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Welcome back, Apple Gabriel
ActuNov 15, 2010

Welcome back, Apple Gabriel

By Jah Shakespear

C'est assez rare que l'on consacre un article complet à la sortie d'un nouvel album.  Mais dans le cas d'Apple Gabriel, c'est avec plaisir qu'on fait une exception.  Pas seulement parce qu'il nous manque toujours cruellement comme troisième voix d'Israel Vibration mais surtout parce que son album Teach Them Right est une production très réussie, signée par les Hollandais de Not Easy At All Productions et de Jah Solid Rock.

Après son départ du groupe Israel Vibration, Albert 'Apple' Craig (le nom d'ange 'Gabriel' ne lui a été ajouté que plus tard) avait sorti un album.  C'était Another Moses, sorti chez Ras Records en 1999.  Ce qui semblait le début d'une belle carrière solo s'est finalement révélé être son chant du cygne.  Apple est devenu malade, est retombé dans la pauvreté et certains ont même affirmé qu'il était sans abri.  Il avait abouti dans un cul-de-sac alors que ses deux anciens collègues continuaient à faire des tournées triomphales en Europe, aux Etats-Unis et au Japon.  Pas facile, en tant que vétéran rastaman, de se refaire une place, dans un monde où il y a une sur-offre d'artistes reggae et où chacun essaie de se maintenir dans un marché du disque errant.

Bravo donc à nos amis néerlandais de Not Easy At All Productions et de Jah Solid Rock, 'Music from the heighest region'.  Ils avaient déjà sorti l'excellent album Judgement Time de Chezidek au début de l'année.  Teach them right d'Apple Gabriel a le même son clair et mature.  Un son chaud et vivant, créé par de vrais musiciens, un hommage au reggae roots classique des années '70.  Dans cet album, le chanteur approche bien plus la perfection de l'Israel Vibration original, à trois (comme sur The Same Song ou Strength of My Life) que l'actuel duo Wiss et Skelly.  Même les chœurs n'ont rien à envier à ceux de l'époque, bien que Apple les ait tous chantés lui-même, seul.

'To all those homeless people/I know your cry': c'est avec ces mots déchirants que le chanteur entame le titre Mr Conman.  Le premier morceau de l'album touche directement, musicalement et dans les textes.  Sur le titre No equality, il continue à disserter sur les thèmes de l'injustice et de la résistance.  In the jungle, décrit la dureté de la vie, ce dont Apple peut témoigner à juste titre.  Il ne s'agit sûrement pas de métaphores gratuites mais d'histoires réalistes des rejetés de la société.

Dans Gifted ones, Apple rend hommage à ses héros musicaux : Stevie Wonder, dont il chante 'till the morning'. Marvin Gaye, 'what's going on'. Michael Jackson, 'the man in the mirror'.  Ca continue avec 'Wanna be starting something,' puis avec Donna Summer, 'love to love you'. Il y reprend aussi Smokey Robinson, 'just to see her'. Al Green, 'here I am'. Wilson Pickett, 'midnight hour'. Diana Ross, 'upside down'.  Et finalement, la plus belle citation de toutes: 'there is no end to a good thing', repris….d'Israel Vibration. Fabuleux.

Give them love, sur un des riddims déjà utilisés par Chezidek et d'autres artistes roots, contient une critique ouverte contre les lyrics homophobes et les pratiques de beaucoup de ses collègues et compatriotes : 'Don't you fight the gays and the lesbians'.  Je suis quand même content que quelqu'un le dise une fois.  Hypocrites est une chanson sur un thème traditionnel des rastas mais, à nouveau, Apple y apporte des éléments de son expérience personnelle : la vie de misère qu'il a du vivre ces dernières années. 

We are the World n'est pas une reprise du hit mondial des années '80 et n'est pas non plus un ramassis de clichés.  C'est encore un des morceaux irrésistibles de cet album.  Praise Jahoviah pourrait aussi être un gros cliché mais on sait et on entend que Apple est convaincu de ce qu'il chante, qu'il honore Jah avec conviction et confiance, renforcé par une section de cuivres.  She's my comforter sonne un peu trop mielleux pour moi, mais j'imagine que cela fera craquer certaines des ladies.  Avec Tower of Babel, Apple se concentre encore une fois la stupidité et la folie des hommes, telle qu'il a pu la connaître.

A part ce dernier titre, chaque morceau est accompagné de dubs bien travaillés.  Un bonus non négligeable en ces temps de disette pour le dub, en tout cas dans les productions vocales de roots classique.  Manu Genius et Marc Baronner, producteurs et compositeurs de cet album, disent s'être bien amusés en studio.  En tout cas, ils ont maintenant une sérieuse carte de visite à présenter !

Welcome back, Apple Gabriel, rastaman from the heart. Il n'a jamais été quelqu'un de facile (ce qui rend encore plus honorable l'initiative des Hollandais)  mais il reste néanmoins une excellent et un authentique chanteur roots, qui est parvenu à adapter l'ancienne oeuvre et le son d'Israel Vibration à  notre époque.

Welcome back, Apple Gabriel

About the Author

Jah Shakespear
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Il écoute du reggae depuis 1977, écrit à ce propos professionnellement depuis le début des années '80 (De Morgen, De Standaard, P-Magazine, Highlife et de nombreux autres périodiques) et a créé ce site en 2002. Auteur de 'De Rasta Revelatie' (2008) et 'In Het Spoor Van De Keizer' (2016).

Genres

RootsReggae

Published

Nov 15, 2010