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Sous la pluie, en rouge, vert et or @ Reggae Geel 2011
Event ReportAug 07, 2011

Sous la pluie, en rouge, vert et or @ Reggae Geel 2011

By Jah Shakespear/Visionz/Natty/Rubi Roots

Et oui, il a plu à verses. Et non, le Line-up n'était pas un grand succes.  Nous avons quand-mème vécu un weekend fantastique à Reggae Geel. Jah Shaka! Iqulah! Big Youth! Etana! Rocksteady Rat Pack! Assassin! L'adieu de  Mystic Breeze! Et surtout: 23.000 bredren et sistren! 

Pablo, Lut & Angèle, Charel, Lui Lucky, Crucial Alphonso, Ras Fire, Iriginal Abraham, les frères-Ketami, Gerard, MPTI, Lioness, Ras Dré & Taki, Rafi, Christophe, Roni et (in loving memory) John: Ce ne sont que quelques noms parmi le grand nombre d'amis et de connaissances que j'ai à de nouveau rencontré à Geel.  Des vieux briscards , des jeunes loups et sirènes, deejays et musiciens, fans et rasta's : I&I unite, et ça fait du bien, Et cela fait 32 ans que ça dure. Même les plus fortes pluies ne peuvent rien y changer.
Cette pluie nous a poussés sous les tentes plus souvent qu'à d'habitude, mais heureusement il y avait beaucoup de jolies choses a écouter, voir et vivre.

Skaville circus

La Radio Modern de reggae s'appelle Rocksteady Rat Pack, deux garçons de Kontich qui ne jouent que des vieux morceaux. Il pleuvait des hallebardes quand ils ont présenté leur set en début de soirée au Skaville Circus. La tente était bourrée, en grande partie par des jeunes dont les parents n'étaient peut-être même pas nés quand cette musique égayait les fêtes d'indépendance de la Jamaïque, il y a presque une demi-siècle.  A une époque où le dub, les deejays, rastafari, la marihuana et tous les autres phénomènes qui sont indissociablement connectés au reggae n'existaient pas encore. Ce qu'ils avaient alors, c'étaient des killer tunes et des bonnes basses, ce qui est assez pour mettre en extase les youths d'aujourd'hui.
 
Au Skaville Circus  Clive Chin était également venu faire son set.  Il est un des producteurs cultes des années '70, et introduisait lui-même ses morceaux au micro.  Nous avons entendu plusieurs perles donc un 7" de Max Romeo & The Wailers entre autres. L'écrivain Britannique David Katz interviewait en direct plusieurs des artistes (dont Clive Chin et aussi quelqu'un de Saxon Sound), un vrai plaisir pour des nombreux experts et collectionneurs de musique. Le dub poet jamaïcain Yasus Afari n'ne nous a pas vraiment convaincus, surtout si on compare sa performance  avec celle de Benjamin Zephaniah l'année passé. 
Au milieu de la nuit, après le set final de Big Youth sur la scène principale, Wassie One et Sugar Charlie feat. Saimn-I au Skaville Circus nous ont servi un sorte de tune fi tune, mais avec des bien meilleurs tunes que les  DJ's ont l'habitude de nous sortir.  Jusqu'à loin à l'extérieur de la tente, le public balançais les bras et les jambes sur des vraies perles de chansons que personne ne connaisait. Wassie One a débuté avec du ska et du rocksteady, Sugar Charlie avait amené une superbe collection de tunes roots. Suikeren Chareltje (pour les jeunes lecteurs: il était dans les années '80 et '90 le dj résident de Reggae Geel, avec Jah Shakespear) pouvait aussi compter sur un Saimn-I très présent au micro. Nous ne pouvons plus imaginer un Reggae Geel sans ce merveilleux Skaville Circus.

Dubbin' is a must

De l'autre côté de la prairie, au  18" Corner, résonnaient les formes les plus futuristes de dub et de reggae, enrichis d'échos hallucinatoires, d'effets sonores, de MC's... Je n'aurais pas voulu être un arbre dans ce 'bois-dub', où les basses soufflent pendant deux jours et deux nuits. Les vrais  dubheads restent scotchés ici pendant tout le weekend dans une sorte de transe.  C'est avec ce son tribal que le reggae se rapproche le plus de la dance.

Généralement, le samedi soir, entre et après les performances, Reggae Geel programme des acteurs originaux du genre.  Pas d'exception cette année, avec la présence du sorcier des studios, le Canadien Dubmatix et avec le Français O.B.F. Dubmatix mélange differents styles de dub et le jeune public à bien apprécié. Il à été assister par un saxofonist et le one hit wonder Tippa Irie, qui nous a impressionné par ses talents de toaster et d'ambianceur.

L'Original Basque Foundation de Genève, qui était déjà au Festival de Dour cet été, ont joué un set de riddims de leur propre production, malheureusement avec des lyrics de clash assez déplacés d'artistes comme Robert Lee, Courtney Melody et Omar Perry, le tout assaisonné de samples et de pull ups.  Se vanter de son propre nom et se profiler comme soundboy killers est plutôt un phènomene qui appartient au monde du dancehall. Mis a part de nombreux textes de louanges à O.B.F., Shanti D a réussi à nous plaire et nous étions également heureux de retrouver Kenny Knots sur scène.

Kingstep de Louvain avaient ouvert le festival le vendredi, et ont aussi exploser le samedi après-midi  avec quelques productions prommeteuses et des  dub plates d'entre autres Jahmbassador, Ras Muffet et King Alpha. Pour l'occasion ils n'avaient pas seulement amené T-Fyah (Beatstreet sound) , mais aussi MC Terry Gad du Trinity Sound System de Londres. Malheureusement, le son n'était pas toujours au top….
The Mighty Jah Observer fait une dernière tournée européenne et mérite une place dans l'histoire. Leur « operator » Spiderman est depuis les années septante actif dans le son en Angleterre et est un indétrônable au Carnaval annuel de Notting Hill. L'homme joue le reggae qu'il aime, de Studio One et Burning Spear à 'Rastaman in New York' et 'Systems' de Julian Marley et 'Jah Golden Pen' de Sylford Walker, tandis que Ras Rudy pose ses lyrics par-dessus.  Vendredi soir, nous avons entendu pratiquement la mème selection qu 'il y a deux semaines à  Irie Vibes, mais nous avons été heureux de les revoir avant qu'ils ne retournent définitivement en Jamaïque. Il a nié les rumeurs selon lesquelles il prendrait sa retraite. Lors d'une interview (qui paraîtra bientôt sur ce site), il nous a assuré qu'il prendra sa collection de disques et une partie de son sound system pour continuer Jah Observer, à St. Thomas.

Blackboard Jungle de Rouen venait à Reggae Geel pour la deuxième année  consécutive. Mais cette fois-ci, c'était avec leurs propre sound system de 30 Kwa.  Nous avons assisté à une performance toute en puissance du jeune Jah Marnyah, suivie par une prestation assez médiocre de Rrrrranking Joe sur des riddims comme Intercom, Golden Hen, Rockfort Rock et Truth & Rights. C'est ce moment qu'a choisi Prince Jazzbo pour une apparition surprise.  Mais le DJ légendaire de Studio One, qui est arriver par hasard à Geel après son passage au Festival Garance en France la semaine d'avant, n'a pas présenté une plus-value perceptible.
Les Français nous ont encore sorti un spécial de Brother Culture et une version stepper de « Jah Love » de Lacksley Castell, avant donner laisser la tour de contrôle dans les mains de tout-puissant Jah Shaka, qui, traditionnellement, a ouvert sur trois titres de Bob Marley «Redemption Song», puis la version ska de "One Love" et "Exodus", avec ensuite Sandeeno sur le même riddim. "Praise Ye Jah" de Sizzla. «Complaint» de Garnett Silk. "Farover 'de Natural I sur le riddim de Kunta Kinte. Dans sa sélection également, des productions signées par les Disciples, de Keety Roots et des Vibronics, «Jah Works" des Gladiators, et "Give Jah praise" de Danny Red sur une version retravaillée de Gussie P.  Aussi entendu plein de morceaux de Prince Allah.
Une sélection assez prévisible, mais ce genre de classiques ne résonne jamais mieux que quand Jah Shaka les joue, qui plus est sur un sound system comme le Blackboard Jungle. Pourtant, les amateurs de dub se demandent légitimement pourquoi le maître s'en tient toujours à la même tracklist quand il se produit sur le continent européen (sa sélection était quasi identique à celle qu'il a joué au Dubwise à Anvers l'an dernier). Le Zulu Warrior n'a rien à prouver et agit comme un véritable ambassadeur du reggae, qui vient donner des leçons d'histoire musicale, armé de ses excellentes sélections de roots, rockers, steppers, et one drops.  Sur les versions dub, il crie, rastaman plaintif, («We have to get our freedom!") et rugit comme un lion. Il inspire la foule avec son regard perçant et ses mouvements hypnotiques. Warrior style!

Le temps qui lui était imparti s'est écoulé trop rapidement et il ne s'est plongée dans sa boite de « speical dubs » que trop tard.  Mais malgré tout, cela valait la peine d'attendre patiemment ce matériel exclusif. Les massive du Petit Bois se sont déchaînés sur ses dernier tunes, quelques plaques dub de son fils Young Warrior, apparemment. Shaka leur a encore donné quelques leçons de vie, notamment sur la suprématie de la sensi («We no want no cocaine, it just mash up your brain!") et l'importance de la nouvelle génération («If plants get no water dem won't grow").  Finalement il a salué les spectateurs avec un salut militaire et a remercié Blackboard Jungle pour leur sound system. "Jah Guidance. Rastafari"

Romain Virgo conquers Matterhorn

Il y a eu beaucoup de monde dans le chapiteau Bounce Dancehall, surtout lorsqu'il tombait des averses !  Le Bounce- Dancehall, est la tente où traditionnellement les meilleurs sound systems belges et étrangers passent en revue. Cette année, la tenue de concerts en backing band dans la tente était une exception la règle.  La soirée (et le festival) ont été ouverts par l'équipe de Pirates Crew de Gand, qui ont notamment remporté Present your sound plus tôt cette année et qui jouaient à Geel en tant que gagnant du concours vi.be. Il y avait peu de gens, bien sûr, aussi tôt dans la soirée, mais le Crew ne s'en est pas soucié et ont proposé une sélection originale des classiques roots, de hits new roots et dancehall. 
Les Hollandais d'Herb-a-lize-it sont désormais des invités réguliers en Belgique. Ils ont mixé un set solide avec surtout des tubes de ces dernières années, quelques classiques hip-hop et même un morceau de dubstep. Pour la première fois nous avons entendu un medley de Bob Marley… Cela ne sera pas la dernière fois du weekend. Chantez!

Le soleil n'était pas encore couché que le talent émergent Gappy Ranks sautait déjà sur la scène. Il a immédiatement commencé avec une intro heavy rock et quelques sérieux  tunes dancehall. Il était accompagné d'un groupe de Special Delivery basé en France.  Un groupe  sur scène est assez rare pour un vendredi à Geel mais ce n'était pas non plus une première : rappelez-vous la nuit avec le groupe Calabash au début de ce siècle…

Gappy n'est clairement pas très bien connu dans notre région, malgré qu'il soit déjà passé à Jools Holland, l'émission de musique la plus importante de la BBC. La réponse a été plutôt tiède mais certains de ses hits (Put the stereo on, Stinkin' Rich, Pumpkin Belly) ont quand même été repris par la foule.  Pour le reste c'était un spectacle un peu décousu, et la voix Gappy n'a pas toujours été des plus claires. Pour terminer, il a chanté Heaven in Her Eyes, comme il se doit, mais il était trop tard pour convaincre le public.
Ensuite – et avec le même backing band, un peu trop faible à mon goût, Romain Virgo s'est présenté sur scène.  Il y a quelques années, il a gagné le concours Digicell Rising Stars en Jamaïque. Ce jeune chanteur a tout d'un superstar: une belle voix polyvalente, d'apparence solide, et déjà assez de hits pour remplir un concert complet.

Après un quart d'heure d'intermède animé par Herb-A-Lize It, il était déjà temps pour le prochain grand nom: General Degree! Cet artiste issu des années '90 a été accueilli avec enthousiasme dans les Massive et dès son premier numéro c'était la fête. Les fans des nineties se sont fait plaisir avec des tubes comme Bag a things, It no matter, Yeah Man, Immaculate et Cartoon Character. Nous avons également entendu des riddims comme le  Diwali, Bounce et Rotten Rich.  En tout cas, le passage en mode 100% dancehall a fait monter la température sous la tente.  Nice! 
 
L'autre star de la soirée était Assassin alias Agent Sasco, qui nous a offert un set dancehall de premier choix. Sa voix a sonné juste du début à la fin, gutturale à souhaits.  Il passe aisément du dancehall le plus dur à un nu-rrots plus cool.  Il peut tout faire! Don't make me hold yuh, Nah sell out, Step on dem, Pull up inna di dance, Child Molester, Same thing again, Priority… Assassin a quantité de tubes et nous les a chantés avec enthousiasme, en vrai entertainer. Assassin a terminée avec une version a capella de Allmighty, la foule a réagi et a chanté le morceau avec lui…
Tony Matterhorn clôturait la première nuit de Reggae Geel, tout comme il y a trois ans. Assez étrangement, il a d'abord laissé jouer en warm-up le V-Rocket, un sound system qui n'était pas assez bon pour garder le niveau et continuer la fête qu' Assassin avait lancée. Matterhorn lui-même n'a rien fait de très original, avec son « new Jamaican Style », une tas de nouvelles chansons dancehall mais peu de  musiques convaincantes au final. «Matterhorn is pure sex » a affirmé le DJ en parlant de lui-même.  A entendre les lyrics des morceaux qu'il passait, c'est vrai…

The Germans!

Le samedi est le jour des sound systems belges dans le Bounce Dancehall. Cette année Reggae Geel à choisi Silverbullet, Heartbeat Movement, Jahwed Family et Mystic Breeze Collective. Nous avons entendu beaucoup de dancehall mais chaque sound à voulu faire son propre truc original. Special big up à Mystic Breeze, qui jouait son tout dernier set (MC Kinja a annoncé qu'il sera le nouveau MC de High Grade).  Les soundboys ont joué leurs sons préférés et beaucoup de bonnes dubplates. Leur premier set était surtout du dancehall '90s et leur second plus varié avec en clôture une série de dubplates dont celle de Johnny den Artiest & Jay.
Le français King Dragon à ouvert avec une sérieuse selection de  reggae roots, dont quelques dubplates exclusives. Surprise, le MC de service était notre Irie Nation, qui enseignait les  jeunes sur l'histoire du reggae. Les 45 premières minutes étaient strictly roots, mais ensuite le selector Lord Zeljko a joué une sélection originale de dancehall 80's et 90's.

Saxon Sound commencé (encore une fois) avec un medley de Bob Marley. Peu après les dubplates nous ont également volé dans tous les sens.  Sur une de celles-ci, Gappy Ranks fait un big up a tous les artistes du monde du reggae, du ska au rocksteady au rub-a-dub et au dancehall, des noms innombrables... La réponse du public a été tiède. En raison de la pluie et de la fatigue peut-être?

Saxon Sound avait un invité spécial Papa Levi, un DJ/toaster anglais qui à quelques hits à son palmarès. Il s'est lâché tout suite, mais au bout de trois chansons, la messe était dite.  Papa Levi a continué son show pendant 45 minutes mais n'a pas pu retenir l'attention du public.  De ce fait la tente s'est vidée peu à peu et de la vibe sont retombées.  Astuce pour l'organisation: vous n'avez pas besoin de faire venir des sounds étrangers pour que le Bounce Dancehall. 

Juste après minuit se déroulait le dernier live du festival au Dancehall : Don Corleon ft. Protoje & pressure. Don Corleon, connu pour son travail de production et ses riddims, accompagnait d'abord son cousin Protoje. Le jeune Rasta est encore relativement inconnu chez nous, mais a assuré son concert.  Mieux, en tout cas que ce qu'il avait montré au Garance.  Protoje a chanté quasiment tout son premier (et seul) album dont le point culminant était Rasta Love, un duo avec Ky-Mani Marley (dont la voix était mixée au riddim sur CD).  Protoje est un talent en train d'éclore mais il doit encore travailler à sa performance. Don Corleon lui aussi attrapé le micro pour chanter avec Protoje « Our Time Now », une chanson basée sur un riddim - et avec des samples de Burning Spear.

Le dernier artiste du week-end a donc été Pressure (Buss Pipe). Il a commencé très fort avec ses hits « People Free » et « Ghetto Life », et alterné le dancehall et du reggae très  sweet.  Il est réellement un bon artiste.  Mais après quelques chansons, une partie du public n'etait plus intéressé et la vibe est un peu retombée.  Ce n'est qu'à la fin sur le hit Love and Affection, que tout le monde s'est réveillé et s'est mis à chanter.  Juste à temps pour le multiple champion du monde de clash Supersonic. Les Allemands jouent aux quatre coins du monde et savent exactement ce qu'ils doivent faire pour faire danser le peuple. Excellente finale pour un weekend aux succès variés dans le Bounce Dancehall, où le son n''a malheureusement jamais été optimal.

Rainy night in Yellow

Sur la scène principale, plusieurs artistes ont dû faire face à la pluie. Iqulah à eu de la chance. Cet orthodoxe Rasta nous a surpris en début de journée avec un son fascinant, des rythmes ethniques (Nyahbinghi), des citations de Bob Marley et un new roots de qualité. Un violoncelle électrique donnait du piment supplémentaire à son concert. Iqulah s'est montré très pieux dans ses discours, mais cela venait réellement du cœur.

Chezidek par contre a plutôt donné un concert routinier.  Sa voix a déçu.  Celle-ci doit certainement être sérieusement travaillée en studio, ou alors c'était le son de Reggae Geel qui n'était pas optimal (ce qui est une certitude). Ce n'est que quand Mad Professor s'est mis aux commandes après minuit pour le concert de Big Youth que nous avons finalement obtenu le son qu'on serait en droit d'exiger d'un tel festival. Chezidek avait heureusement ses hits « Call Pon Dem » et « Far I », pour divertir le courageux public alors que le ciel avait déjà ouvert ses écluses.

Etana, la meilleure (et pratiquement la seule) chanteuse de cette génération, avait l'air radieuse dans sa robe brillante et a chanté avec le cœur (et le même backing band que Chezidek, le Dub Akom Band) ses chansons édifiante.  Les musiciens, dont deux choristes, ont fait honneur aux chansons d'Etana (et ceux de Bob Marley: Kaya, Is This Love, Rastaman Chant).  « Roots » sonnait frais et vif, « I'm Not Afraid » était très combatif. Etana a rayonné ce samedi.

C'est avec un "How are you feeling? » que Luciano est monté sur scène.  On aurait eu envie de lui répondre « Trempés ! ». Rien à dire sur le show de Messenger, sauf qu'il s'est encore une fois limité à ses plus grands succès, tous de la seconde moitié des années 90. Est-ce qu'il pense que ce sont les seuls titres qu'on veuille entendre, comme s'il ne s'était pas amélioré depuis ? 
Et puis sont arrivés les deux frères Morgan.  Cela reste un mystère pourquoi ils sont soudainement en tournée ensemble, et même pas avec un groupe digne de ce nom.. Peetah a sauvé partiellement les meubles, mais Gramps Morgan s'est rapidement enfoncé.  Du reggae sucré, à moitié délavé dans du hip-hop avec des chœurs préenregistrés (et parfois même la batterie). Pourquoi laisser le reste de la famille Morgan à la maison et vouloir compter sur les ordinateurs pour compenser leur absence? Ramenez Una, Mojo et Lukes Morgan!

Le déluge n'a cessé que vers onze heures et demie quand Linton Kwesi Johnson (LKJ), le célèbre dub-poet au chapeau est apparu sur scène. Il fait toujours la même-chose qu'il ya trente ans : réciter certains de ses poèmes les plus militants de manière rythmique, pendant que le Dennis Bovell Dub Band lui offrait le soundtrack, une version actualisée d'ancien dubs, avec des pauses et des arrangements jazzy, avec la contribution d'un violon.  Ils étaient de loin les meilleurs musiciens du week-end.  LKJ fait le lien entre ses  œuvres et certains événement de l'actualité comme l'attaque en Norvège et la montée du racisme en Europe, même si ses poèmes parlent évidemment d'événements très précis dans la fin des années 70: Di eagle an' di bear (la guerre froide), Dread, beat an 'blood et All we doin' is defendin' (manifestations), Want fi go rave, l'émouvant  Sonny's Lettah (que LKJ ne prononçait qu'a cappella, à l'époque), Fite dem back,  Reggae fi Peach (qui parle de l'assassinat d'un professeur noir, et qui soul ève la question 's Europe becoming a fascist state?'), Forces of victory et d'autres chants de protestations. Ce sont des classiques du genre, certes, présentés d'excellent manière, mais malgré tout cela a été un set assez routinier.
On ne peut dire que le contraire du concert de Big Youth, que LKJ cite comme l'une de ses grandes inspirations. Big Youth est simultanément toaster (rappeur), rastaman, artiste de vaudeville, propagandiste du Black Power et un sage intellectuel.  A cette heure tardive de la nuit, Manley Buchanan (61) a encore réussi à fasciner des milliers de personnes. All nations bow (Stalag), Sata, Every nigger is a star, Curly locks, Marcus Garvey, Screaming Target, A luta continua.  D'autres chants de liberté sur des riddims  foundation.  Big Youth insère dans ses textes dans des oracles prophétiques, avec des références à John Coltrane, drink & drive, Shakespeare, les voitures et les motos, et Jah et Rastafari. Un mélange unique. La foule n'a pas explosé, il n'y a pas eu de chant collectifs ou de cris, et pourtant nous étions tous à de nouveau un. Comme chaque année au Reggae Geel.

Sous la pluie, en rouge, vert et or @ Reggae Geel 2011

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Jah Shakespear/Visionz/Natty/Rubi Roots

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DubRootsRocksteadyDancehallSkaRaggaReggaeNew Roots

Published

Aug 07, 2011