
Du soleil mais aussi de la pluie, des bons concerts malgré un affiche pas très étoffée. Retour sur le Summerjam 2012.
10 ans que je n'avais pas mis les pieds en Allemagne. La collaboration entre l'organisation du Summerjam et reggae.be m'y fait retourner. C'était mon premier Summerjam et les habitués m'ont dit que ce n'a pas été le meilleur.
J'y ai fait quelques découvertes intéressantes, dont le premier concert en cours quand je suis arrivé: le groupe IRIE FM, vainqueur du European Reggae Contest. Cette formation originaire de Serbie délivre un reggae roots très bien interprété, à l'ancienne avec une section cuivre au complet. Dommage que leur chanteur, malgré une voix agréable, ne puisse marquer les esprits par l'un ou l'autre refrain ou chanson qui marque les esprits et se démarque du reste du concert. En tout cas, voici déjà un groupe dont on peut espérer du bon à l'avenir.
Juste après cela, d'autres jeunes artistes sont montés sur la Green Stage. Il ne m'étaient pas inconnus ceux-là, au contraire, j'attendais impatiemment de voir le groupe Raging Fyah à l'œuvre. Depuis quelques mois, la musique de ce groupe jamaïcain est parvenue jusqu'à nous. Leur hymne Judgement Day m'avait marqué. Sur scène, on retrouve donc 5 musiciens, dont 4 sont également vocalistes, le guitariste Kumar Bent jouant également le rôle de lead singer. Ils délivrent du reggae roots/nu roots, très frais, avec quelques zestes de rock et de nyahbingi. Leurs différents morceaux font plaisir aux oreilles et quelque-uns se démarquent sérieusement, comme Behold, Irie Vibe ou leur morceau le plus attendu par le public: Judgement Day. Raging Fyah donnait au Summerjam son premier concert en Europe et sera présent sur différents festivals cet été. A voir!
Pour moi, la tête d'affiche de cette journée était Daddy U Roy, le DJ vétéran. Il est apparu très joyeux et en forme, avec clairement l'envie de plaire au public. Wake The Town! Ce cri a retenti le premier, ouvrant la voie à une série de classiques, Just Another Girl, Africa, et bien d'autres. Le public dansait tranquillement le sourire aux lèvres, tout comme U Roy. Il nous a également annoncé la sortie d'un album en octobre dont il a interprété un titre, une reprise du titre Borderline, dont je m'escrime depuis à retrouver le chanteur original… mais en vain…
Ce soir-là j'ai zappé aussi bien Tiken Jah Fakoly que Sean Paul, le premier parce que déjà trop souvent vu et le deuxième parce que je ne suis pas fan de ses concerts ni de sa musique, lui qui est plutôt devenu un artiste pop qu'un artiste dancehall… Du côté de la Dancehall Arena, Kingstone Sound mettait les vibes bien haut, préparant le terrain pour quelques artistes locaux, à propos desquels je n'ai malheureusement aucun compliment à faire.
Puis est arrivé sur scène Skarra Mucci, un artiste jamaïcain qui mêle chant et DJ style à l'ancienne et qui est basé entre la Suisse et l'Allemagne. Entre des morceaux ragga bien lourds et des freestyles à la Yellowman sur des versions classiques, il a ravi le public, malgré une qualité de son moyenne ce soir-là. Après lui, le français Lord Kossity est monté sur scène pour tenter de réitérer le chaos complet qu'il avait déclenché l'année précédente au Summerjam. Je ne sais pas s'il y est parvenu car je suis reparti vers mon campement après un petit crochet par le Rootscorner.
Le samedi, la première surprise du jour était de se voir refuser l'accès au festival pour… possession de cannabis… Ça ne suffit pas à casser ma vibe ni à m'empêcher d'entrer. C'est avec la weed dans les chaussettes que je suis donc passé par une autre entrée du festival. Bizarre…
Premier groupe choisi pour ce jour, les Irie Révoltés, qui ont récemment joué à l'Afro Latino en Belgique. Ce groupe allemand, dont les deux chanteurs ont des parents français et allemands, s'exprime donc en français, allemand et anglais. Irie Revoltés dispose donc d'une large palette linguistique et d'une large palette musicale également: leur vibe voyage entre ska ragga reggae hip hop et un peu de rock. Un mélange festif explosif! Ils ont apparemment un public conquis en Allemagne et parmi les nombreux français présents et ont remporté un beau succès de foule.
Direction la Green Stage pour retrouver le jeune Protoje, protégé de Don Corleon, qui jouait avec les Marseillais du Dub Akom. Depuis sa première tournée européenne de l'an passé, l'artiste a sérieusement évolue, manipulant avec plus d'aisance ses chansons et les agrémentant de passages dubs, acapellas,… La joie de se produire est palpable chez cet artiste et à certains moments, il a réellement réussi à se mettre le public dans la poche. Notamment avec le fabuleux Rasta Love.
Malheureusement occupé en interview, je n'ai pas eu l'occasion de voir le show de Collie Buddz. Mais j'étais à l'heure pour le final du samedi. Un final sous forme de choix très difficile: Beenie Man ou Burning Spear. Ces deux géants de la musique jamaïcaine jouaient en effet en même temps. Le site du Summerjam n'est pas assez grand pour accueillir tous les festivaliers au même moment devant une seule scène, ce qui les oblige à faire jouer les concerts en même temps. Cela faisait des semaines que j'hésitais et en dernière minute, j'ai opté pour le King of the Dancehall. Pour un moment seulement, une vingtaine de minutes. Beenie était en grande forme mais la qualité du son était trop moyenne pour m'emporter totalement et me faire oublier que Spearman était sur l'autre scène. J'ai donc mis le cap vers la Red Stage pour y savourer les deux derniers tiers du concert de Winston Rodney, un concert unique en Europe cet été. Comme à l'habitude, il a emporté le public dans un voyage musico-spirituel. Rien à redire, il est, il reste, un des artistes les plus inspirés du reggae.
A quelques centaines de mètres de là, le dancehall était déjà bouillonnant quand je suis arrivé. Pow Pow Movement et Sentinel s'y alternaient et aucun n'aurait voulu sembler plus faible que l'autre. Conclusion, ça jouait lourd, fort et rapide. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Les sets de Pow Pow m'ont fait penser à une séance Club Med: tout le monde main en l'air, puis on va à gauche, puis à droite,… Enfin, moi je n'aime pas passer une soirée à suivre les instructions de deux MC (en même temps), donc j'ai plus apprécié les sets de Sentinel, qui présentaient par ailleurs leurs deux nouveaux MC's depuis le limogeage de de Shotta Paul et Meska. Sentinel a d'ailleurs commencé avec un custom de Konshens: "Summerjam a the realest festival!" Bad!
Mais la meilleure surprise de la soirée a été sans conteste le trop court set de Assassin. Une bonne demi-heure durant, il a donné avec énormément d'énergie le meilleur de son répertoire. Il a joué vite mais sans pour autant gâcher ses morceaux ou faire disparaître son message dans les pull-up. Il a prouvé encore une fois qu'il est un des artistes les plus authentiques du dancehall actuel.
Dimanche, dernier jour, avait assez peu d'artistes exceptionnels à proposer. Sous un ciel chargé de nuages, j'ai quand même eu la joie de voir pour la première fois J Boog en live, un artiste d'origine hawaïenne, qui, un peu à la Beres, nous offre un mix reggae entre du lovers et quelques titres conscients. Un moment de bonnes vibes, suivi par l'arrivée de Million Stylez sous une averse. J'avais plusieurs fois vu cet artiste en showcase, mais c'était la première fois que j'avais l'occasion de vivre un concert avec un live band. Ce qui donne donc un concert carrément plus roots. Million Stylez a juste interprété 3 ou 4 titres dancehall et le reste était roots avec notamment des versions sur le Fade Away, Police in Heliopter, une version avec Don Carlos… Une facette de l'artiste à découvrir!
Je me suis permis poliment de zapper Danakil, qui n'éveille en moi aucune émotion particulière mais j'étais au poste un peu plus tard pour Puppa Albo. Alborosie que je n'avais pas vu en live depuis deux ans, m'a vraiment convaincu et a donné un des meilleurs concerts de ce Summerjam. Accompagné de son ShenGen Clan, il a fait vibrer la foule sur ses sons roots rub-a-dub très lourds, avec une voix encore plus basse et rauque qu'auparavant. Ce concert m'a fait réaliser qu'il faut que je retourne compléter ma discographie d'Alborosie parce qu'il a interprété plusieurs très bon titres qui m'étaient inconnus. Il nous a réservé une grosse surprise pendant son rappel en faisant monter sur scène, pour le morceau Kingston Town, Beenie Man en personne avec qui il a fait un petit concours de fast-style. A ce jeu-là, Beenie s'est forcément montré le plus fort, mais respect à Alborosie pour avoir ainsi avec humilité et fraternité invité le King of the Dancehall sur scène.
Comme je n'avais pas envie de regarder un artiste chanter les chansons de son papa et comme son concert l'an dernier m'avait plutôt déçu, j'ai zappé la dernière tête d'affiche Stephen Marley pour découvrir un Ovni allemand sous forme de trip-hop martien: Marsimoto.
C'est ainsi que s'achève un Summerjam mitigé, avec pas de réel concert exceptionnel, avec malheureusement un tarif à mon avis beaucoup trop commercial (les bières à 3 euros sur le site, si c'est pas de l'arnaque…) mais malgré tout une bonne vibe, un mélange de nationalités et de couleurs que j'ai beaucoup apprécié. Et un big up au Roots Corner pour les matinées chillout !