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Beljam Sound Series: Irie Nation
InterviewsMay 24, 2012

Beljam Sound Series: Irie Nation

By Natty

Members: DJ LudoPlace: Tournai/Doornik + la Gambie/GambiaSince: 2003Genre: à l'origine strictement dancehall et nu-roots avec un peu de roots, maintenant beaucoup plus diversifié pour répondre aux attentes du public, avec des segments roots, ska, dub, dubstep, hip hop ou jungle.

1. Histoire: comment cela a commencé, et qu'est-ce qui s'est passé ensuite?
Je ne sais pas comment c'est arrivé cette envie de découvrir le reggae alors que je venais du métal hardcore… Bref quoi qu'il en soit, cette envie de découvrir cette musique m'est arrivée peu avant mon premier voyage en Afrique de l'Ouest: Mauritanie, Sénégal et… Gambie. Arrivé là-bas, mes vœux ont été exaucés, c'est comme Obélix qui tombe dans la marmite, je me trouvais dans un pays qui vibre au rythme du reggae et du dancehall. C'était en 2001 et pendant 9 mois, j'en ai couru des danses et autres sessions! Assez en tout cas pour me rendre compte qu'il manquait de bons sound systems, que les nouveautés n'y arrivaient que des mois après leur sortie officielle internationale,…

Et je suis aussi resté assez longtemps pour me faire quelques amis dans des sounds. C'est le cas de Papis, officiant sur le Rub-A-Dub sound system, alors résident au légendaire Rasta Garden, le club reggae le plus couru du pays. Mais Papis aspirait à faire tourner son propre sound, et on passait des soirées à en parler en fumant des spliffs. Rentré en Europe, j'ai amassé une grosse collection de reggae et dancehall et j'ai acheté d'occasion du matériel DJ. Voilà qui serait en tout cas utile à Papis. Avec cela nous pourrions toujours faire quelque chose.

Malheureusement à mon retour en Gambie, un an plus tard, j'apprends que Papis n'est plus, qu'il s'est noyé en mer, une après-midi… Une histoire bête, mais me voilà donc avec mon matos. J'ai donc décidé, avec quelques amis de mon coin, à Sukuta, de me lancer. Un an auparavant, un soir, un nom avait traversé mes pensées et j'avais décidé que si un jour je lançais un sound system, je lui donnerait ce nom. Irie Nation Sound System est donc né officiellement en 2003 en Gambie.

Au début, nous avons loué le matériel lourd, hautparleurs et amplis, et commencé à tourner dans les villages des environs. Nous avons tous appris à sélecter et à mixer sur le tas, sans personne pour nous apprendre. Au début, c'était parfois folklorique mais au fur et à mesure, cela a pris forme. Plus tard est venue l'approche du micro et l'apprentissage du métier de MC. Finalement, nous étions plusieurs à pas mal nous débrouiller et nous voulions aller un peu plus loin dans le sound system.

Je suis à ce moment rentré en Belgique quelques mois et j'ai construit la première partie de notre sound, que j'ai amené en Gambie en camionnette, par la route donc. Le 18 février 2004, ce sound jouait pour la première fois. C'était à Djarra Soma, le jour de la Fête d'Indépendance. Que des bonnes vibes, mais une panne de groupe électrogène en début de soirée a ruiné notre business: tous les massive avaient sauté le mur dans l'obscurité et rempli la place sans payer… Dur apprentissage des lois du sound system!

Au fur et à mesure des années, Irie Nation Sound s'est développé, pour finalement devenir un des plus importants de la Gambie. Important en puissance d'abord: à chacun de mes retours de Belgique, j'amenais du matériel supplémentaire et on poussait pas mal de watts. Important aussi par le nombre de massive qui nous suivaient, Irie Nation était devenu un nom commun pour beaucoup de soundboys. Et finalement important par le nombre de soirées données et d'endroits visités. Du nord au sud et de l'est à l'ouest, nous avons patrouillé l'ensemble du pays. Membres marquants du sound entre 2003 et 2008: Dj Ludo, Dj Paco, Dj Shabba, Micky General, Bady Blueser, Saikou, MC Principal et Mr Brown.

Nous avons également fait  la promotion de nombreux artistes locaux et leur avons offert la possibilité de se produire dans des conditions acceptables et avec une qualité de son meilleure que ce qu'on a l'habitude de voir sur place. Sur notre sound, on a donc pu voir: Abraham Kalonji, Stalwart, Heart Breaka, Junior K, Silver Youth, Horicane, Singateh, Vex Gunjeeman et beaucoup d'autres…

Depuis 2008, je suis de retour en Belgique, et personnellement je ne vois aucune manière d'arrêter de faire du sound system. Est-ce une addiction? En tout cas, je continue à rester actif, aussi bien au niveau des mix dans des soirées aux quatre coins du pays, en radio, en organisation et promotion d'évènements, promotion d'artistes locaux et internationaux. Finalement, je coopère étroitement avec le site www.reggae.be, votre site préféré, comme rédacteur et traducteur.

2. Qui sont vos artistes préférés et quels autres soundsystems vous inspirent?

Nos artistes phares: Bob Marley, Dennis Brown, Garnett Silk, Beres Hammond, Sizzla, Capleton, Damian Marley, Anthony B, Rebellion The Recaller,…

En ce qui concerne les sounds, étant donné que j'ai commencé le sound system sans avoir d'exemple à suivre ou de modèle à copier, je n'ai pas vraiment un sound qui m'a inspiré. Actuellement j'apprécie beaucoup David Rodigan parce que c'est un 'one man sound machine', qui joue seul sur scène, un peu comme moi actuellement.

3. Avec quoi tournez-vous et pourquoi? Utilisez-vous aussi des effets live et/ou des samples? Le mixage sans soudure, est-ce important pour vous, ou s'agit-il surtout de la sélection?
Au départ, je mixais en vynile et en CD mais très vite l'utilisation du vynil en Gambie s'est avéré un problème (poussière, chaleur et l'impossibilité de trouver des nouveautés sur place) donc j'ai continué à mixer en CD uniquement depuis, et jusqu'à maintenant. Je ne me concentre pas trop sur le mix mais surtout sur le travail de sélection et de MC, c'est cela le principal.

4. Quel est le meilleur événement auquel vous avez déjà joué et qu'est-ce qui reste est sur votre liste de préférences?

Il y a trop de soirées mémorables pour toutes les citer.  Certaines ont été mémorables grâce à l'énergie et la vibe des massives, d'autres mémorables comme étant de gros plans foireux… Pour ce qui est de la Gambie, j'avais, à l'époque, compilé quelques récits sur un blog, dont il ne reste plus grand chose, mais les écrits s'y trouvent encore.

Il y en a vraiment trop pour toutes les citer, mais je vous donne les noms des patelins où nous avons joué, rien que pour la beauté des mots : Banjul, Basse Santa Su, Georgetown, Kudang, Soma, Bansang, Kuloro, Pirang, Sifoe, Brufut, Sanyang, Kartong, Gunjur...  Je me rappelle aussi une session complètement folle avec Chris Goldfinga et Tim Westwood de la BBC1 Radio à Brikama.  Finalement il y a eu cette fête au Sunsplash Bar à Brufut où Glen Washington, en tournée en Gambie, est arrivé à l'improviste et a chanté sur notre sound.

En Belgique, depuis quatre ans, il y a eu pas mal de bonnes sessions, d'Anvers à Gouvy, ou de Tournai à Hasselt.  Je me rappelle quand même de nos mémorables sessions à la Fête de la Musique à Tournai, Hotel Jamaica Open Air, Reggae Fever Festival à Genk,… J'ai aussi beaucoup apprécié de jouer le warmup de la Beljam Cup Clash 2011 et aussi de jouer le rôle du MC pour King Dragon Sound (FR) sous la Bounce Dancehall du Festival Reggae Geel 2011.

Liste de préférences? Anywhere dem need we, we deh ya! On est prêt à se déplacer n'importe où du moment que les vibes sont bonnes et que ce ne sont pas des plans foireux!

5. Organisez-vous des événements vous-mêmes et/ou êtes-vous résident(s) à un événement ou dans un club?

En Belgique, j'ai pas mal collaboré avec différents sound systems sur des évènements, comme avec Beatstreet, Radikal Sound ou Raz Sound.  Dans ma ville de Tournai, avec mon collègue de Fire Sound, nous avons fait renaître un semblant de scène reggae.  Un style qui avait disparu du paysage musical de cette ville.  Nos évènements portent les noms de Legali'Zik, Mix Up & Blend, Fête de la Musique et Air Jamaica.  Malheureusement, avec le départ de Fire Sound pour la France, et la pression policière et le harcèlement des contrôleurs locaux de la Sabam, j'ai un peu mis le côté organisationnel en pause.

6. Avez-vous une programme radio vous-même et/ou avez-vous été déjà invité quelque part?

Je n'ai pas en Belgique de programme fixe.  J'ai déjà été invité sur pas mal de radios dont Urgent FM (Gand), Radio Panik (BXL), Radio Scorpio (Leuven), RQC (Mouscron) et bien d'autres, également sur RCV à Lille en France.

Entre 2003 et 2008 en Gambie, Irie Nation a pu être entendu sur les ondes de nombreuses radios:  City Limits, WestCoast, Gambia Radio and TV Services, Yiriwa, FMB. En 2006, on m'a proposé d'animer deux émissions hebdomadaires sur la radio Kids With Talent. Je présentais donc un programme le mercredi soir qui se concentrait sur les nouveautés reggae et les dernières tendances en dancehall et un autre le dimanche midi consacré à la musique roots, des années 60' à 2000.  Ces deux émissions ont rapidement connu un succès d'écoute et on pouvait entendre les vibes d'Irie Nation aux coins des rues, dans les taxis, les marchés, les ateliers! Lors de ces émissions, nous avons accueilli pas mal d'artistes gambiens en interview et quelques Jamaïcains comme Mad Professor, Gramps Morgan de Morgan Heritage, Earl16, Glen Washington ou Etana qui était encore inconnue à ce moment.

7. Jouez-vous des dubplates? En vue d'un clash?

Irie Nation a bien sur quelques bons specials. Il s'agit surtout d'artistes proches ou avec lesquels je collabore (Rebellion The Recaller, Raga Z, Cali P, Sugar Roy, Virtus, Mister Aya,…) ainsi que quelques autres acquises via des dealers de dubplates. 

Le but c'est plutôt de jouer des trucs exclusifs, de promouvoir certains artistes et d'embellir notre sélection mais vraiment pas de passer en clash.

8. Créez-vous vos propres productions?

C'est un rêve, un projet assez vague, mais je n'ai jusqu'à maintenant pas eu le temps, ni l'énergie, ni les finances, de produire du concret.

9. Disposez-vous d'un soundsystem à vous? Construit par vous-mêmes?
Depuis le premier jour, Irie Nation s'appelle Irie Nation Sound System. En effet, dès le départ nous avons joué avec notre propre matériel. En Gambie, à part quelques discothèques, les dancehall ne sont pas équipés de matériel son/lumière. Donc un DJ sans son propre matériel, c'est un peu comme un chauffeur de taxi sans taxi. Nous étions donc 100% indépendants au point de vue matériel, avec un sound complet, un peu d'éclairage mais surtout un groupe électrogène et une camionnette pour le transport. Cela nous permettait de jouer n'importe où et n'importe quand, là où on nous appelait.

A mon retour définitif en Belgique, j'ai laissé mon system en Gambie et j'ai peu à peu racheté du matériel d'occasion pour recréer un sound system old-school, peint aux fières couleurs rouge-jaune-vert. Il fonctionne avec plus ou moins de succès selon les soirs mais cela me permet au moins de gérer certaines soirées.

10. Que signifie Rastafari pour vous?

Je ne suis pas rastafarien et tous les membres gambiens d'Irie Nation sont musulmans. La confession religieuse n'est pas ce qui importe le plus. Il convient surtout d'avoir la foi en Dieu et de ne pas adhérer à une religion pour ensuite entrer en conflit avec d'autres. L'unité reste essentielle pour tous ceux qui, croyant ou non en HIM Selassie, se réfèrent à rasta.

Il est très important pour moi de me rallier aux principes véhiculés par le mouvement rasta: égalité entre tous, fraternité, paix, amour et solidarité, respect de l'autre, détachement de ce qui est matériel, refus de l'oppression, du racisme et de la discrimination. Il y a également certaines règles de vie qui me servent de guide, comme le respect de la nature, la non-consommation d'alcool ou de cigarettes, garder un esprit sain dans un corps sain…

 

Beljam Sound Series: Irie Nation

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Natty

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DancehallReggaeNew Roots

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May 24, 2012

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