
Après les vagues qu'ont récemment fait l'annonce puis l'annulation du concert de Sizzla, Reggae.be a rencontré les organisateurs de concerts reggae, ainsi que ceux des festivals qui programment du reggae, et des représentants des organisations représentant les homosexuels. Ces discussions ont mené à la rédaction d'une Charte commune où chacun peut se retrouver. Le premier point remarquable de ce texte est une "amnistie générale" pour les chansons et déclarations homophobes du passé.
Ceci est une déclaration commune des organisations transgender, des organisateurs de concerts reggae et de festivals où on programme couramment du reggae, et de la communauté reggae de Belgique, représenté par Reggae.be.
Nous voulons diffuser le texte ci-dessous à l'international, y compris en Jamaïque. Pour être clair, précisons que ce texte vise les discours incitant à la haine ou à la violence, mais ne vise pas à limiter la liberté d'opinion. Chacun toujours dire qu'il trouve l'homosexualité "contre nature" (ceci ne réflète pas l'opinion de Reggae.be) mais pas que les homsexuels, lesbiennes ou transsexuels doivent être haïs ou aggressés. Et ceci même en termes "symboliques" ou "allégoriques" - les nuances étant trop fines et les susceptibilités trop à fleur de peau. Comme l'a dit le Président Obama la semaine dernière, il s'agit juste d'une question de changement de façon de penser.
L'équipe de Reggae.be espère que ce texte reflète également la vison de la commaunauté des amateurs de reggae/dancehall de Belgique. Après les récentes poussées d'homophobie à Bruxelles et le meurtre qui a eu lieu à Liège, nous ne pouvons et ne voulons échapper à nos responsabilités. Cette charte a été, il faut le dire, discutée et rédigée avant les évènements de Liège.
Les organisations holebi et transgender ont protesté ces dernières années avec insistance contre les concerts programmés de quelques artistes Jamaïcains controversés. Sous pression de ces campagnes les concerts d'entre autre Beanie Man (Couleur Café, Bruxelles), Bounty Killa (Petrol, Anvers) et Sizzla (Democrazy, Gand) ont été annulé au dernier moment.
Les organisateurs de concerts et de festivals et de la communauté reggae admettent que certains artistes ont interprété des textes homophobes dans le passé et qu'ils s'en rendent coupable encore aujourd'hui dans leur propre pays ou dans d'autres endroits au monde. Il va de soi qu'un discours de haine et appeler à la violence contre certaines parties de la population n'ont (légalement) pas leur place sur nos podiums. Mais la musique reggae y a sa place bien établie depuis de longues années, accompagné d'un public fidèle et tolérant dans tous les sens du terme. L'intention ne peut donc nullement être de laisser tomber ces gens et de bannir une génération entière d'artistes de nos podiums.
Les signataires sont d'accord que cette impasse ne peut continuer. Il est préférable de dialoguer de façon constructive et ceci accompagné d'une campagne d'information et de sensibilisation, au lieu de rechercher la confrontation à chaque fois. Nous en sommes convaincus que la discussion holebi trouve beaucoup mieux son compte à une relation harmonieuse avec le monde reggae qu' à la situation de conflictuelle actuelle. Nous sommes plutôt des partisans que des adversaires.
Les signataires en sont également conscients qu'ils ne peuvent pas changer la législation homophobe en Jamaïque (ou n'importe quel pays où les droits holebi sont une utopie lointaine) en enrayant la musique reggae de nos podiums. Au contraire: notre expérience nos apprend que justement les artistes qui ont joué un concert ici, ont tendance à élargir leur regard et de faire entendre une approche différente en Jamaïque. La musique reggae comme catalyseur de droits holebi dans un pays traditionnellement homophobe: c'est aussi possible. Les actions du mouvement holebi et transgender, le Reggae Compassionate Act (2007) et l'attitude conséquente des organisateurs de concerts et de festivals ont déjà eu pour conséquence que aucun artiste jamaïcain interprète des textes homophobes sur les podiums européens. Avec cette charte nous voulons mettre un prochain pas en avant en ce qui concerne la sensibilisation en Jamaïque et dans d'autres pays.
Afin de bannir définitivement un discours de haine et d'homophobie – et de préférence dans le monde entier – du reggae, les signataires s'engagent aux suivants engagements:

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
May 15, 2012