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HelpJamaica Benefit: proud to be Beljam
Event ReportNov 27, 2010

HelpJamaica Benefit: proud to be Beljam

By Jah Shakespear

Quatre heures de reggae belge live et pas une minute d'ennui.  Rien que pour cela, la soirée caritative « Help Jamaica » était historique.  Et pour les vibes, naturellement.  Positives et solidaires.  On avait rarement vu autant d'unité et d'harmonie entre les rastas et les rude boys, entre les jeunes et les vieux, entre les dub massive et les dancehall crew…  Les bénéfices de cette soirée solidaire très réussie viendront à point pour des projets en Jamaïque. 

Depuis le concert de Midnite en juillet, je n'étais plus resté aussi longtemps debout à un concert.  Et cela faisait encore bien plus longtemps qu'autant d'artistes différents ne m'avaient aussi agréablement surpris en une seule soirée.
Il ne s'agissait pas de Jamaïcains ou d'artistes internationaux mais d'artistes bien de chez nous.  Des artistes dont le cœur a été conquis par le reggae et qui, malgré qu'il n'y ait quasiment aucune possibilité de carrière dans ce milieu, persévèrent dans la voie du reggae.  Il n'y avait presque aucun chanteur ou musicien professionnel au Petrol vendredi dernier, mais cela ne s'entendait pas.  C'était du grand show, point à la ligne.  Et pas juste de « niveau belge ».  Avec Asham dans une forme époustouflante en tant que backing band.  En tant qu'intro, ils nous ont joué un mix d'instrumentaux de Sugar Minott.  Un mix de riddims Studio One et foundation.  D'emblée, nous avons été pris par un son reggae rond et chaleureux.  Avec un percussionniste en plus, trois cuivres, et la meilleure section rythmique du pays : Wim 'Daddy Radics' Verbruggen à la batterie et aLion à la basse.  Radics est un homme qui fait le lien entre différentes générations.  Au milieu des années '90, il était déjà à l'affiche du festival Hove Live avec King Flashman (a.k.a. Ras Feel, qui était le premier chanteur belge de reggae, à la fin des années '70). History, mystery, prophecy.

Meilleur MC
Fireman de Groove Station présentait les artistes comme s'il avait fait cela toute sa vie.  En patois jamaïcain impeccable, qui plus est, avec respect pour tous les artistes et sur un fond de Stalag riddim.

Meilleure chanteuse
La tâche ingrate de lancer les hostilités revenait à Onesty.  C'était son premier concert depuis la naissance d'une petite fille cet été – une petite avec des racines, belgo-hispano-jamaïcaines.  Onesty lui a d'ailleurs dédié une très belle chanson.  Elle reste pour nous la seule chanteuse de reggae complète en Belgique, dans un petit monde qui est dominé surtout par les hommes.  Prenons donc bien soin d'elle !

Meilleure prestation scénique
C'était la première fois que les Rupelsoldaten se produisaient avec un groupe et ils s'en sont bien sortis.  Est-ce que vous avez déjà vu cela ?  Cinq rappeurs et MC's ensemble sur scène qui se donnent la réplique en dialecte et en flamand local.  Et qui en plus ose monter sur scène en treillis militaire avec des mitraillettes en plastique.  Et puis il n'y a que dans le reggae qu'on peut ainsi faire un son sur la ganja et s'en allumer un juste derrière !  Avec le Truths and Rights riddim en plus…. Excellent !

La meilleure surprise
Jagan venait de Liège et ils nous ont livré des morceaux très ambitieux, teintés d'une petite touche de rock.  C'est d'ailleurs pour eux qu'Asham avait amené un guitariste supplémentaire  Pour le reste, Asham interprète avec le même talent, les riddims Studio One ou dancehall.
Jagan chante, rappe ou adopte le style singjay, avec une voix aiguisée et aigüe, et se fait accompagner par une puissante deuxième voix, un réel Nattyman.  A tenir à l'œil !

Artiste le plus drôle
C'était King Johnny, tout naturellement, a.k.a. Johnny den Artiest.  Il avait amené, en tant qu'assistant, Jay de High Grade Sound.  Celui-ci a essayé de rivaliser avec son patron en matière de mauvais goût vestimentaire.  Mais sans y parvenir…  King Johnny ressemble à un Andy Kaufman flamand, impossible de se départir de cette impression.  Ses deux choristes, toutes les deux attifées de manière tout aussi kitsch, l'accompagnaient.  Malgré le look elles avaient des voix tout à fait charmantes.

King Johnny chante à propos des 'wietsmoorders' et des 'schoon maskes' (respectivement les fumeurs de ganja et les jolies filles, en patois anversois).  Ses textes activent immanquablement les zygomatiques et donnent une nouvelle dimension à des riddims classiques du reggae come le Far East.  Au lieu de dire « Run It » au backing band, il dit « Smèt 'm'».  Puis chante que « Tout le monde voudrait être Johnny»  et fait chanter le public qui se marre.  C'est vrai, Johnny parle beaucoup de lui-même mais avec un énorme clin d'oeil.  Du reggae pour rire.  Encore quelque chose de typiquement belge.

Meilleur talent
Collieman a confirmé tout le bien qu'on a déjà pu dire ou écrire à son propos.  C'est peut être le premier vrai chanteur de reggae que l'on connaisse chez nous, avec ces intonations jamaïcaines, une voix qui oscille entre Tarrus Riley et Tenor Saw (mais qui reste elle-même), avec ces paroles « conscious », le patois qui sonne vrai et une joie et un rayonnement naturel. 

Ses chansons varient entre un rockers plutôt uptempo et un roots lascif, entre une version presque méconnaissable du Rocking Time riddim et un énergique « Let's get funky », dédié à sa chérie.  En tant que vétéran parmi les fans de reggae, cela m'a ému.  Tout ce que l'on a fait pour le reggae n'était pas vain, c'est ce qu'on s'est dit en voyant ce chanteur.  Heureusement qu'on avait gardé en vie la flamme du reggae. 

Meilleur artiste francophone
Ce titre, cela fait plusieurs années que Uman peut le revendiquer et il est encore une fois venu prouver pourquoi.  Hardcore ragga, Revolution riddim, Bienvenue en Belgique (Jamrock): c'était probablement le concert le plus puissant.  Du reggae et du dancehall de première classe avec une touche bruxelloise. 

Meilleure superstar
Coco Jr. ne reçoit que trop peu de respect pour son rôle comme ambassadeur du reggae en Belgique.  Déjà dans les années '90, il mêlait le reggae des Caraïbes avec une pop funky au sein du groupe Dinky toys.  En 1998, il a sorti « Acting Like Glass », un album enregistré au studio Mixing Lab de Sly & Robbie.  Au début de la dernière décennie, il écumait les salles avec un groupe de reprises de reggae.  Il y a bien peu de musiciens qui ont fait tourner le reggae de manière aussi intense.  Au Petrol Club, il a donc gâté les connaisseurs avec des reprises de Buju Banton, Dennis Brown, Everton Blender, Tarrus Riley ou les Heptones… Hits à go-go!   Coco n'était pas tout à fait en grande forme côté voix, mais la présence de deux choristes compensait et Asham veillait également au grain avec ses solides riddims.  Un final rêvé pour ce showcase 100% Beljam !

Et puis, il y avait bien sur le deuxième groupe de la soirée sur scène : Pura Vida.  Un groupe roots au style propre et qui, en live, est toujours une expérience particulière.  Le son aurait pu être meilleur.  Surtout pour les claviers et la guitare rythmique que l'on entendait à peine.  Enfin, il en faut plus pour les arrêter, leur monde est empli de différentes sonorités et il restait de quoi apprécier leur concert. 

Par exemple, les chœurs par Collieman et Saimn-I ou une impressionnante section de cuivres.  Puraman lui-même, le chanteur qui fêtait son anniversaire, offrait toutes les facettes de sa richesse vocale.  'Struggle in the city', 'Time of decision', 'No way out' : autant de tunes puissants qui n'ont pas du tout à rougir de la musique que font beaucoup de groupes américains ou européens qui opèrent dans le même registre.

Je me suis surtout réjoui de la présence d'un invité spécial : Erik Judah, celui qu'on appelait avant Little Herbie.  C'est un autre vétéran de l'histoire du reggae belge.  'Good Will Overcome' est pour moi maintenant un classique vintage qui vaut bien un Bob Andy ou un Joe Higgs.  Le nouveau morceau 'Well Dread' confirme que Judah a finalement trouvé un groupe qui puisse fournir une musique adaptée à ses superbes chansons.  Je l'avais rarement entendu chanter aussi bien. 

Après Pura Vida, les sound systems devaient commencer les deux after-party (reggae/dancehall et Dub).  C'était une soirée mémorable qui appelle à une deuxième édition ! Beljam reggae is cool & deadly.

HelpJamaica Benefit: proud to be Beljam

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Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

DubRootsDancehallReggaeNew Roots

Published

Nov 27, 2010

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