
Alors que Ziggy, Damian, Stephen, Julian et Kymani Marley rendent tous les honneurs à l'héritage musical de leur père, Cedella, Rohan et Karen gèrent les droits sur la marque Bob Marley. 30 ans après sa mort, le roi du reggae vaut plus que jamais.
Alors que Ziggy, Damian, Stephen, Julian et Kymani Marley rendent tous les honneurs à l'héritage musical de leur père, Cedella, Rohan et Karen gèrent les droits sur la marque Bob Marley. 30 ans après sa mort, le roi du reggae vaut plus que jamais.
Le 21 mai 1981, dix jours après sa mort, Bob Marley a été enterré à la manière d'un chef d'Etat, un honneur que, depuis, aucun autre artiste n'a reçu en Jamaïque. Ce jour-là, David Marley (13 ans), dans son costume de communion, chantait un vibrant hommage à son père. Il n'a pas encore un poil au menton mais sa voix a une ressemblance frappante avec celle de Bob.
Bob Marley a eu douze enfants, à l'intérieur ou en dehors de son mariage, qu'ils a tous reconnus. David, Ziggy pour les intimes, a été le premier à faire carrière sous le nom de Marley. Moins célèbre que son père, il est cependant depuis un quart de siècle un pilier dans le reggae, en solo ou avec son groupe The Melody Makers. Il est également un invité presque permanent aux remises des Grammys. Eh oui, il existe un Grammy pour le reggae.
Julian (le fils d'une Londonienne) a également fait son apparition dans le monde de la musique dans les années '90, avec Damian « Junior Gong » Marley, fruit des amours de Bob avec Cindy 'Miss World 1976' Brakespeare. Leur producteur attitré et parolier n'est autre que leur demi-frère Stephen Marley, le deuxième fils de Bob et de Rita et sans conteste le musicien le plus talentueux et éclectique de toute la famille. Finalement Ky-Mani Marley, enfant issu d'une courte relation avec une ancienne championne de tennis américaine, est celui dont la voix ressemble le plus à celle de son père. Il connaît également un certain succès en tant qu'acteur. Tous ensemble, les frères Marley ont fondé leur propre label, Ghetto Youths International, une filiale de la Tuff Gong Foundation, la maison-mère qui coordonne toutes les activités commerciales du clan Marley.
C'est « du sang, de la sueur et des larmes » qu'il a fallu à Rita Marley (ainsi qu'à Chris Blackwell, patron de la maison de disque) pour protéger juridiquement l'empire Marley et garder son héritage pour la famille. Bob n'avait laissé aucun testament mais bien toute une série d'enfants de mères différentes et un catalogue de chansons qui, en 1981, valait déjà une fortune. En 2010, la vente légale de la musique de Bob Marley n'a rapporté « que » 4 millions de dollars (à comparer aux 275 millions que rapportait pour la même année le catalogue de Michael Jackson). Mais par contre, le volume de la contrefaçon, aussi bien de la musique que du merchandising de Marley, dépasserait les 600 millions de dollars. Ces dernières trente années, des millions de CD's, de posters, drapeaux, cendriers, papiers à cigarettes, figurines,…. ont été vendues sans que la progéniture de Marley n'en touche un centime. Lui ne se serait pas senti concerné, l'argent n'intéressait pas Bob Marley, mais sa famille a décidé de contrôler le commerce illégal.
Depuis que les disputes à propos de l'héritage ont été réglées devant la justice, la Fondation Tuff Gong se profile de plus en plus comme une vraie machine commerciale. Rita Marley a fait de la maison de Bob une sorte de musée. Rohan Marley (Monsieur Lauryn Hill) est la cheville ouvrière des marques Tuff Gong Clothing, Bob Marley Shoes et Marley Coffee. Ce café est décliné en différentes variétés qui ont chacune reçu le nom d'une chanson : Mystic Morning, Jamming Java, Lively Up Espresso. Il paraît que la Jamaïque produit le meilleur café du monde, après l'Ethiopie, mais est-ce que cela aurait intéressé Bob? Peut-être bien, sachant qu'une partie des revenus de la vente est consacrée à la création de terrains de foot pour les enfants.
Cedella Marley (43 ans), la première enfant de Bob, est devenue PDG de Tuff Gong International et a également lancé une marque de vêtements appelée Catch A Fire Clothing, spécialement créée par Karen Marley. En plus de cela, Tuff Gong est propriétaire du Marley Resort & Spa aux Bahamas, un hôtel de luxe de 16 chambres et suites qui coûtent de 200 à 300 dollars la nuit. Et ce sont à nouveau des titres de chansons qui donnent le ton: les chambres s'appellent Kinky Reggae, Kaya ou Jammin', le restaurant Simmer Down, le bar Stir it up et le spa porte le nom de Natural Mystic. Them belly full (but we hungry) aurait été un peu cynique… La famille justifie toute cette entreprise par le fait que c'est là que Bob était parti en exil après qu'on ait attenté à sa vie en Jamaïque. Un exil où il ne s'est pas vraiment comporté en bon père de famille : c'est là qu'il a connu Cindy Breakspeare. Marley Resort & Love Nest.
En 2009, Bob Marley est définitivement devenu une marque. La compagnie américaine Hilco Consumer Capital a la mission de faire valoir les droits sur le nom et l'image du chanteur. Et de poursuivre toute personne qui les utiliserait de manière illégale. Au début de cette années, un fournisseur des magasins Walmart à Las Vegas a été condamné à des dommages et intérêts de 300.000 dollars pour la vente de différents articles Bob Marley. Ce sont surtout les poupées et peluches qui auraient dérangé la famille Marley. Il ne s'agit là que d'un seul procès parmi la trentaine qu'a intenté la Fondation Tuff Gong aux Etats-Unis.
Le dernier développement commercial lancé par Rohan et Cedella est la création de House of Marley , une marque déposée pour des écouteurs « Trenchtown Rock » (avec basses superpuissantes) et des stations iPod. Sont également disponibles, dans la gamme House of Marley, des valises, des montres et des vêtements de sport. Une grande partie des gains de ces ventes vont à 1Love.org. Il s'agit d'une communauté online qui finance des projets des Nations Unies dans le domaine de l'accès à l'eau et qui veut créer un mouvement mondial parmi les 19 millions d'amis que compte déjà Bob Marley sur Facebook. « Nous ne sommes pas des hommes d'affaires classiques, explique Rohan Marley. Nous voulons faire des affaires en partant de certains principes et d'une grande conscience sociale. Je sais que notre père aurait été fier de nous. »

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
May 06, 2011