancehall, qui est pourtant la musique la plus populaire qui ait jamais été produite en Jamaïque.  A côté du public roots traditionnel, une nouvelle génération de fans était née dans les années '90 et 2000, à laquelle reggae.be n'avait pas eu l'occasion d'accorder son attention.  Avec l'arrivée de Mikey G et de Natty Shakespear Jr, ce vide était comblé.  Les anciens rédacteurs pouvaient continuer à se concentrer sur ce qu'ils maîtrisaient le mieux et les nouvelles recrues s'occupaient de nouveautés et de dancehall.  La même année, Irie Nation est devenu notre premier collaborateur francophone fixe marquant une ouverture vers le public bruxellois et de Wallonie.  On peut nous taxer de vieux-jeu ou nostalgiques, mais la Belgique existe, et l'unité entre les massive du Nord et du Sud est primordiale pour nous !Nous tentons au maximum de publier tous les articles aussi bien en français qu'en anglais, les interviews restent en général en VO, en anglais donc pour la plupart.  Nous travaillons donc avec plusieurs traducteurs bénévoles.  La page concours du site est maintenant complètement automatisée et attire plusieurs milliers de visiteurs par mois.  Les revenus générés par les bannières publicitaires (surtout de la promotion de concerts et festivals) permettent de payer pour la maintenance du site.  La communauté des membres inscrits sur le site, groupes, sound systems et organisateurs, regroupe plusieurs centaines de personnes.  Reggae.be est une organisation qui fonctionne maintenant de manière presque professionnelle et le site en est notre meilleur exemple.

Natty Matty est maintenant pensionné et Lui Lucky ne compose plus de fanzines depuis bien longtemps.  Ras Phil (= Feel) se fait encore régulièrement entendre via le forum et officie encore comme MC de Jah Shakespear.  La nouvelle génération a repris le flambeau : je vous réfère à la page des membres de la rédaction pour faire leur connaissance.  La force et l'enthousiasme de ces jeunes rédacteurs me procure un plaisir immense.  Je pense qu'il ne doit pas y avoir de nombreux endroits de par le monde où l'on écrit autant sur le reggae que chez nous en Beljam !  Depuis les années '80 et '90 sur papier et depuis 2002 sur Internet. And the story of Jamaican music goes on.

 
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About the Author

Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Published

Oct 17, 2012

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