Reggae.be
Ernest Ranglin: reggae with the beauty of jazz
Event ReportNov 27, 2011

Ernest Ranglin: reggae with the beauty of jazz

By Jah Shakespear

Le guitariste octogénaire (80 ans !) Ernest Ranglin  a donné un amour de concert dimanche soir au Vooruit. Avec un quatuor de jazz qui interprétait le standards du ska et du reggae de manière virtuose. Et on flottait encore sur les nuages de Rasta La Vista de la veille.

On avait déjà vu Ernest Ranglin avec les musiciens africains de Baba Maal (voir l'album In search of the lost riddim) et avec les Néerlandais de Rude Rich & The High Notes. C'étaient de splendides concerts, mais depuis son passage dans la Balzaal du Vooruit (Gand), nous savons dans quel biotope musical le maître de la guitare se trouve le plus à l'aise: un ensemble de jazz.

C'est ainsi qu'il fit fureur dans les années 60 dans le jazz-club londonien Ronny Scott's, après avoir contribué à poser les fondements musicaux du ska en Jamaïque. C'était sa guitare Gibson qui, dans Easy snappin' et d'autres morceaux proto-ska, donnait le rythme du contre-temps, qui reste, jusqu'à aujourd'hui, l'épine dorsale d'à peu près tous les songs que Ranglin exécute, en direct et sur disque. Et il s'agit principalement de reprises, au moins sur Below the bassline, l'album classique de 1996. Enregistré avec un ensemble jazz américain, mais Ernest Ranglin n'avait jamais été en tournée en Europe avec un tel ensemble, jusqu'ici.

Ce n'étaient pas les musiciens d'alors qu'il avait amené, mais Alex Wilson (claviers), Nick Cohen (basse) et le batteur gambien Frank Tontoh étaient certainement à la hauteur de leurs collègues. Pas moins de 6 des songs de l'album figuraient au programme, qui sonnaient chacun aussi cool et mûrs que l'enregistrement originel, largement enrichis en plus de solos limpides, intenses sur la guitare (évidemment)  et les claviers. Bien que Wilson eût le gros de ses partitions sur papier, il n'avait pas peur d'improviser, comme il sied dans la bonne musique jazz (et pour un fils spirituel de Jackie Mittoo).

Une telle maîtrise donne aux songs une toute autre aura aussi. Même sans soufleurs, Ball of Fire (The Skatalites) s'avère du jazz pur. Congoman (The Congos) évolue d'un ombrageux jungle-reggae vers un latin ensoleillé pour finir dans un funk jazz gras à souhait. King Tubbys Meets Rockers Uptown, un jalon dans l'histoire du dub, devient un classique du roots instrumental. Le joyeux shuffle calypso de Nana's Chalk Pipe fait naître la nostalgie de l'été, de même que Surfin' (le plus grand hit en solo de Ranglin, dans les sixties chez Studio One, repris 30 an après avec verve sur Below the Bassline) évoque le soleil, la mer, la plage, avec le ressac des ondes guitaristiques. Le numéro-titre du CD, une des rares compositions propres de'Ernest Ranglin, est un vrai riddim qui pourrait inspirer nombre de chanteurs et de deejays à des versions grandioses.

Comme bis, l'ensemble a donné une mémorable version de Lively up yourself, le point d'orgue idéal d'un concert jazz-reggae quasi parfait. 

Respect to Rasta La Vista

ç'a été un week-end reggae de rêve en Flandre-Orientale. Samedi, on a été à Rasta La Vista aussi, le tout premier événement reggae à Temse. Une organisation impeccable (tous les concerts commençaient à l'heure, tous les appareils fonctionnaient, la sono était impeccable, un large espace fumeurs dehors), un public jeune et avide, et une affiche de rêve: Johnny den Artiest (ambiance assurée), Rupelsoldaten (les rude boys de la scène reggae Beljam) et Collieman & Asham. Vus trois fois en peu de temps, mais sans sentir un moment d'ennui ou de trop plein: il n'y en a pas beaucoup qui puissent nous donner ce genre de sensation. C'est donc ça que doit sentir un vrai fan d'un groupe.

Engineer Yosa (lui-même membre, pendant des années, de divers groupes) nous a donné la chair de poule avec Book of rules, le hit mondial de Barry 'Heptone' Llewelyn, décédé la semaine passée. Cet été, il partageait encore le podium avec Asham, donc, s'il y en avait un qui pouvait lui donner un hommage, c'était le meilleur ensemble Beljam du moment.

Rendons hommage aussi aux promoteurs de Rasta La Vista. Espérons que Temse aussi devienne un peu reggae town à partis de maintenant.

Ernest Ranglin: reggae with the beauty of jazz

About the Author

Jah Shakespear
Plus

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

RocksteadySkaReggae

Published

Nov 27, 2011