
Le Strange Fruit Sound basé à Bornem n'aura pas fini de nous étonner par leurs initiatives originales… Il y a à peine plus d'une semaine, ils annonçaient que Glen Washington viendrait se produire en showcase dans leur ville. Une idée un peu folle. Mais en tout cas, ils ont eu le cran de saisir une opportunité qui se présentait à eux et les quelques 250 personnes qui était présente à l'Acide Carbonique ce samedi ne peuvent que les en remercier! Glen Washington nous a offert plus de deux heures de pur plaisir.
C'est Strange Fruit et leur collègues de Soul Shakers qui s'occupent du warm-up. Enfin, disons d'occuper l'espace musical. Sans MC et avec un son qui sature pas mal et manque de basse, l'ambiance reste d'abord assez terne.
Ensuite, c'est le sound system français Irie Ites qui s'installe aux platines. Originaire de la ville du Mans, ils sont actifs depuis 1999 en tant que sound system mais se sont aussi taillés une sérieuse réputation en tant que producteurs. Notamment en collaboration avec Mafia & Fluxy, ils ont sorti de nombreux riddims nu-roots et des versions rafraîchies de riddims classiques comme le Billie Jean, le Party Time, le Down In Jamaica ou encore le Strange things… Visiblement fatigué, le selector d'Irie Ites nous sort une petite sélection de dubplates avant d'accueillir sur scène un des artistes avec lequel ils ont le plus travaillé: Ras McBean.
Ras McBean est un artiste reggae "conscious" originaire de Guyane et installé en France. Son style s'approche des vibes de Peter Morgan par exemple avec une très bonne voix mais malheureusement pas vraiment de titres phares ou de hits qui auraient pu marquer les esprits. Nous avons donc pu apprécier (malgré le son qui saturait méchamment dans les aigus) une demi-heure de showcase de Ras McBean… Mais l'ambiance n'arrivait pas encore à vraiment décoller.
Vers une heure du matin, Glen Washington arrive, avec les chaussures cirées, pantalon blanc et veste de costume de rigueur. Son premier titre, Mr Music, nous plonge directement dans la vibe de la soirée: cela sera intime, détendu; Glen Washington avait clairement envie de nous faire plaisir et de se faire plaisir.
S'en est suivi un peu plus de deux heures de concert. Glen Washington est un homme généreux, et comme il le dit: "Nous ne sommes pas dans une grande tente ou sur les prairies d'un grand festival, mais j'aime aussi jouer comme ceci en mode intime!" et de chanter: "Members only… It's a private party…". Et ce n'étaient pas des parole hypocrites. Glen Washington nous a offert le meilleur de lui-même et le meilleur de son impressionnant catalogue de chansons. Les "chosen few" qui avaient décidé d'être présents à Bornem ont pu apprécier l'ampleur de son talent, bien mieux que lors de son dernier passage en Belgique, à Reggae Geel 2010 où son showcase un peu pressé et mal sonorisé nous avait laissés perplexes.
Glen Washington est un vrai "Mr. Music" - il est très exigeant en matière de musique - pendant tout le début de son concert, il prendra le temps de communiquer avec l'ingénieur du son pour obtenir les niveaux ad hoc pour pouvoir chanter au mieux et il se montre aussi très exigeant avec son selector… Ainsi qu'avec lui-même: même après plus d'une heure de concert, il se lance dans des vocalises difficiles à maîtriser, il groove, il croone… Le tout de manière hyper décontractée, en prenant son temps quand il le voulait d'interpréter des titres en extended version. A d'autres moments par contre, il coupe court à un morceau quand son inspiration lui suggère une autre chanson. Un pull up et il repart illico sur une autre chanson.
"I have too many songs to sing!". Et c'est vrai que la tête de Glen Washington doit être remplie de musique. Non content d'avoir des centaines de titres personnels à interpréter, il peut nous chanter, selon l'inspiration, les chansons originales des riddims Studio One qu'il utilise: Sugar Minott, Alton Ellis, Al Campbell, … Ou alors il inclut à ses chansons des parties de classiques de Beres Hammond, de Garnett Silk, et de bien d'autres artistes. Un régal. Un plaisir pour les oreilles. Glen Washington est irie, ne perd pas sa bonne humeur quand un larsen fuse des haut-parleurs ou quand son selector se plante de riddim.
Bref, pendant deux heures, cela a été une pure démonstration de qualité musicale, d'humanisme et de volonté de plaire à son public. Entre ses chansons purement lovers et ses titres plus "culturels" et rasta, Glen Washington a réussi à combler tout le monde.
Quand Glen Washington a quitté la scène, un peu après 3 heures, Strange Fruit et le selector de Irie Ites se sont lancé dans un dub-fi-dub amical, histoire de clôturer cette soirée en mode familial.