
By Irie Nation
Dju Lion roule sa bosse et répand ses vibes depuis plus de 10 ans, entre la Belgique et la France. 2012 voit la sortie de Give Thanks, son premier album qui sort en autoproduction. En attendant de vous procurer une copie CD ou de l'acheter sur le Net, voici une interview de l'artiste, enregistrée sur la route en retour de studio…
C'est le titre d'une des chansons de l'album. Ce titre s'est imposé tout naturellement. Parce qu'à tout moment de la vie il faut remercier pour ce qu'on a et ce qu'on est. Même si parfois il t'arrive des sales plans, c'est ce que ça doit arriver et il ne faut pas perdre la foi.
Le morceau intitulé Give Thanks est sorti en video clip sur Youtube et il est posé sur le riddim Marked de DJ Babybang d'Anvers.
Oui, il y a aussi Maestro Mons qui m'a fourni deux riddims. J'ai aussi fait deux titres sur des prods à Dante, qui est un beatmaker de Mons. Ces titres-là sont plutôt hip hop. Et enfin un featuring avec Cash Flow, c'est un truc plutôt electro-dancehall où on parle des filles qui se la pètent, des lolitas…
Le reste des productions sont françaises ?Pas toutes. Il y a des riddims qui viennent du MCB Studio de Saint Etienne. C'est un gars appelé Abdenour Khenoussi, ancien bassiste de Dub Incorporation et bassiste actuel du MCB Band, qui a un collectif là-bas et produit des mixtapes avec différents artistes. On se connaît parce qu'on s'est croisés souvent sur les routes depuis longtemps. C'est même le premier studio où j'ai enregistré. Donc ils m'ont aidé en me faisant poser sur plusieurs de leurs riddims. C'était une connexion évidente pour l'album.
Pour le reste, il y a aussi deux productions des Allemands de Oneness Records. Le lien avec eux se fait aussi via mes amis de la Dub Inc : il s'agit de leur bassiste actuel. Je connais ces gars depuis plus de 10 ans quand je bougeais beaucoup en France. On a fait plein de choses ensemble à l'époque puis ils sont devenus ce qu'on sait maintenant. Donc voilà, le travail avec Oneness m'a permis de poser sur le Redeemer Riddim qui est une grosse production avec des artistes comme Lutan Fyah, Fantan Mojah, Junior Kelly au programme ! Mon titre là-dessus s'appelle Partout la Critique et c'est un ganja tune. Mon deuxième tune pour eux est un featuring avec Anthony John.
Comme tu vois, il y a différentes contributions à cet album, donc ça part en hip hop, en dancehall et en reggae, avec même différents styles de reggae !
Oui, il y a Give Thanks, et aussi So Much People (aussi sorti sur le Shark Attack riddim de Big Bout Ya Records)… Et d'autres…
Est-ce que ce sont tes premiers titres en anglais ?Non pas du tout. Vers 2003-2004 déjà, quand je tournais avec un groupe francais appelé Forward, on avait déjà des titres en anglais. Plusieurs membres du groupe se débrouillaient bien en anglais et cela m'a permis de me familiariser avec la langue.
Comment as-tu produit cet album ?Je le sors complètement en autoproduction. C'est venu naturellement. J'ai voulu faire un album et je n'avais pas envie de chercher pendant des siècles quelqu'un pour me le sortir. Je suis quelqu'un qui n'aime pas y aller par quatre chemin, j'aime aller droit au but. Donc comme le seul moyen c'était de le faire en indépendant et que je le sentais bien, je me suis lancé.
C'est un premier album solo et c'est important pour moi de le sortir. Certains me connaissent déjà de par les sons que j'ai sortis sur des mixtapes ou en dubplates. D'autres m'ont vu en live ou en sound system. Mais je n'avais pas encore montré quelque chose de concret et c'est pour ça que je tape l'album.
Le but c'est surtout de faire ma promotion et pouvoir tourner, trouver des dates. Je sors 1000 CDs, juste pour démarrer, faire circuler ma musique et après j'espère qu'il en découlera quelque chose. Je voudrais bouger avec la musique, rencontrer plus de gens,… J'ai mis beaucoup d'énergie et de volonté dans cet album et j'espère que des choses positives en ressortiront et que je pourrais me produire sur de bonnes scènes…
Est-ce que tu as beaucoup d'expérience de la scène ?L'expérience on n'arrête pas de s'en faire. Mais bon, depuis que j'ai 15 ans je suis dans le mouvement. Cela a commencé par des maisons de jeunes et des fêtes de quartier et puis je suis passé au stade supérieur en faisant des sound systems. Plus tard je suis parti en Suisse, en Espagne et en France,… J'ai rencontré des Parisiens installés en Ardèche. Ils avaient déjà bien tourné et avaient pas mal de contacts donc, chanter pour eux m'a permis de bouger énormément. On a du faire 70 dates en France, avec même des premières parties pour Daddy Mory, Janik, Buju Banton, Luciano… C'est avec ce groupe surtout que j'ai appris énormément.
Depuis que je suis rentré en Belgique, j'ai refait des dates en sound system un peu partout en Flandres (avec une victoire au Catch A Mike Contest à Reggae Geel) et en Wallonie. Je n'ai pas encore fait tout le tour de la Belgique mais je continue à bouger, je quadrille le territoire au fur et à mesure.
Le nom Dju Lion vient du fait que quand je prends le micro c'est comme si je rugissais les choses qui me dérangent, certaines choses de la vie qui me révoltent, ma rage,… C'est important que je rugisse toutes ces choses. Même si cela ne touche que quelques personnes qui se sentiront concernées par ce que j'exprime, c'est déjà beaucoup.
Tu es originaire de la région de Mons (Bergen) et il y a d'autres chanteurs dans cette région comme Cash Flow, Nigga Roots, Bawhly Kyss,… alors que dans d'autres villes de Wallonie en en trouve assez peu. Il y a un micro climat là-bas ?C'est difficile à expliquer. Mais une chose est sûre, c'est que depuis que je suis petit, j'ai toujours connu le reggae dans ma région. J'habitais près de la Cité du Coq à Jemappes, dans le Borinage. Dans le Borinage il y a toujours eu du reggae. Mais les gens ne connaissent pas le Borinage, les gens disent qu'on est des illettrés, des chômeurs, et tout ça… Mes grand parents sont des immigrés italiens et marocains venus travailler ici dans les mines et je suis fier de ces origines. Chez nous, les gens aiment le reggae parce que cette musique leur apporte quelque chose, des bonnes vibes et des paroles à méditer. Dès que tu joues même quelques rythmiques en live, les gens te remercient.
Quand j'étais petit, il y avait plusieurs groupes de reggae dans le coin, des grands frères avec des dreadlocks, qui répétaient dans des garages. Il n'y avait pas les watts, les gros moyens et tout le reste. Peut-être qu'aucun de ces groupes n'a percé mais ça jouait, il y avait du groove ! Et ça a été mon premier contact avec le reggae.