
By Jah Shakespear/Irie Nation
Soleil, baignades et good vibes, c'est ce que nous promettaient les organisateur du Garance Festival 2012. Et leurs promesses ont été entièrement honorées. Le beau temps du Sud de la France, les différentes activités, projections de films, conférences, les décorations rouge-jaune-vert partout dans la ville, une ambiance irie aussi bien sur le festival que dans le camping, un peu de légèreté et d'improvisation dans l'organisation, typique des gens du Sud, tout cela ne fait que compléter le tableau pour un des festivals d'Europe qui présente une des affiches les plus exceptionnelles.En tant que partenaire média pour la Belgique, l'équipe de reggae.be était présente sur place. Compte rendu complet de ces quatre jours de délice musical.
Skully Simms (77), Derrick Morgan (72), Vin Gordon (62), Ernest Ranglin (80), Bob Andy (68), Rita Marley (66), Marcia Griffiths (61), Lloyd Parks (64), The Gaylads (presque 200 ans à eux trois): il n'y avait pas de meilleure manière de fêter les 50 ans de l'Indépendance de la Jamaïque qu'avec un tel line-up de légendes.
Le site du festival n'était qu'à moitié rempli quand les Jamaica All Stars sont montés sur scène. Il y a quelques années, il jouaient encore avec Justin Hinds et Dizzy Moore mais ceux-ci nous ont quittés depuis. Des anciens, il ne reste que Skully (Simms) et Bunny (Robinson), les plus âgés de toutes les légendes du reggae encore en vie. Ils étaient déjà là, quand leur pays vibrait au son du mento, de la famille du calypso, et quand les premiers rastas ont débarqué dans les studios de Kingston. Ils ont vécu la naissance du ska, du rocksteady puis du reggae. Skully s'est fait connaître en tant que percussioniste et a apporté une contribution cruciale au son des seventies.
Ce sont tous ces sons qu'ils nous ont joué en un set varié, riche et de haut niveau. Nous sommes passés du Hot Milk et du Real Rock (tous les deux en featuring avec Lone Ranger!) à Promised Land (Dennis Brown) et This train (Culture, fantastiquement chanté par le vieux Skully qui est maintenant aveugle), puis à See dem a come et Simmer down des The Wailers. Sans oublier une bonne poignée de ska et de mento ; des hits que Bunny & Skully ont sorti à l'époque.
Il y avait un autre grand nom sur scène : Vin Gordon qui a été le tromboniste résident pendant des années au Studio One et le créateur du Real Rock. Son apport au sein du groupe était remarquable, mettant en évidence l'importance de son art du trombone dans le développement du reggae.
'We hebben het beste al gezien (Nous avons déjà vu le meilleur)' affirmait un des spectateurs à la fin du concert. En néerlandais… Pas qu'il y ait tant de Hollandais que ça au Garance, mais les rootsman habituels étaient tout normalement de la partie. Le nombre de Belges présents, aussi bien francophones que flamands, est aussi en train de croître. Ils sont là pour la musique mais aussi pour les vibes. Et ils n'avaient pas fini d'être rassasiés.
Après les All Stars, les Jamaican Legends: Sly & Robbie, Ernest Ranglin et Tyrone Downie, ex-claviériste des Wailers. Pas de Monty Alexander donc aux claviers. La seule composante jazz du groupe était Ernest Ranglin, qui, comme à l'habitude, s'est montré un guitariste de très haut niveau. Il s'est posé sur toute une série de riddims assez prévisibles, dont seul le Drum Song, en ouverture, nous a réellement convaincu. Robbie Shakespeare (qui a très fort maigri) a chanté Fattie Fattie, No no no, Lively up yourself et Redemption Song, mais sans réelle conviction. Assis derrière sa batterie, Sly Dunbar jouait de manière tout aussi dissipée. Est-ce qu'il peut toujours jouer comme avant ? Il marche encore plus difficilement que l'année dernière, il semble trembler encore plus, mais heureusement pas quand il joue. Pour Sata a massagana, Vin Gordon a rejoint The Legends. Il est en effet un des musiciens qui a joué l'original de cet hymne. Robbie a essayé de sauver les meubles en jouant une version hyper lourde à la basse du Bam Bam mais c'était trop peu pour encore nous convaincre.
Légende suivante ! Ca défilait sec ! Lloyd Parks, bassiste et leader d'un des meilleurs backing bands de l'époque d'or du reggae, qui a notamment donné des concerts mémorables avec Dennis Brown. Le 'We The People Band', était composé de deux cuivres et deux claviers, (Robbie Lynn et Earl Wire Lindo) avec à la guitare le grand Winston Bo-Beep Bowen. Le groupe s'est réchauffé avec quelques riddims foundation et Lloyd Parks a ensuite chanté son plus grand hit (en Europe pour le moins) : Mafia, un titre enregistré en 1976.
We The People a d'abord backé les I-Threes, les choristes de Bob Marley. Mais sans Judy Mowatt, remplacée par Pam Hall qui n'est maintenant plus toute jeune non plus et qui se montre plutôt discrète sur scène. Marcia Griffiths, Queen of Reggae, officiait en tant que lead vocal et Rita Marley était plutôt là pour une présence symbolique. Elle n'est plus vraiment en mesure de chanter et devait régulièrement s'asseoir sur un fauteuil prévu à cet effet. Cela fait malgré tout plaisir de la voir, et en tant que choriste elle se débrouille encore. Mais ses quelques lignes en solo sur No Woman No Cry ont montré qu'il vaut mieux qu'elle ne monte plus sur scène. Sauf pour le symbolisme ou alors pour fêter son anniversaire comme c'était le cas ce jour-là à Bagnols.
"Nous sommes trois missionnaires, déclarait Marcia, venues pour propager la musique de Bob ». Put it on, Nice time, Three Little Birds, Buffalo Soldier, Iron Lion Zion, et bien d'autres. On ne s'en lasse jamais mais par contre il y a à l'heure actuelle tellement d'artistes qui tournent avec le répertoire de Bob : The Wailers, The Orginal Wailers, Stephen, Julian… qu'il y a un risque d'overdose ! En tout cas, He's a legend a été un hommage réellement touchant.
Les musiciens de Lloyd Parks sont restés sur scène continuant leur marathon et accueillant Bob Andy, un des meilleurs paroliers que la Jamaïque ait jamais connu, même si sa discographie n'est pas très fournie et qu'il n'a qu'un seul album classique (Songbook sur Studio One). Les morceaux qu'il a chantés sont issus de cet album surtout. Bob Andy ne s'est pas privé de préciser que plusieurs des titres que nous connaissons de Barrington Levi sont les siens, comme Too Experienced par exemple. Cerise sur le gâteau de son concert : il a fait remonter Marcia sur scène pour chanter ensemble Young, Gifted & Black ! Yes !
Le défilé des légendes n'était pas terminé : Derrick Morgan, the original rude boy, maintenant aveugle, a été guidé vers le centre de la scène. Appuyé sur une canne, avec son chapeau typique vissé sur la tête et une énergie étonnante, il a fait revivre le ska et le reggae des débuts avec des chansons comme Conqueror, Fat Man (1961 !), Rudy Get Bail, un classique chez les Rude Boys ou encore son hit célébrant l'indépendance jamaïcaine : Forward March. Derrick est toujours alive & kicking !
Vers une heure trente, les Gaylads ont gravi les marches du podium pour une heure de pur plaisir, de ska et de rocksteady, de pures harmonies. Bref une superbe clôture pour ce premier jour mémorable au Garance.
Biga Ranx, le seul chanteur français sur scène avait la tâche d'ouvrir les hostilités le jeudi. Ce jeune artiste compte pas mal de fans dans son pays et les massive étaient déjà présents en nombre pour l'accueillir ce jour-là. Et on peut dire que Biga n'a nullement volé sa place sur la scène du Garance. Avec son mix étonnant de raggamuffin, de hip hop et de dubstep, il a conquis son audience. Ce sont surtout les titres de son premier album On Time qu'il a interprétés, plus son excellent Make It This Time produit par Kanka. A la fin de son show, alors que son crew avait déjà quitté leur poste, il a terminé par un des acapellas dont il a le secret, pendant 2 – 3 minutes sans une seconde de pause, tandis que le présentateur officiel du festival, Franky de Partytime.fr, attendait assis sur un haut parleur…
Chezidek a donné un concert correct, bien meilleur que sa prestation de l'année passée à Reggae Geel. Puis a débarqué le seul artiste dancehall de ce festival : Mr Vegas. Avec l'arrestation de Busy Signal, Vegas a hérité d'une tournée européenne cet été. Quand il a déboulé en short et chemise jaune sur un riddim hardcore, cela a fait un choc au public du Garance. Après quelques morceaux cependant, Vegas était sur la même longueur d'onde que les massive et a assuré un show court mais énergiques. Pour célébrer les 50 ans de l'anniversaire de l'indépendance de la Jamaïque et la sortie récente de son double album Sweet Jamaica, il a interprété ses reprises de Israelites (Gimme a Light) et You can get it if you really want. Pas le meilleur show de Vegas qu'on ait vu, trop court en fait pour que l'artiste puisse donner toute l'énergie qu'il a en stock.
Israel Vibration est un groupe que nous ne voulons plus voir. Leurs albums resteront à jamais des classiques du meilleur cru et notre respect le plus profond va à ces artistes, mais l'interprétation à la louche de ces subtils morceaux, les cris de Skelly et le chant routinier de Wiss, l'absence de cuivres remplacés par des synthés bruyants, enfin bref, l'Israel Vibration 2012 n'est plus plaisant à écouter.
Groundation souffre également de ce problème d'avoir été vu et revu dans de nombreux festivals et salles de concerts. Leurs sets ne sont par contre pas à chaque fois identiques, au contraire, et ils ont un public acquis en France. Mais bon, il n'y a plus rien à écrire de neuf sur leur concert…
Les deux noms que tout le monde attendait, les deux concerts exclusifs, les deux artistes qui n'avaient encore jamais mis les pieds en France pour un concert étaient Leroy Smart et Johnny Osbourne. Le premier est apparu habillé dans une sorte de costume clownesque et son set l'a tout autant été. On s'est même demandé s'il était soir bourré soit sous coke… Il tenait pour acquis que le public serait conquis d'avance et qu'il répondrait en masse à ses fanfaronnades et ses pirouettes. Cela n'a pas vraiment été le cas et il a plus ennuyé qu'autre chose. Même les musiciens du We The People ne semblaient pas être amusés et ce sont plutôt eux qui ont sauvé le show. On se demande combien de personnes seraient restées s'il n'y avait pas juste derrière Johnny Osbourne…
Celui-ci a en effet vite fait oublier ce qu'on venait de vivre. Johnny est monté sur scène avec Rock It Tonigth sur le Heavenless-riddim. Et son concert s'est poursuivi sur de tels riddims classiques sur lesquels il a chaque fois réussi à poser des chansons qui se dénotent de celles des autres artistes. Far East, Stalag, Solomon, Joe Frazier, Sleng Teng, Take it easy, Take a ride, ce dernier étant plus connu sous sa forme retravaillée (Truths and rights) que dans sa version originale de Al Campbell. Il nous a aussi servi Purify your heart, une vraie chanson universelle, et puis un Folly Ranking en mode uptempo. Buddy bye a reçu une réponse survoltée, et prévisible, mais des sons comme Yo-Yo et Ain't gonna break my promise sont également passés comme une lettre à la poste auprès du public. Osbourne s'est aussi posé en mode dub plate style et a prouvé pourquoi il est appelé le king of rub-a-dub. Johnny Osbourne a sans aucun doute sa place en tant que tête d'affiche des festivals européens cette année ! Une seule question : on se demande ce qu'ont pensé Lloyd Parks et ses musiciens à chaque fois que Johnny leur lâchait : « Run the riddim my selector ! »
Du côté du Dub Corner, c'était la plus profonde déception. Le clash du siècle entre King Jammy et Mad Professor n'a en effet pas pu avoir lieu. Les organisateurs avaient annoncé que pour des raisons de santé, le King ne pourrait pas jouer. On a en effet appris que celui-ci avait eu une attaque cardiaque en arrivant en France et se trouvait hospitalisé à Marseille. Tous nos vœux de rétablissement à King Jammy !
Le vendredi, le ciel était légèrement couvert, la température était descendue, ce qui fait du bien après deux jours de chaleur intense. C'est le troisième jour et le public qui commence à fatiguer reste plus longtemps au camping avant de venir sur le site.
Beaucoup ont donc raté le concert de Diana Rutherford, une des quelques femmes présentes sur scène au Garance. A vrai dire, je pense que peu de massive étaient réellement intéressés par cette charmante jamaïcaine, qui habite en France et parle déjà pas mal le français. Son groupe est également Made in France. Diana Rutherford a une belle voix mais pas encore assez de répertoire pour vraiment convaincre, même si une chanson sur le Sufferah riddim nous a particulièrement plu.
Pour le troisième jour d'affilée, Lloyd Parks et son We The People Band sont ensuite montés sur la scène. Il n'y a pas de raison d'inviter un autre backing band pour jouer avec Freddie McGregor, un des artistes qui a justement produit plusieurs de ses meilleurs morceaux avec ce groupe. En ouverture, Lloyd Parks nous a réchauffé le cœur en chantant See them a come (Culture) et Mafia, un de ses propres titres. Avec ses musiciens, il nous a ensuite emmenés dans le monde de Studio One, un monde que Freddie McGregor ne connait que trop bien. Ils savent comment doit sonner le Far East riddim par exemple, une pure merveille. Et que dire de Full Up riddim ? Sur la version Studio One de ce riddim, Freddie a probablement posé la meilleure chanson de toutes : Africa Here I Come. Cerise sur le gateau au Garance, il était joué par Robbie Lynn aux claviers, qui serait celui qui est à l'origine de ce superbe riddim. C'est en tout cas ce qu'affirme Bunnie 'Striker' Lee, le célèbre producteur, qui logeait dans le même hotel que Jah Shakespeare. Cet homme est une source inépuisable d'histoires. C'est en tout honneur qu'on le fera monter sur scène vers minuit, tout habillé d'un costume rouge, sa traditionnelle casquette de capitaine vissée sur le crâne, pour lui rendre hommage. Bunny Lee était à Bagnols-sur-Cèze pour une conférence à la médiathèque, où Rita Marley était d'ailleurs présente le jour d'avant.
Retour sur le concert de Freddie McGregor, qui a notamment chanté Push comes to shove et Big Ship, commercialement ses plus gros hits, Loving pauper et Born a winner, deux des nombreux classiques qu'il a repris, Here I Come et Revolution, en hommage à son ami, son frère, Dennis Brown. Qui d'autre que Freddie pourrait rendre un meilleur hommage au Crown Prince ? Après une interprétation magistrale de War de Bob Marley et un Bobby Babylon très skanky, il a du prendre, bien trop tôt pour nous, congé du public… sans oublier de prévenir tout le monde de se méfier d'Eddy Brown 'Stay away from that man!' Eddy Brown est entre autres le manager de Sizzla.
Plus tard lors de sa conférence de presse, Freddie a annoncé la sortie d'un nouvel album, 9 ans après son dernier opus. Celui-ci est produit par son fils Stephen 'Di Genius' McGregor et on y trouvera notamment des featurings avec Etana et Gappy Ranks.
Les Mighty Diamonds sont toujours en bonne forme ! On les a peut-être trop souvent vus maintenant pour encore être réellement impressionné… Ils ont en tout cas assuré un concert carré, avec un backing band français dont je n'ai malheureusement pas noté le nom. Ca sonnait plus lourd et plus rock que le jeu du We The People Band mais sur des classiques comme Party time, Poor Marcus, Rise up, Right Time, Have mercy, Africa et I need a roof, cela a donné un bon effet. Surprise, c'est la première fois que j'entends les Mighty Diamonds chanter Tamarind Farm, un petit chef d'œuvre de Sly & Robbie, que le groupe nous a servi avec un fantastique dub et des solos convaincants. Les chœurs subtils des trois vétérans étaient parfois un peu couverts par la puissance des riddims mais n'y ont heureusement jamais été engloutis. Avec Pass the Kutchie, ils ont bien entendu créé des vagues dans tout le Parc Arthur Rimbaud. Crowd went mad.
Mais c'est Beres Hammond qui a le plus cartonné ce vendredi soir, accompagné de son fantastique Harmony House Band au grand complet avec cuivres, percussions, deux claviéristes et choristes. Que des tunes de premier niveau, dont pas mal de Studio One : Swing easy, Real rock, Stars, Tempted to touch… What one dance can do et Putting up resistance sont deux classiques de l'ère digitale mais sonnent réellement bien quand ils sont joués en mode plus roots par le Harmony House. Leur interaction avec Beres est parfaite, sans pour autant être trop lisse ou machinale. Rien à redire de la voix de Beres Hammond : elle est probablement la meilleure de sa génération.
Pendant ce temps, au Dub Corner, Soul Stéréo et Downbeat avaient commencé leur clash. Alors que les Abyssinians allaient monter sur scène, les deux sounds en étaient déjà à la troisième manche. Downbeat y jouait des plates tirées du fond de ses bacs, avec une séries de tueries de Prince Alla et quelques sons d'obscurs artistes. Soul Stereo y répondait par un set plus varié, commencant en foundation et se terminant en bogle avec du Burro Banton et damian Marley entre autres. Je ne pourrais honnêtement pas vous dire ce qu'on donné les trois premiers rounds. Au Dub Fi Dub par contre, si les Parisiens se sont bien défendus au début, Tony Screw a vite pris la main en sortant d'énormes tunes comme des dubs de Delroy Wilson (malheureusement coupés hyper short), un combo Luciano/Shabba et quelques autres trucs introuvables ailleurs. Soul Stéréo a gagné le respect de tous mais ils n'ont rien pu faire contre une dub box contenant 40 ans de specials.
Organiser un clash sur le festival était une très bonne initiative de la part des organisateurs. Par contre, à voir le nombre de massive qui ont suivi ce clash, il semble que le public du Dub Corner n'ait que moyennement apprécié : il y avait carrément plus de monde présent pendant les sets des sound systems dub que pendant l'affrontement Soul Stereo / Downbeat.
La nouvelle génération d'artistes jamaïcains à la mode est absente de l'Europe cet été (Busy Signal, Popcaan, Konshens…) et Sizzla a annulé sa tournée en dernière minute. Pendant trois jours les artistes vétérans ont été mis à l'honneur. Le samedi, à part pour le concert de Cocoa Tea, c'était les jeunes artistes qui avaient la parole et la mission de prouver qu'on fait encore du bon reggae au 21eme siècle.
Vers 19 heures le samedi, il n'y a pas encore grand monde pour accueillir Derajah & the Donkey Jaw Bone, à peine plus pour Raging Fyah. Ce groupe émergent, qui connait un succès croissant en Jamaïque réalise sa première tournée européenne. Ils nous avaient laissé une très bonne impression au Summerjam Festival et ont confirmé au Garance, même si le temps qui leur était imparti était plus court et s'ils ont donc eu moins l'occasion de montrer leur versatilité. Leur premier album « Judgement Day » n'est pas sorti officiellement en Europe et le public ne connaissait donc pas trop leur répertoire. Ce concert a donc donné l'occasion aux massive de faire connaissance de ce groupe.
C'est ensuite Turbulence The Future qui nous a donné un concert plein d'énergie et d'humour, comparable aux derniers concerts qu'on a vu de lui : efficace, la foule a suivi !
Magano a été choriste pour Bunny Wailer, Michael Rose et Warrior King … et Cocoa Tea, qui a réussi à la caser dans la programmation du Garance. Elle est sa protégée, joue avec son groupe et chante ses chansons. Sur des riddims Studio One, comme ceux que Cocoa Tea aime utiliser. Elle a également chanté quelques chansons plutôt r'n'b, pas vraiment de quoi séduire le public. C'est vrai qu'après Turbulence, on aurait préféré avoir quelque chose de plus énergique, un jeune talent sur scène au lieu de cette dame inconnue du public. Elle a une belle voix, mais des voix pareilles abondent en Jamaïque et elle n'a pas un répertoire personnel très développé.
Cocoa Tea a lui ouvert avec Rastaman Chant et a prouvé que sa voix, après trente ans de bons et loyaux services, garde toujours toute sa verve. Il nous a présenté une seule nouvelle chanson, le reste étant ses classiques sur des riddims Studio One revisités. Son set était un peu routinier, le même que ce qu'il nous a chanté lors de ses derniers passages en Belgique au Petrol et au Vooruit mais avec son énergie et sa détermination il a réussi sans problème à capter toute l'attention du public.
Après un assez long changement de plateau, Morgan Heritage est monté sur scène pour une réunion familiale : leur premier concert ensemble après 5 ans d'interruption pendant lesquels ils ont chacun mené leurs projets solos. The Return, le titre de leur album et du single éponyme était leur première chanson, un son reggae rock, un peu trop chargé à mon goût. Comme le reste de leur concert, où parfois l'excès d'instruments forme un ensemble musical assez bruyant. On dirait qu'ils cherchent à avoir un son plus rock qu'auparavant. J'ai moyennement apprécié ce changement, je trouvais leur son beaucoup plus agréable par le passé, moins commercial en tout cas. Ils ont malgré tout été bien accueillis par le public du Garance. Malgré les longs intermèdes parlés et la session de photo pendant laquelle ils ont tous posé au-devant de la scène, demandant au public de faire des photos et vidéos et de les partager sur leurs réseaux sociaux pour dire que Morgan Heritage est de retour. Marketing time….
Alborosie était appelé en dernière minute à la place de Sizzla, dont la tournée européenne a été annulée suite à une dispute avec son management. Puppa Albo a donné un concert de premier ordre. Il ne joue pas un mix rapide de ses nombreux hits mais préfère en interpréter quelques-uns en longueur, soutenu de manière formidable par sa voix rauque et le magistral Shengen Clan. Alborosie avait la carrure suffisante pour terminer ce fantastique festival mais on n'a pas pu s'empêcher de regretter Sizzla, qui n'aurait pu que mettre sur la tête le public du Garance. Alborosie a d'ailleurs eu une pensée pour lui en freestylant Like Mountains dans un de ses morceaux.

Jah Shakespear/Irie Nation
Jul 25, 2012