
Le concert était tout aussi bon que l'année passée au Couleur Café, seulement un peu plus long et dans une des meilleures salles de concert du pays. Hiphop & reggae: one love.
Cela fait presque 31 ans que Bob Marley s'est produit pour la dernière fois à Forest National. Je ne me souviens pas que le public d'alors était autant en délire que lundi dernier. En tout cas, je crois que Bob aurait été un fier papa. Pas seulement parce que son plus jeune fils a hérité de son surnom, Junior Gong, ni parce qu'il continue à interpréter avec une verve sans pareille les chansons de son père partout dans le monde. Cela, il le faisait déjà quand il était venu pour la première fois en Belgique au début du siècle, avec son demi-frère Julian et un groupe de musiciens jamaïquains renommés. En 2006, alors qu'il surfait sur la vague créée par la sortie de son album Welcome To Jamrock, il avait également interprété plusieurs chansons de son père.
Maintenant qu'il est en tournée avec le rappeur américain Nas, il ne faillit pas et paie toujours les hommages à Bob. On aurait dit que ces War/No more trouble et Could you be loved sonnaient encore mieux et encore plus fort ce lundi que dans le Forest National d'il y a trente ans, bien qu'il faut admettre que la qualité de l'installation sonore a nettement évolué.
Bob aurait eu une autre raison d'être fier. Damian a réalisé un rêve que Bob n'a pu atteindre. A l'aube de sa première grande tournée américaine, qui devait consacrer son succès mondial quelques mois après son passage à Forest National, Bob s'est effondré au cours d'un jogging et est mort une petite année plus tard d'un cancer. Damian Marley lui a pu percer sur le marché américain, même si ce n'est pas avec du reggae classique. Depuis plusieurs années, sa musique est métissée de Hip Hop et cela s'est confirmé depuis qu'il a sorti l'album Distant Relatives avec Nas.
Pour les fans de reggae et de Hip Hop, il s'agit d'un mariage naturel. Ils savent que le hip hop est né de la culture des sound systems jamaïcains et que les deux genres musicaux, se sont rapprochés musicalement parlant au courant de la dernière décennie. Au niveau textuel, Nas et Damian retournent aux lyrics militants des rastas et des rappeurs des années '70 et '80. Leur travail fait preuve d'une forte conscience historique qui allie les métaphores bibliques aux mots de Malcolm X, Martin Luther King, Marcus Garvey et Barack Obama. "President Mugabe holding guns to innocent bodies in Zimbabwe" . En outre, ils utilisent des samples de Amadou & Maryam, Mulatu Astatk, Dennis Brown et (naturellement) Bob Marley. Ils font également valoir une bonne connaissance trouvailles préhistoriques comme la Pierre de Rosette. C'est vrai qu'en live, on ne peut pas capter toutes les finesses des textes, mais pour ceux qui ont acheté le CD et disposent du livret avec les textes, cela vaut la peine de les lire.
En plus de tout cela, la production musicale sophistiquée de l'album est rendue de manière beaucoup plus rude et énergique en live. Les 6 musiciens, le deejay (qui a lancé la soirée avec un mix rapide de hits reggae et hip hop) et les deux choristes (sur les traces des I-Threes de Bob Marley) créent un son riche, plein de variations. Ils convainquent tout autant sur du reggae lent et posé que sur les beats funky de Nas, qui, tout comme Damian Marley, prend le temps de proposer son œuvre solo : Represent, If I ruled the World, Hiphop is dead, Hate me now.
Les deux chanteurs se donnent la réponse sur les morceaux qu'ils ont enregistrés en commun sur l'album Distant Relatives : Nas avec son flow impeccable et Damian avec son reconnaissable style « singjay » à la jamaïcaine. On dirait que le reggae et le hip hop ont toujours été unis.
Ce soir-là, deux lois ont été transgressées collectivement à l'Ancienne Belgique : l'interdiction de fumer (l'annonce dans les haut-parleurs a été accueillie avec des rires moqueurs et des sifflets). Il faut dire qu'il n'y a finalement pas beaucoup de tabac qui a été fumé… Et puis la loi sur les normes de bruit. L'ingénieur gardait soigneusement le niveau sonore dans les limites autorisées mais les cris du public ont atteint les 112 décibels avec une pointe à 115dB. (Au concert de Justin Bieber, des pointes de 140dB ont été notées). Je me demande quelle loi pourra y faire quelque chose…
Traduction : Irie Nation

Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).
Apr 04, 2011