
Sur la route entre Mechelen et Leuven, un peu avant Planckendael, le Studio Majestic a ouvert ses portes, un studio spécialement construit et conçu pour que le reggae y sonne le mieux possible. Majestic est également le nom d'un tout nouveau label belge de reggae, dont la première sortie est une compilation de singles sélectés par Crucial P.
Sur la route entre Mechelen et Leuven, un peu avant Planckendael, le Studio Majestic a ouvert ses portes, un studio spécialement construit et conçu pour que le reggae y sonne le mieux possible. Majestic est également le nom d'un tout nouveau label belge de reggae, dont la première sortie est une compilation de singles sélectés par Crucial P.
Bruno, le patron du studio nous l'a fait visiter. Il nous a fait voir les doux tapis et tissus rouges qui habillent les parois et les panneaux en bois. Chacune des trois pièces du studio sont des « espaces flottants » : sur le sol, il y a des plaques d'isolants, avec une couche de bois par-dessus, une deuxième couche d'isolant et ensuite seulement, le recouvrement de sol. Sur les murs, il y a une épaisse couche de laine de roche Rockwool, puis un panneau en bois qui sont eux-mêmes masqués par un rideau de théatre.
« Pour faire du reggae, il faut « tuer » le moindre son, explique Bruno. Surtout pour le son de la batterie, pour qu'il ne subsiste aucune résonance. C'est à parti !r de ce moment-là qu'on peut commencer à travailler avec des effets. C'est comme cela également que font les Jamaïquains. Un matelas contre le mur, un enregistrement sec et puis à l'attaque avec les révèrbes et autres. Même pour le punk et le hardcore, c'est une bonne façon de travailler. Pour créer un son équivalent, il faut obligatoirement un grand studio où tu peux définir ta propre acoustique. Dans le caisson d'enregistrement des voix, on « aplanit » également le son tout en essayant de quand même garder une tonalité naturelle. C'est pour cela qu'une personne de la Pianofabriek doit bientôt venir installer des micros pour faire des tests. »
Sur le plan technique, le Studio Majestic répond aussi aux plus grandes exigences. Chaque micro, chaque canal, chaque « aux » ou chaque écouteur peut être connecté aux autres se trouvant dans les autres pièces. On y trouve toute une batterie de Korgs originaux et d'autres synthés, déjà branchés et prêts à l'emploi. C'est vrai qu'il existe maintenant également des softwares pour reproduire les sons des synthés mais ils ne sonneront jamais de manière aussi authentique, et ne seront jamais aussi agréables à utiliser.
La table de mixage est une Sound Trax IL3632 de 1983, qui a été utilisée, à l'époque, par le groupe Yes. Cette table n'est pas forcément une référence dans le milieu du reggae mais elle reste naturellement une table vintage de haute qualité. Et derrière cette table, on trouve un ingénieur du son professionnel, lui-même formé à la Pianofabriek de Leuven. Peter « Crucial P » Piessens devrait être le producteur résident de Majestic, l'homme qui amènera les plus grands talents vers le studio et les fera enregistrer dans des conditions idéales ou encore fignolera et terminera des enregistrements déjà réalisés.
Crucial P est également le sélecteur du label Majestic et voudrait sortir annuellement 6 productions à peu près. Des productions belges, bien sûr, mais également des singles ou des albums originaires de Jamaïque (ou d'autres parties du monde) qui ne sont pas encore sortis de manière convenable chez nous. La première sortie de Majestic est très particulière : il s'agit d'une « reggae box » comprenant 5 singles de toute première qualité avec deux face A. Avec des noms de très gros calibre : Lone Ranger, Bushman, I-Wayne, Mighty Diamonds, Mark Wonder…
"Mais cela a été un réel combat, admet Crucial P. King Jammys voulait me fournir deux morceaux, un très bon Michael Rose de 1985 ainsi qu'un tune du groupe Sensemilal Vibration de 1984. Pas de problème, contrat signé, argent payé. Mais je n'ai jamais vu arriver les deux morceaux. Apparemment, même Jammys n'aurait qu'un single de ces chansons, alors que nous partons toujours des masters d'enregistrement pour nos productions. Nous voulons de la qualité, également au niveau du son. C'est pour cela également que nous pressons sur des vinyls de qualité. »
« Winston Jarret était hyper)-enthousiaste quand il a entendu que nous vouliosn sortir sa version Channel One de Work Up Yourself. Mais il nous a envoyé une version abominable, reprise d'une cassette. C'est vrai que comme cela, 500 Dollars US, c'est vite gagné ! C'était en effet le prix unitaire que j'offrais. »
« A Anvers, j'avais également parlé à Sugar Minott. Nous avions presque un deal mais depuis sa mort, on ne sait plus vraiment qui gère le catalogue de Black Roots. Le fils de Sugar Minott ne semble pas réellement le savoir non plus. A part cela, j'ai échangé des emails pendant des mois avec le chanteur de Te Track. Des échanges hautement positifs, mais là également il n'a jamais rien envoyé malgré les nombreuses promesses. Il y a plusieurs contrats qui ont ainsi capoté. J'aurais bien aimé avoir deux morceaux des années '70 et '80 dans la sélection mais cela n'a pas marché. D'un autre côté, cela a laissé de l'espace pour des talents moins connus comme Junior Culture et pour le travail d'Altafaan, qui est souvent sous-estimé. »
La Reggae Box est sortie en édition limitée de 1000 exemplaires. Est-ce que Majestic pourra tous les écouler ? « Je n'en doute pas, explique Crucial P. Quand je vois le nombre de gens qui collectionnent encore des vinyls et le renouveau de popularité du disque, je sais qu'il y a encore un public pour ce genre de produit. Et puis attendez que les Japonais en entendent parler. C'est possible qu'ils viennent nous acheter tout le stock ! »

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
Apr 12, 2011