
By Jah Rebel
Quand il était enfant, il a pris part à plusieurs comédies musicales, et a ensuite pris la route du reggae. Collieman est la nouvelle sensation nu-roots belge. Outre sa superbe voix et les excellents riddims qu'il compose, ses textes sont conscious et originaux. Tout comme Johnny Den Artiest, il a gagné le concours de vi.be et il pourra démontrer ses talents au monde du reggae belge sur la scène de Reggae Geel. Ce jeune Flamand de 22 ans est un talent à tenir à l'œil…
Comment as-tu découvert que tu avais un certain talent pour le chant ?
"C'est quelque chose que j'ai découvert il y a déjà longtemps. Quand j'étais enfant, j'ai joué dans de grosses productions à Anvers, comme Les Misérables. Quand j'ai commencé à avoir de la barbe, j'ai arrêté et j'ai laissé la musique de côté pendant un bout de temps. Plus tard, j'ai reçu une guitare et j'ai acheté une batterie. Grâce à cette guitare, j'ai recommencé à chanter. J'ai donc redécouvert le plaisir de chanter et j'ai donc persévéré. Au début, je chantais un peu de tout, je n'étais pas lié à un style en particulier. Puis, quand j'ai découvert le reggae, il y environ 5 ans, j'ai été directement conquis. Tous les messages contenus dans cette musique me touchaient et je me suis laissé peu à peu envahir par le reggae."
Comment as-tu choisi ton nom ?
"C'est venu très naturellement, à cause de mon nom de famille. Je m'appelle Stefaan Colman, donc Collieman a été vite trouvé. « Collie » fait également référence à la plante qui provient de la Terre, c'est important pour moi."
Comment est-ce que tu crées tes morceaux ?
"Cela commence souvent par un texte, en général de la poésie, auquel j'ajoute de la musique par la suite. Parfois, les deux viennent en même temps : alors je prends ma guitare et commence à chanter. Parfois, j'ai une musique et puis j'y accole un texte. Parfois, un compositeur crée un riddim qui m'inspire et j'écris un texte spécialement pour ce riddim… Le processus de création n'est donc pas unique, cela peut se passer de différentes manières. Je sors aussi des riddims : je suis pour l'instant en train de préparer un album avec Jah Generation et j'écris également pour Collieman & The Mighty Sunscape. Tout le travail se fait en commun bien sûr…"
Quel est le lien entre Collieman et le groupe Pura Vida ?
"Nous sommes un groupe des personnes qui sommes tous occupés à la même mission et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois ces dernières années. Nous (Jah Generation) avons souvent joué leur première partie et sommes donc entrés en contact avec Puraman Bregt. Tu sais bien comment ça se passe. Nous avons pris rendez-vous dans son studio et y avons enregistré un morceau. L'instant d'après, il me demandait si je ne voulais pas y venir pour enregistrer des chœurs pour lui. Ce à quoi j'ai directement répondu « Oui ». Au plus on est de fous, au plus on rit ! Ils m'ont accueilli en leur sein et je m'y suis très bien senti, comme dans une famille, très irie. Musicalement, Bregt est très fort, il pourrait sortir plusieurs albums en même temps. C'est un réel plaisir de travailler avec lui. Je l'accompagnerai également comme choriste au Festival de Geel."
Comment ressens-tu ta victoire au concours de vi.be ainsi que la chance d'être en tant qu'artiste solo sur la scène de Reggae Geel ?
"J'avais en fait un peu oublié que je m'étais inscrit à ce concours. Cela ne m'empêchait donc pas de dormir ! Mais bien sur je trouve cela fantastique de recevoir cette opportunité. C'était déjà la folie d'y être avec Pura Vida, mais alors maintenant en solo ! Cela doit être dû à une sorte de mystique naturel. A cause de certaines circonstances, je n'ai jamais été présent à Reggae Geel donc je suis très curieux de voir ce que cela donne."
Quels artistes t'inspirent ?
"C'est toujours le message qui est primordial. Même si la musique assure, si le message ne m'intéresse pas, il y a peu de chances qu'une chanson finisse dans ma collection. Quand j'ai découvert Tarrus Riley, j'ai été fortement impressionné, j'adore sa musique. Il est également très conscious et on ne trouve pas de slackness chez lui ! Je trouve également Horace Andy fantastique : chaque fois que j'écoute ce chanteur, j'en attrape la chair de poule. Musicalement, le top, c'est Groundation. Ils ont toujours été un exemple à suivre pour Jah Generation. C'est d'ailleurs un peu grâce à eux que nous sommes nés : nous nous sommes rendu compte que nous devons également propager un message."
"Nous sommes également allés voir Midnite au Petrol ensemble. C'était vraiment la « grand messe du reggae », je ne trouve pas d'autres mots. Ce n'était pas un concert avec beaucoup d'arrangements ou de blabla. Tout ce qui importait était le message. Le chanteur, Benjamin Vaughn, est vraiment une personne très humble. C'est vraiment ce genre de personnage que j'admire. Il n'est pas là pour se vendre mais pour faire passer son message. Par exemple, il y avait un gars à l'avant qui se comportait de manière un peu sauvage et Vaughn s'est avancé pour le calmer. Des gens comme lui sont des visionnaires, des gens à qui on devrait donner la parole en priorité au lieu de la donner par exemple à des gens comme les prêtres catholiques. Ils sont déjà à un niveau supérieur. Ils sont en phase avec le monde d'aujourd'hui et ne restent pas attachés à leurs dogmes. Je trouve cela fantastique."
Est-ce que toi même tu es croyant ?
"Non, je suis une personne avec un aspect scientifique trop développé pour pouvoir être croyant. Je crois essentiellement en la vie présente et je trouve déjà cela magique. Je n'ai pas besoin de croire pour pouvoir profiter de la vie. C'est sûr que j'adhère au côté philosophique de rastafari, mais je ne dirai jamais que je suis un rasta à 100%. J'ai pris des influences à gauche et à droite. J'essaie de retenir tout ce qui est bon. On peut apprendre plein de choses de Selassie tout comme on peut en apprendre de Bouddha. Cela ne veut pas dire que je suis d'accord avec tout. Je ne pourrais en aucun cas idolâtrer un tel personnage. Je trouve que c'est aller trop loin, c'est trop radical."
Tu te présentes comme un artiste conscious, comment est-ce que cela se reflète dans ta vie dans notre société actuelle ?
"J'essaie de respecter les gens que j'aime dans leurs décisions et je leur fais savoir que je les apprécie. J'essaie également d'y réfléchir à deux fois avant de faire ou dire quelque chose. Le reggae m'a rendu beaucoup plus conscient et m'a permis de voir tout ce que je pouvais changer dans ma façon de penser. Je suis également devenu végétarien. Par contre je doute qu'être végétalien soit possible chez nous car la qualité de nos fruits et de nos légumes n'est pas assez bonne. En Jamaïque, cela est plus possible. Je fais également attention à moins rouler en voiture. Je ne suis pas non plus du genre à arnaquer les gens : mentir n'est pas mon truc."
Tu as accompagné Puraman Bregt en visite chez les Congos en Jamaïque, est-ce que ce voyage t'a changé ?
"Un peu quand même… Je ne connaissais pas vraiment les fondements des rastas et ne pouvais pas exactement m'imaginer leur façon de vivre. Il y en a bien en Belgique, mais ce n'est qu'une imitation du modèle original. J'ai vécu toute ma vie en Belgique et n'avais jamais franchi les frontières de l'Europe. Tout ce que j'avais pu voir était un paradis financier. Quand tu arrives en Jamaique, cela t'ouvre les yeux. Cela permet de voir comment se passe la vie de l'autre côté du monde. Quand je suis ensuite rentré en Belgique, il y avait plein de choses que je ne pouvais plus supporter…. Il y a des gens ici à qui on voudrait simplement dire « Profite de ta vie ! ». La vie est facile ici mais il y a énormément de gens que passent leurs journées à se plaindre et à pérorer pour n'importe quoi. Parfois je me demande « Mais de quoi est-ce que nous nous soucions ? »"
"J'ai aussi remarqué que le style de vie de la Jamaïque est un style de vie où je me retrouve bien. C'est une façon toute autre de vivre. Je préfèrerais habiter là-bas qu'ici en ville où les gens ne font que se croiser toute la journée. Cela peut paraître bizarre mais il y a des chances qu'un jour j'arrête presque tout ce que je fais maintenant pour aller vivre la vie à propos de laquelle je chante tout le temps. Je chante « Nous devons quitter Babylone ». Mais un jour il sera temps que ce message se reflète également dans mes actes. Cela se passe comme cela dans ma vie : parfois j'écris quelque chose et ensuite je m'y tiens comme à un principe. Je ne suis pas un menteur et je n'aime pas tourner autour du pot. Si je dis que je veux partir d'ici et si je dis que je veux mener une vie organique, je suis sérieux. Cela peut sembler utopique, mais je pense que c'est réalisable."
"Les Congos m'inspiraient déjà avant que je fasse ce voyage en Jamaïque, ils sont incroyables. La vie qu'ils mènent là-bas est fantastique. Ils ont déjà tous environ 70 ans mais restent très jeunes d'esprit et sont en phase avec le monde. Ils acceptent d'apprendre quelque chose de la part de quelqu'un de plus jeune et ne se comportent pas comme de vieux sages qui savent déjà tout, bien que c'est ce qu'ils sont à mes yeux. Ils disent toujours « Everything is Everything ». C'est un concept qui va me rester toute la vie. Avec le mystique naturel ambiant en Jamaïque, tu peux vivre des choses que tu n'aurais jamais imaginées possibles. Il ne faut pas trop réfléchir, just go with the flow."
Qu'est-ce qui t'inspire pour tes textes ?
"Je vis beaucoup de choses dont je pense « Comment est-ce possible que cela m'arrive, à moi ? » Je lis ensuite beaucoup et garde un œil sur les médias. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans le monde qui dépassent notre entendement, par exemple la marée noire de chez BP. Il faut que j'écrive une chanson à ce sujet parce que je trouve grave que ce genre de chose puisse se passer. Ce genre de chose m'occupe parfois des journées entières. Les pensées et les émotions qui en ressortent donnent souvent naissance à une chanson. Tout ce que j'écris est inspiré par la vie, cela ne veut pas dire que cela m'est arrivé personnellement, mais cela peut arriver à d'autres. C'est de la réalité. Je ne veux pas que les gens me voient juste comme quelqu'un qui chante bien. Je veux que mon message ressorte et que les gens sachent ce que je dis. La musique vient naturellement chez moi. Mais parfois, il faut que je prenne quelques heures pour réfléchir et faire le point sur ce qui s'est passé ces derniers temps. En général cela vient de soi, comme une sorte de méditation."
"Je veux vraiment faire passer mon message. Même si dans toute ma vie je ne peux influencer que les pensées d'une dizaine de personnes, alors ma mission est accomplie. On essaie de faire passer énormément de mensonges dans les médias et via d'autres canaux. J'espère que je pourrai par exemple convaincre des gens de ne pas tout croire ou de devenir végétariens."
Quels sont tes projets d'avenir ?
"A la fin du mois d'août, il y a la première de Collieman & The Mighty Sunscape. Nous avons accueilli quelques nouveaux musiciens et sommes prêts pour le lancement. Nous nous sommes rencontrés l'année passée et avons vraiment envie de faire quelque chose. Notre premier concert sera dans un petit festival appelé Airy Daily, à Kruibeke. Cela va faire des étincelles !! Bien sûr, je continue également le travail avec Pura Vida et je vais enregistrer un album avec Jah Generation. Un de mes rêves est également de sortir une compliation de poèmes. C'est mon autre passion. Il y a encore d'autres projets mais je ne vais pas en parler maintenant. Je réserve quelques surprises pour l'avenir."
"Je voudrais remercier tous les gens qui ont cru en moi et qui ont écouté ce que j'avais à dire. Je remercie Bram (Groovestation) pour sa confiance dans mes capacités. Il m'a motivé à enregistrer les chansons pour lesquelles j'ai été sélectionné pour Reggae Geel. Ma petite amie (Tineke) est également à remercier pour sa patience angélique et parce qu'elle accepte qu'autant de mon temps soit consacré à la musique. Mes parents m'ont toujours soutenu et je leur en suis également reconnaissant. Ensuite, il y a bien sûr Pura Vida, Jah Generation, The Mighty Sunscape … En fait tous les gens qui me soutiennent."

Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.
Jul 29, 2010