
By Roots Pressure/Tim Bangarang
Voici un rapport sur le plus long, le plus chaud et, selon certains, le meilleur festival de reggae en Europe: Rototom en Espagne. Rototom signifie dix jours de soleil, de la musique, consciousness, Ital food, et que des vibrations positives.
Voici un rapport sur le plus long, le plus chaud et, selon certains, le meilleur festival de reggae en Europe: Rototom en Espagne. Rototom signifie dix jours de soleil, de la musique, consciousness, Ital food, et que des vibrations positives.
It's a long festival but the music gives you strength (Mickey Dread, Channel One)
Le plus grand festival de reggae en Europe est le meilleur que j'ai jamais visité. Nous étions là pour quelques jours à l'avance et ce n'était certainement pas un luxe. Cela nous a permis de déjà nous habituer aux températures élevées et de nous reposer du voyage. Nous étions partis en voiture mais l'avion est également une bonne option. En effet, dans les aéroports de Valence et Barcelone, un bus est prévu pour amener les festivaliers jusqu'au Rototom. Mais même sans ce bus spécial, accéder au festival n'aurait pas été un problème : Benicassim est une célèbre station balnéaire desservie par de nombreux bus et trains.
A Benicassim, la plupart des vacanciers sont des Espagnols. Cela sautait aux yeux quand on allait manger ou qu'on faisait des emplettes. En général, les habitants parlent seulement l'espagnol. Ce qui peut parfois provoquer des malentendus et des problèmes de communication, mais avec une connaissance basique de l'espagnol et un peu de langage des signes, on peut y arriver. Contrairement au Festival Garance à Bagnols sur Cèze en France, on peut dire que la ville ne « communie » pas avec le festival. C'est vrai que Benicassim est une ville beaucoup plus grande que Bagnols et le festival y passe plus inaperçu. Malgré tout, dans de nombreux bars, clubs et magasins, l'ambiance du festival était présente. La nuit avant le premier jour du Rototom, il y avait plein de concerts en ville et plus tard dans les clubs, les DJ's ont pris le relais.
Je suis juste allé au camping pour voir quelques amis. Mais nous avions préféré louer un bungalow à trois kilomètres du site du festival et on faisait les navettes en vélo. Dormir dans un vrai lit, prendre une bonne douche le matin, ou un bain, avoir à disposition une cuisine, un réfrigérateur et tout ce qui va avec, c'est quand même pratique. Sans cela je crois que je n'aurai pas pu rester les dix jours. Au camping j'ai pu constater que la chaleur et le manque de sommeil affectaient les gens et en paralysait beaucoup vers la fin du festival. D'ailleurs, le nombre de personnes sur le site diminuait au fur et à mesure des jours. Est-ce que dix jours de festival c'est vraiment trop long?
Heureusement, cette année il y avait un magasin au camping. Avec la chaleur et les soirées tardives, il est parfois difficile d'aller en ville et faire du shopping. Pour ceux qui ne veulent pas cuisiner, il y a assez d'échoppes au camping.
Rototom est un festival vert. La grande scène tourne à l'énergie solaire, ailleurs c'était un DJ qui ne pouvait jouer que si les gens dansaient pour produire de l'énergie. Il y avait possibilité de louer des vélos. Dans les ateliers et les débats, le thème de l'écologie était très présent. Enfin, il y avait le concept « Zero km drinks&foods » : pour ce qui était de la nourriture et des boissons, le but était de les produire avec des produits locaux autant que possible afin de réduire au maximum les frais de transport et donc l'empreinte énergétique de ce qui était consommé. Le Rototom c'est la musique bien sûr, mais pas juste ça. Ici, ils essaient de créer un monde presque utopique pour les personnes qui considèrent comme importantes l'écologie, la paix et l'amour. Un rendez-vous pour ceux qui veulent changer le monde. Et quelle musique se prête mieux à ces idéaux que le reggae?
Le premier soir, il a un peu fallu chercher son chemin sur l'immense plaine. Le premier jour, il y avait plus de 20.000 personnes présentes, et pourtant on ne s'est jamais sentis en surnombre. De nombreux festivals se déroulent sur ce site et est donc équipé de tout le confort nécessaire. Tout est également prévu pour l'organisation d'évènements : fourniture d'électricité, radio & streaming, sécurité, camping, parking, etc. Le site est entièrement asphalté, avec au milieu de grandes pelouses pour les tentes, les hamacs, ainsi que des nattes par terre sous les arbres pour les gens qui n'arrivait plus à retourner après le festival et qui étaient autorisés à y rester :-).
On trouvait également beaucoup d'échoppes au Rototom avec des vêtements, bien sûr, mais aussi des drapeaux, des gadgets, des vaporisateurs et tout ce qui a trait au cannabis. Et il ne faut certainement pas parler de pénurie de nourriture et de boisson. Partout sur le site vous pouvez trouver presque tout, du repas végétarien à la viande fraîche sur le barbecue. Ils ont même des mojitos de la pompe, c'est pas mal, pas génial. Il ya aussi des stands où ils font des vrais cocktails, bien meilleurs et plus corsés !!!
Comme les concerts commencent assez tard (entre 21 et 22 heures) nous avions à chaque fois le temps pour nous préparer calmement à une nuit de fête. Nous étions un peu dans la routine du quotidien espagnol et parfois on mangeait même trop tard et arrivions en retard pour les premiers concerts. Mais comme il y a beaucoup à voir et à vivre, nous n'avons jamais ressenti de manque. Dommage quand même que nous n'ayons pas vu comment Roberto Sanchez et son groupe Lone Ark backaient Alpheus (ça a du être très bon). Sanchez a tenu une conférence quelques jours plus tard à la Dub Station et nous étions présents. Cela a été une des meilleures nuits là-bas. Apparemment, Roberto est un ami proche de Linval Thompson parce qu'il avait quelques cassettes de exclusives de ce chanteur avec lui. Wicked! Le lendemain, en abandonnant un moment les basses de la Dub Station, nous avons revu Roberto Sanchez dans une petite tente, avec un son moins puissant mais encore une fois avec une puissante sélection de roots et de dub.
Nous avons vu beaucoup pendant ces dix jours. Toots qui à été le premier faire bouger la foule, Gentleman, Maxi Priest, Lee Perry, the Marley Family, Ken Boothe, Tony Rebel, Queen Ifrica. Nous sommes même allés voir Shaggy vite fait pour ensuite vite retourner à la Dub Station. A la scène Ska, c'était souvent la fête, avec Dennis Alcapone par exemple, ou avec Rico Rodriguez, qui était accompagné d'un groupe de Barcelone, Root Diamoons, avec également une très bonne chanteuse. Dommage que la tente Ska soit si proche du DanceHall. Parfois les deux sons clashaient. Un peu plus loin, il y avait le Lion Stage où jouaient des groupes moins connus.
Et croyez-le ou non, il y avait aussi plein de choses à faire pendant la journée. Démonstrations de danse des Kings & Queens à la plage, animations pour les enfants, cirque, cuisine africaine, djembé, ateliers et débats. Les débats se déroulaient le Reggae University Camp (RUC, une grande tente blanche où il faisait frais et où se tenait une exposition permanente de photos à propos de Bob Marley.)
Le premier jour a débuté à 18 heures avec une conférence de David Rodigan: «L'histoire du reggae ». Rodigan était posé dans un canapé et avait apporté avec un sac de disques et de CD. Intéressant et une très bonne ambiance, ce qui n'a pas surpris ceux qui ont déjà vu Rodigan à l'ouvrage. Nous avons loupé « L'Histoire de On-U Sound » d'Adrian Sherwood à cause d'un changement d'horaire non communiqué, mais nous sommes restés pour le film Bob Marley, the making of a legend de Gion Godoy et Esther Anderson, qui était présente ce jour-là. Ses explications étaient intéressantes mais je me suis lassé du film car il était en patois incompréhensible sous-titré en espagnol.
Le sixième jour du festival Ky-Mani Marley est venue parler de son livre, Dear Dad, l'interview étant menée par David Katz, l'hôte de la RUC. Ky-Mani était très ouvert, c'est un homme agréable et inspirant. Après Ky-Mani, nous avons vu une présentation multimédia de deux heures avec des images inédites (concerts, interviews, films personnels...) de Bob Marley & The Wailers, réalisé par Roger Steffens, l'écrivain américain.
Le huitième jour était dédiée à Peter Tosh. John Masouri est d'abord venu lire des extraits de son biographie de Peter Tosh, Stepping Razor, après c'était Colin Grant qui a présenté son I & I Natural Mystics: Marley, Tosh et Wailer, un livre sur les relations entre les Wailers. Roger Steffens est revenu présenter un programme multimédia, The Life Of Peter Tosh. Il a laissé les deux écrivains précités faire les commentaires sur ces images qu'ils n'avaient jamais vues. Une présentation très amusante et intéressante dont la dernière partie a été suivie par Rita Marley elle-même, visiblement émue.
Au dernier (et dixième!) jour du festival, il y avait une discussion au RUC sur le thème « Evolution in the Reggae Foundation » . Le panel était composé de Bunny 'Striker' Lee, Johnny Clarke, Michael Prophet, John Masouri et Don Chandler. Drôle et instructif.
Espèrons que l'année prochaine les gens viennent de toute l'Europe au Rototom, notamment les Belges. On trouvait beaucoup de nationalités sur le festival, mais la majorité était des Espagnols et des Italiens qui sont toujours fidèles à leur festival. Et espérons que l'année prochaine j'y sois de nouveau présent.

Roots Pressure/Tim Bangarang
Sep 04, 2011