
By Katrien van der Aa & Rubi Roots
Rototom Sunsplash, à Benicassim, en Espagne, a attiré plus de 230000 spectateurs de 96 pays différents, qui ont pu jouir pendant une semaine de la culture reggae sous toutes ses formes, outre les ingrédients classiques des vacances, le soleil, la mer, la plage. Siete días de vacaciones a ritmo de reggae…
Qu'est-ce qu'on vous devait encore? Barrington Levy (FihP) et Steel Pulse (OLT) ont passé chez nous aussi, et visiblement avec une présentation à peu près comparable. En Espagne, Barrington a bien eu largement le temps de finir dignement son potpourri final sur l'intercom et, avec 'Collie Weed', le single qui signait son début dans le temps, et 'A Yah We Deh', deux perles se sont ajoutées à son setlist élargi. Encore une fois, il a montré qu'il peut enthousiasmer un public comme nul autre avec ses acrobaties vocales et les jeux de question-réponse, bien que nous aurions préféré l'entendre lui-même chanter seul un peu plus, sans interruption.
Les musiciens actuels de Steel Pulse, le prestigieux groupe anglais de reggae autour du leader David Hinds, venaient présenter leur plus récent album 'Steppin' Out', notamment avec leur plus récent single 'Rocksteady', en combinaison avec leur plus importants tubes de leur période de gloire, comme 'Rally Round', 'Drug Squad' et 'Chant A Ppsalm'.
The Congos sautillent encore comme de jeunes poulains et le chant harmonieux entre Cedric Myton, Ashanti Roy et Watty Burnett ne laisse toujours rien à désirer, mais leur passage à Rototom était de bien courte durée, avec seulement cinq numéros ('Ark Of The Covenant', 'Garden Of Life', 'Forever Young', 'Congoman' et 'Fisherman' pour être précis), dans des versions longuement développées, il est vrai. Dub it!
La prestation de Max Romeo a menacé un moment de devenir routinière (avec, dans l'ordre, 'War In A Babylon', 'One Step Forward', 'Selassie I Forever', 'Melt Away' et 'Three Blind Mice'), si ce n'était qu'il avait réservé une fameuse surprise en laissant, pour la première fois, une chance à ses tout jeunes fils, l'un chantant comme son père, l'autre complétant parfaitement dans un style raggamuffin accompli. Les deux ados talentueux ont laissé beaucoup pantois; en plus ils avaient quelques messages clairs en réserve: "Show more love to the children!" et "What's wrong with the world? Nothing, it's the people that live in it!" La succession est assurée! Avec leur père, ils ont encore présenté le fameux 'Chase The Devil', un des nombreux sommets sur le podium principal de Rototom.
Zion Train a été annoncé avec Jazzmin Tutum et Sista Bethsabee, qui pouvaient se charger tour à tour de la principale partie vocale, mais c'était de nouveau principalement MC Dubdadda qui menait la partie vocale, sur les dub tracks transmutés de Neil Perch, technicien et cheville ouvrière de ce collectif. Entre les beats, samples et sound effects, nous avons reconnu des versions retravaillées de riddims comme Rockfort Rock et Kunta Kinte, jouées soigneusement par le trio de souffleurs, ainsi qu'une version toute personnelle de 'Revelation 18' de Jah Shaka. Enfin, ils ont lancé l'inévitable 'War In A Babylon' dans une foule en délire, une apothéose entre-temps prévisible.
Malgré le fait qu'on a pu le voir plusieurs fois en Belgique ces dernières années, et qu'il tourne depuis un moment avec pratiquement le même répertoire, quelle meilleure conclusion pourrait on rêver qu'Alpha Blondy qui semble être énormément populaire en Espagne aussi. Il a immédiatement ouvert avec 'Jerusalem', suivi du joyeux 'Fanta Diallo', du 'Masada' plaintif, du Cocody Rock qui invite à joindre le chant et du révolutionnaire 'Politiqui'. Sur les tons du riddim Heathen, les membres du Solar System, son groupe d'accompagnement habituel, étaient présentés un a un avant qu'il prenne congé avec le célèbre 'Brigadier Sabary', une belle conclusion d'une semaine de concerts sublimes. À Jah Shaka dans la Dub Station, Bass Odyssey dans le Dancehall et Earl Gatestead (Trojan Records) dans le Ska Club à, planter la cerise sur le gâteau Rototom.
En l'honneur du 50ème anniversaire de l'indépendance de la Jamaïque, le programme proposait évidemment principalement des groupes live jamaïcains, avec une attention expresse pour quelques groupes émergents from yard, comme Raging Fyah et C-Sharp. Protoje a donné forfait, mais avec RDX, Bass Odyssey, Stone Love, Coppershot Sound, Black Chiney et Ricky Trooper, la Jamaïque était de nouveau bien représentée dans le Dancehall.
En plus, il y avait aussi une Jamaican Area à part, où on pouvait déguster un délicieux jerk chicken tandis que, sous la bannière de World-A-Reggae, le reggae et danvehall pitchés explosaient des baffles. Samedi, on a organisé un dance contest en bonne et due forme, il y avait régulièrement des sessions nyabinghi et tous les jours, à trois heures, un leçon d'histoire jamaïcain était donné par un authentique prêcheur jamaïcain. "The true history of Jamaica, as mammy never has told you before!" Il nous a raconté des Maroons, de Marcus Garvey et d'autres heroes et "sheroes" (parce que "derrière chaque homme bon, il y a une bonne femme!"). Avec tout cela, il ne mâchait pas ses mots et rappelait aux Espagnols que Christophe Colomb n'était pas le découvreur de l'île caraïbe, mais un terroriste! Il insistait aussi sur le fait qu'Adam et Ève étaient noirs et que l'éthiopie existait déjà, longtemps avant que nous soyons apparus. "I know it's hard to hear for you", rassurait-il…
Pablo Moses l'a déjà chanté lors du pré-Festival, et il faut reconnaître que nous avons plus d'une fois attirés vers la Dub Station où, chaque jour à partir de 22 h, résonnait la roots music d'origine, mais aussi où on pouvait entendre les plus récents développements dans l'univers du dub. La Dub Station de Rototom est un concept de Caravelle Productions en collaboration avec Musical Riot, le full sound system du Blackboard Jungle français officiant toute la semaine. Ils s'étaient déjà présentés avec leur ensemble auparavant au festival Garance et allaient continuer leur tour, après Rototom, pour l'Outlook Festival en Croatie.
Blackboard pouvait ouvrir les festivités jeudi et introduire tous les jours les célébrités anglais, en accompagnement d'un warm up de France, d'Espagne ou d'Italie. Faisant cela, ils plongeaient toujours plus profondément dans leur dubbox au point de surprendre amis et adversaires avec un dub plate mystérieux d'Abacush en transition parfaite vers The Disciples vendredi. Soutenu par les rimailleries de Jonah Dan, Russ D, après un bref intro roots, a alors lancé une solide performance avec des productions propres pour finir avec une co-production d'Iration Steppas, omniprésent à Rototom.
Mark Iration est un hôte bien apprécié à Benicassim et était, cette année encore, pendant plusieurs jours. Avant de hanter la Dub Station deux nuits d'affilée, dimanche déjà, il a tourné une heure à la Sunbeach: half an hour for the ladies, avec, en présentations spéciales, notamment, Buju Banton et Michael Rose (Iration a di general!),et le reste du temps des steppers pulsants, littéralement soufflant la sono plutôt limitée. Avec un remix personnel du 'Rub A Dub Anthem' de Pupajim pour High Tone, il a totalement enthousiasmé les fêtards sur la plage et nous a échauffé pour ce qui allait suivre plus tard à la Dub Station.
Là, la Vanguard of Dub a poursuivi sur son élan, avec bien des odes à Iration Steppas, sur ses propres riddims ou ceux de collègues producteurs, toit en introduisant quelques dub mixes nouveaux, futuristes, dans le style 3000, notamment de son 'Locks' tune connu. Lors des versions dub numériques, il prenait lui-même le micro ou il le laissait au rugueux Maki Banton et mardi (en remplacement des Dubateers) le jeune Charlie P pouvait faire entendre de quoi il était capable.
Après Reggae Geel, Word, Sound and Power (samedi) nous a de nouveau séduit avec une sélection dub plate d'artistes comme Al Campbell, Prince Allah ou Dub Judah, et des producteurs comme Nomadix, Eastern Roots et King Alpha. Sister Aisha a commencé son show case avec 'Guide And Protect', premier d'une série de reprises et de numéros propres, principalement sur Ariwa Riddims, de la mais de Mad Professor, avec, plus tard, 'Mash Up Creation', 'Do You Know', 'The Creator', 'Glorify His Name' et 'Prophecy'.
Après le prometteur Badalionions Sound de Barcelone, Gussie P a commencé dimanche soir, sa session par 'Conitinental Universal' de Jah Mason (qui se trouvait plus tôt dans la soirée sur la Main Stage) en prélude de deux heures de créations propres, avec la touche teconnaissable de Gussie et les indispensables interventions de la trombone de Matic Horns: 'Every Knee Shall Bow' sur Kunta Kinte, une version spéciale de 'Let's Go To Zion', un refix de 'Rainbow Country', Johnny Clarke avec 'Crazy Baldheads'…
Matic Horns aurait dû être présent aussi, mais malheureusement, nous ne l'avons pas entendu en action; pas de trace de General Skubba, bien qu'annoncé, non plus, mais heureusement Danny Red était là. Lui, par contre, n'était pas du tout à l'affiche, mais il a présenté un moment ses plus célèbres tubes au label Sip-A-Cup de Gussie P, dont 'Give Jah Praise' et 'Pork Eater'. Vendredi déjà, il a présenté en passant 'Calling Jahovia', qui a encore été joué à la dernière journée par Jah Shaka.
Après son passage inoubliable en 2010, où il a continué longtemps après le coucher du soleil, Zulu Warrior a cette fois explicitement invité à donner une special extended session et il n'a aucunement déçu les hautes attentes. Après nous avoir déçu un peu cet été chez nous, avec un choix de disques relativement prévisible, il a vite abandonné ici sa sélection habituelle et fait impression avec d'obscurs et exclusifs roots et steppers. Il a dubbé, chanté et crié comme jamais… Warrior style!
C'était clair aussi que Jah Shaka ne se trouvait pas exactement dans son élément ici. Aussi il a insisté que le public insiste auprès de l'organisation pour qu'il puisse tourner les sept jours l'an prochain, mais alors, ils devront mettre la main au fond de leur bourse… Rototom ne semble pas seulement pour les festivaliers les vacances d'été par excellence, les artistes aussi aiment aussi clairement s'y présenter et restent en général quelques jours pour jouir du temps et de l'unique ambiance. Cette énergie positive, ils la rayonnent aussi en direction du public.
Rototom est un petit village autonome où chaque vrai fan de reggae se trouve chez lui et est servi. Outre les nombreux podiums, chapiteaux et étals, il y a aussi de la place pour le Rototom Circus, le Magicomundo et l'African Village. Sur les gazons entre les rues bétonnées, on peut se reposer dans le village de hamacs, se faire masser ou participer à des activités alternatives.
Dans le Reggae University Camp, il n'y avaient pas que des lectures et des interviews live, mais aussi des work shops et expositions, comme celle de Michael Thompson sur 50 ans de musique jamaïcaine. Lors du Foro Social, il y avaient des débats sur des thèmes importants comme la légalisation du cannabis, mais aussi sur la crise économique qui se fait sentir particulièrement fort en Espagne aussi.
L'organisation fait grand cas de l'écologie. C'est ainsi qu'il y a de la publicité pour les transports en public, qu'on peut louer des vélos, qu'on travaille uniquement avec des produits locaux, pour maintenir l'impact CO2 le plus bas possible. Aux nombreux étals de nourriture et de boisson, on peut partout payer en liquide (pas d'emmerdes avec des tickets), mais nulle part, on ne trouve Coca-Cola, par contre la pils Estrella se trouve dans toutes les dimensions, à des prix démocratiques, sous le slogan peace, love, reggae & beer…
Le camping est tranquille et hygienique, même si, sans abri supplémentaire, on est bien avant midi chassé de sa tente par le soleil brûlant. Sur le terrain, on trouve bien un peu d'ombre, sous un des rares arbres, ou on peut plonger dans les eaux rafraîchissants de la Méditerranée, après quoi on peut participer à la leçon quotidienne de dance dancehall ou assister aux deejaysets sur la plage.
Assez de raisons pour choisir Rototom? Nous, on revient en tout cas l'an prochain!
Traduction française: Jozef Weyn

Katrien van der Aa & Rubi Roots
Sep 04, 2012