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Benelux Reggae Contest 2012: Hail to Sunrockers!
Event ReportApr 06, 2012

Benelux Reggae Contest 2012: Hail to Sunrockers!

By Jah Shakespear

Il y avait sur scène trois très bons finalistes et trois styles radicalement différents. Different strokes for different folks. Mais un seul vainqueur. La victoire, bien méritée, est allée aux Sunrockers.

Environ 120 personnes s'étaient déplacées vers Maastricht pour assister à la finale du concours nouvelle formule à Maastricht. L'année dernière, le BRC faisait encore partie de l'European Reggae Contest (ERC) mais pour la première fois en 2012, il est devenu complètement indépendant. Ce qui veut dire que le gagnant du concours ne se trouve pas directement envoyé en finale de l'ERC comme cela se faisait auparavant. Par contre, parmi les prix proposés au groupe victorieux, on retrouve toute une série de concert dans le Benelux, un enregistrement en studio et une année de management professionnel.

Des 36 groupes inscrits au début du concours, trois ont été choisis pour la finale: Fullany & The Rootscontrollaz de Rotterdam, Skarbone 14 de Tournai et les Bruxellois de Sunrockers. La tâche impartie au jury et au public, celle de désigner le gagnant, n'était en rien aisée. Non seulement parce que chacun des groupes avait un niveau exceptionnel, mais aussi parce qu'il est difficile de comparer des pommes et des poires: dans ce cas-ci comparer du nu-roots avec du ska fusion et avec du reggae roots d'inspiration traditionnelle.

Sunrockers: 'lyrical reggae'

Le choix de ces mots explique le style des Sunrockers, qui ont gagné avec mérite ce concours. Le groupe est composé de 6 musiciens qui ont tous une formation de jazzman et qui interprètent le reggae à leur manière. Le concept fait un peu penser à Groundation mais le résultat est différent. Sunrockers ne fait pas le choix d'arrangement et de compositions complexes mais plutôt pour une sorte de transe qui se construit progressivement.

Au début on pourrait penser au son de Wackies, sobre et introverti. Puis vient le chant à l'unisson, quelque chose d'unique dans le reggae belge (et européen ?). Ils ne chantent pas sur le modèle classique des trios jamaïcains qui combinaient un falsetto avec une voix basse et un baryton par exemple. Les membres de Sunrockers chantent réellement ensemble, sur le même ton, avec presque la même voix. Matthias Hélin, au chant-lead et à la guitare rythmique, nous a occasionnellement fait entendre son délicieux falsetto et dans Mr Farmer (un ganja tune), sa voix sonnait de manière encore plus sublime que celle de Cedric Myton. Alex Gilain a également chanté quelques passages en solo mais avait des difficultés à tenir le ton juste, ce qui est assez habituel chez les bassistes.

C'était en fait le seul défaut d'un set qui n'a fait que s'améliorer et se renforcer au fur et à mesure des morceaux. Les passages chantés alternaient avec des moments instrumentaux plus bruts teintés de jazz, d'afrofunk et même de rock et de new wave. Les Sunrockers sont des virtuoses et il nous l'ont prouvé avec des solos de claviers (Pascal Paulus, également troisième voix), de guitare, de trompette et de saxophone. Avec, en cerise sur le gâteau, d'excellent dubs comme on les aime dans le reggae roots. Chaque groupe devait présenter également son interprétation du titre Slavery Days de Burning Spear. Les Sunrockers l'ont joué avec une force et une intensité que Spear lui-même ne peut plus recréer depuis bien des années. Ici, c'est le saxophoniste Fred Becker qu'on a retrouvé dans le rôle principal. D'autres morceaux remarquables de leur set: Holy Land (qui aurait pu être des Abyssinians) et Go Slow.

"Ce concert est dédicacé au peuple du Mali" a annoncé Matthias Hélin au début du concert. Et ensuite, par trois fois, il a appelé sa musque du "lyrical reggae": du reggae avec des textes contemporains, mais universels et conscients. Hélin déclare également qu'ils font avant tout de la musique pour aider les gens à penser par eux même. Une expression reprise à Misty In Roots à laquelle les Sunrockers font honneur. Ce groupe n'a pas à rougir d'ailleurs devant les grands noms de l'histoire du reggae et possède un son et un rayonnement qui leur est tout particulier.

Skarbone 14: Fête !

Mon dernier commentaire est tout aussi valable pour Skarbone 14, sauf que ces jeunes-là ont déjà quelques coudées d'avance sur les autres. On peut même se demander ce qu'un groupe professionnel comme eux (avec plus de 400 concerts à leur actif dans toute l'Europe et trois albums) fait dans un concours pour les jeunes talents. Je pense qu'un jury non ciblé sur le reggae aurait probablement déclaré Skarbone 14 vainqueurs de cette compétition, avec leur fusion contagieuse de ska punky, de soukous, de rock et de chanson française. En plus, leur set est très drôle mais cela a peut-être échappé à une partie du public. Les 4 cuivres ont assuré spectacle et divertissement avec des breaks inattendus et des solos déjantés. Ils se sont joyeusement amusés, en se mêlant au public.

Le chanteur du groupe, à pieds nus, est également une bête de scène, mais qui semble clairement habitué à faire son show devant de bien plus grandes foules que les 120 spectateurs de Maastricht.

La version que Skarbone 14 a jouée de Slavery Days était tout simplement phénoménale, la chanson originale était presque méconnaissable, mais cela a donné l'effet d'une chanson complètement nouvelle, fantastiquement arrangée, avec des influences musicales multiples. Chapeau bas pour cet excellent groupe festif, mais ce qu'il y a c'est que dans ce concours (et dans ce contexte), ils n'avaient pas vraiment leur place. "Je n'étais au courant de rien, a ensuite expliqué le chanteur, c'est le bassiste qui nous a inscrits. Pour moi, pas besoin d'être gagnant de ce concours, je viens d'être papa et ca serait trop dur d'être disponible cet été pour les festivals."

Voilà donc une chose de réglée.

Fullany : Roots Controllers

Fullany m'a beaucoup moins plu. Ce fier rastaman surinamais chantait plutôt faux à certains moments (c'est vrai, Sizzla par exemple chante également faux) mais en plus, ses tunes ne se développaient pas en chansons matures. Son meilleur morceau, Haffi Be A Winner, a également été dévalué par une interprétation assez moyenne. Pour Slavery Days, les cuivres ont été remplacés par de pauvres sons de synthés. Un tel classique ne méritait pas ce traitement. Le groupe, les Roots Controllaz, a beaucoup d'énergie et d'inspiration mais il faudrait que leur jeu soit plus concerté et plus juste. D'autres membres du jury que moi, ont jugé que Fullany est un chanteur typique surinamais, avec donc son style importé, mais dans cette catégorie, je préfèrerais alors plutôt quelqu'un comme Ziggi Recado. J'ai par contre fort apprécié les choristes, et j'ai regretté que les percussions ne se démarquent pas plus dans le mix. Il y a probablement un public pour ce groupe mais personnellement il n'est pas parvenu à me convaincre.

Pour conclure, nous avons vécu une belle soirée musicale, pleine de qualité, entrecoupés d'excellents intermèdes d'Irie Nation Sound. Le Benelux Reggae Contest mériterait un plus grand public, et donc une autre salle, plus grande. La finale devrait peut-être avoir lieu à Amsterdam ou Anvers l'an prochain. Je n'ai rien contre Maastricht, qui est un endroit cool avec des gens cool, mais il est impossible d'y faire s'y déplacer les gens des grandes villes.

Benelux Reggae Contest 2012: Hail to Sunrockers!

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Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

RootsReggaeNew Roots

Published

Apr 06, 2012

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