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Live Forever: Bob Marley's last stand
Roots & CultureMar 29, 2011

Live Forever: Bob Marley's last stand

By Jah Shakespear

Trente ans après la mort de Bob Marley, Universal sort Live Forever, un enregistrement du tout dernier concert de Marley à Pittsburgh.  Trois LP de 180 grammes, deux CDs, de superbes photos et une reproduction du programme original.  Pour tous ceux qui ont déjà tout de Bob Marley et n'en ont jamais assez.

Trente ans après la mort de Bob Marley, Universal sort Live Forever, un enregistrement du tout dernier concert de Marley à Pittsburgh.  Trois LP de 180 grammes, deux CDs, de superbes photos et une reproduction du programme original.  Pour tous ceux qui ont déjà tout de Bob Marley et n'en ont jamais assez.

Le 22 juin 1980.  Pour la première fois de ma vie, je me trouve en face de Forest National, la plus grande salle de concert de Belgique.  Avant cela, j'avais déjà pu voir Steel Pulse à la Roma (Anvers) et un mois plus tôt à peine, les Capital Letters à l'Ancienne Belgique.  Et maintenant, j'avais directement la chance d'assister au concert du roi du reggae, la superstar de cette musique qui m'avais conquis.  A l'époque, je n'avais qu'un seul disque de Bob Marley & The Wailers, Exodus, en plus d'une cinquantaine de LP et d'une trentaine de maxis.  Que du vrai roots et du dub, des imports et des sorties anglaises, du « vrai » reggae d'Angleterre.  Croyez-le ou pas, il m'a fallu des années avant que je ne me constitue une sérieuse collection de Bob Marley.  Et comme tous les pseudo puristes, je considérais les enregistrements pour Studio One et Lee Perry comme les plus grands chefs d'œuvre de sa carrière.  Comme si ce qu'il avait fait pour Island n'avait été que du crossover commercial.

Depuis, j'ai appris.  Au plus je vieillis, au plus Bob Marley me touche profondément et au plus j'ai de l'estime pour son travail.  Il a élevé le reggae au niveau du rock classique, au niveau des Beatles, des Rolling Stones, Led Zeppelin, ou encore, du côté plus obscur du spectre, James Brown, Sly & The Family Stone et Marvin Gaye.  Jusqu'à preuve du contraire, il est le seul artiste jamaïcain qui ait obtenu une place dans la galerie d'honneur des tout grands.  Avec tous nos respects pour Burning Spear, Peter Tosh, The Skatalites et leurs glorieux compatriotes. Trente ans après sa mort, Bob Marley est toujours un des artistes qui vend le mieux au monde, une légende qui continue à émouvoir et inspirer quotidiennement.

A l'entrée du concert, quelqu'un m'a proposé 5000 francs pour ma place.  125 euros.  Avec cela j'aurais pu acheter au moins dix disques d'import jamaïcains.  Mais je n'ai pourtant pas hésité un instant.  Je voulais voir Bob Marley.  Moi et mon cousin nous sommes dépêchés d'entrer.

Je lui ai alors demandé "S'il te plaît, ne dis pas à mes parents que je fume des cigarettes".  J'avais 19 ans et à la maison, personne ne savais que je fumais des cigarettes.  Mon premier spliff avait été un mois plus tôt, après le concert des Capital Letters.

Mon cousin m'a répondu : « Ok, mais alors ne dis pas aux miens que je fume des joints. »  Puis il s'est fondu dans la foule vers l'avant de la salle.  Moi, je suis resté à hauteur de l'ingénieur du son.  Surtout parce que tout l'avant est déjà rempli.  Il n'y avait presque pas de place pour bouger.  
Bob Marley est alors apparu sur scène.  Derrière lui, l'immense illustration de Uprising, son dernier album studio ainsi que le nom de cette tournée.  Bob est petit, plus petit que je ne le pensais, mais il rayonne de force et de chaleur.

« Greetings in the name of His Imperial Majesty, Jah! Rastafari! Ever living…"  Nous connaissions déjà tous cette salutation, d'avoir écouté le double album Babylon By Bus.  Mais l'entendre en live, c'était carrément autre chose !  Les Wallers sont ensuite montés sur scène sur le puissant rythme de Natural Mystic, mon morceau préféré de Bob Marley, une chanson parfaite en ouverture.  Il n'y avait pas de place pour skanker mais un mouvement de danse collectif est né, un groove commun sur le beat, tout le monde était dans la même vibe.  C'était le début d'un concert mémorable, je l'ai su dès les premières notes. 

Positive vibration, Burnin' & lootin', The heathen, War, No woman no cry, Jamming, Exodus, Crazy baldhead, Is this love: chaque morceau que Bob Marley & the Wailers jouaient était un classique.  Parmi ses nouveaux morceaux, il a eu le Redemption Song.  A vous faire frissonner, avec Bob en solo guitare au début, et à partir du deuxième couplet avec tout le groupe, nyahbingi style.  Et encore, nous ne comprenions à l'époque pas grand-chose au texte.  Coming In From The Cold, m'a aussi laissé une forte impression, avec son intro cristalline.  Nous ne connaissions pas plus le nouveau Could You Be Loved mais le morceau a mis le feu à Forest.  Ce sont mes souvenirs de ce fabuleux concert de cette dernière et fabuleuse tournée mondiale.  Cette année-là, Bob Marley & The Wallers ont joué rien qu'en Europe pour un million de spectateurs.  Le record a été atteint au Stade de San Siro à Milan avec 100.000 fans.

Trois mois plus tard commençait la partie américaine de la tournée.  Ils ont joué à Boston, Providence (Rhode Island) et New York City, où le Madison Square Garden s'est rempli par deux fois pour un triple concert : Bob Marley, Kurtis Blow (le rappeur) et The Commdores (de Lionel Richie).  La chanson Could You Be Loved tourne en forte rotation ('in heavy rotation') sur les radios américaines.  Le marché américain semble enfin prêt pour le reggae, le rêve de Bob Marley se réalise.

Le lendemain du concert de New York, Bob part faire un jogging à Central Park, en compagnie de son ancien manager Danny Simms et de son ami Alan 'Skill' Cole, le footballeur qu'il a remercié de son amitié et de sa loyauté en lui donnant les droits sur plusieurs de ses chansons.   Soudainement, Bob s'effondre.  Il est emmené en toute hâte à l'hotel.  Comment était-ce possible ?  Lui, le représentant du ital vital, qui considère son corps comme un temple , qui essaie de manger et vivre de la manière la plus saine qu'il soit…

C'était le cancer qui l'attaquait.  Ce cancer qu'il n'avait jamais voulu soigner et qui avait été causé par une blessure bénigne de l'orteil.  Mais cela Bob ne le savait pas encore.  Son management a envisagé d'annuler le concert au Stanley Theatre de Pittsburgh du 23 septembre 1980.  Mais Bob ne voulait pas laisser tomber ses fans ni ses musiciens.  Avec ce qu'il lui restait de force, il a encore une fois livré un concert en béton, comme il l'avait toujours fait et comme le public l'attendait de lui.  Universal (qui est maintenant la maison-mère d'Island Records) sort donc maintenant ce concert mémorable sous forme de coffret de luxe avec deux CD et trois vinyles.

Ce n'est sûrement pas le meilleur album live du King.  Il n'est pas aussi ardent et marquant que Live (1975) ou aussi époustouflant et exubérant que Babylon By Bus (1978).  Et certainement pas aussi déchirant que les enregistrements live de 1976 qui sont sortis il y a quelques années sous le titre Live at the Roxy Theatre et qui sont mes favoris dans cette catégorie.  Au concert de Pittsburgh, les cuivres n'étaient pas de la partie et le synthé primitif prend donc un rôle dominant.  Le bruit du public semble sortir d'une petite boîte.  Peut-être parce que la musique a été enregistrée directement de la table de mixage et qu'il n'y avait pas de micros côté public.  Dans les deux morceaux de clôture, Work et Get up stand up (la toute dernière chanson qu'il ait donc chantée en live) , on dirait que le micro a rendu l'âme et que sa voix ne doit plus compter que sur ses propres forces.  Une erreur technnique involontaire mais symbolique. 

Mais quelle puissance malgré tout, même dans ses tout derniers woyo-woyoyoyo. Quelle énergie et quelle conviction!  Bob, avec sa voix éraillée et ses lyrics mystiques, les Wailers avec leurs riddims entrainants, les I Threes en harmonie avec le groupe.  Les guitares solo de Junior Marvin et d'Al Anderson sont fortement présentes, comme les  Américains aiment les entendre, dans le reggae également. 

C'est surtout le fait de savoir que c'est le tout dernier concert que Bob ait donné qui donne une dimension émotionnelle supplémentaire à ce concert.  En l'écoutant, lisez le texte original qui se trouve dans la reproduction du programme original, ainsi que les notes correspondantes qu'on trouve sur les pochettes des LP.  On y parle de ces derniers jours à New York et Pittsburgh.  Je n'ai en tout cas pas pu retenir mes larmes.

Le coffret 'Limited Edition Collector's Box Set' Live forever est une version de luxe dont les LP, des – '180 gram audiophile virgin vinyl' – sont emballés dans de belles housses cartonnées avec de grands photos en noir et blanc ou en couleurs.  Avec une reproduction du programme de la tournée Uprising.

Live Forever: Bob Marley's last stand

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Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Published

Mar 29, 2011