
On y est allé pour la douce voix de Hollie Cook, une petite "hype" depuis sa prestation chez Jools Holland, mais on a aussi eu droit au surfska original de Prince Fatty & The Mutant et une véritable riddimparty avec le même Prince Fatty et DJ Horseman.
Une petite centaine au VK pour une chanteuse qui est, pour l'instant, mieux connue pour ses références (fille du Sex Pistol, Paul Cook, un tune sur la bande originale de Grey's Anatomy, une performance chez Jools Holland) que pour la musique de son premier album. Il s'agit principalement de mélodieux lovers rock, style Kofi et Sandra Cross des années 80 chez Mad Professor. Des one drop et rocker (stepper) riddims très stricts donc, avec des textes sur l'amour et de nouvelles relations. L'exception à la règle, et, en ce qui me concerne, le meilleur et le plus original des numéros du concert, était New Town, des Slits, le groupe punk dub de filles avec qui Hollie Cook a travaillé un temps. Ari Up repose en paix.
J'ai reconnu deux riddims: les roots lumineux d'Uncle Joe (Gregory Isaacs/Linval Thompson/Revolutionaries) et le rub-a-dub ombrageux de Janet Sinclair (Little John/Henry 'Junjo' Lawes/Roots Radics). Et, évidemment, Perfidia, en reggae connu de Phillys Dillon, mais un véritable classique latin depuis bien longtemps. Tout ça pour vous dire que Hollie Cook connaît ses classiques.Ou doit on dire Prince Fatty, parce que c'est lui, le cerveau de cette performance? C'est lui aussi qui a lié Cook au toaster vétéran Horseman, qui manie effecacement un vrai style "vétéran", très "old skool" disons, d'autour de 1980. Sur scène, il domine la frêle fille non seulement avec sa voix rauque, mais aussi avec son physique trapu et ses gestes. Dans chaque numéro, il se fait entendre, pas toujours de la manière la plus subtile et créative, alors que Hollie Cook, trop facilement, se retient un peu et que sa voix n'est pas non plus mixée de façon assez proéminente. Une apparition douce, belle, un corps délicieusement sinueux, une voix haute et sensuelle, mais un peu plus de "girl power" n'aurait pas fait de mal.
Par ailleurs un excellent ensemble, avec deux souffleurs (saxo et trombone), de dignes collègues des The Robotiks. Sur l'écran géant apparaissaient des images assorties de la scène reggae anglaise et jamaïquaine, comme je les ai vues monter moi-même dans le temps. Plus tard, on a vu des formes plus folâtres et abstraites.Après une petite heure déjà, Cook disparut de la scène alors que Horseman restait et faisait la fête avec son patron Prine Fatty. Celui-là a réemballé un tas de vieux riddims dans un nouvel emballage, généralement up-tempo, avec Horseman à la batterie (et live comme MC) et quelques "usual suspects" du reggae UK: Mafia, Black Steel, Bubblers… Un sound frais, mais une musique quand même datant de longtemps.
La performance la plus surprenante de la soirée était The Mutant Hifi, un authentique guitariste surf, qui entremêle sa musique de vieux ritmes et samples ska, mais y instille aussi bien (plus vite que son ombre) klezmer, mariachi et folklore russe. Prince Fatty fournit le sound, The Mutant Hifi passait par-dessus avec ses solos excitants. Sur l'écran, on voyait des morceaux de vieux westerns, et c'est comme ça que la musique sonnait parfois, comme la bande-son d'un veux film cowboy fou. Après le show, j'ai tout de suite acheté le 33-tours de The Mutant Hifi et Prince Fatty, emballé dans une magnifique pochette "motion picture". Surfska: une belle, nouvelle branche à rajouter à l'arbre toujours croissant du reggae.

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
Feb 08, 2012