
By Visionz
Il fait froid et sombre quand nous arrivons à Gand. Juste sous notre nez, nous voyons trois jamaïcains lourdement vêtus entrer dans le Vooruit. Je reconnais Dean Frazer et Duane Stephenson. Pas une sinécure : pour se protéger de nos températures glaciales, ils se sont presque entièrement emballés dans un cache nez. Un extrait de Cool Runnings me traverse l'esprit ! Heureusement, dans la salle de bal (Baalzaal est le nom néerlandais officiel) du Vooruit il fait nettement plus chaud et ici aussi, on rencontre pas mal de têtes connues (Anvers, Gand, Bruxelles,…)
Les Jamaïcains, des têtes bien connues, et une salle qu'emplit très vite l'odeur de la sainte herbe ? On s'est compris : les Beljam Reggae Massive se sont rassemblés pour ce concert !
La salle de bal, longue et étroite, est déjà bien remplie quand Dean Frazer monte sur scène vers 21h30. Il est accompagné en grande partie du même groupe avec qui il avait accompagné Cocoa Tea et Sugar Minott au Reggae Sundance 2008. Comme souvent dans les concerts reggae, le band a commencé avec une longue intro instrumentale, pendant laquelle les musiciens ont déjà bien pu se démarquer avec de superbes solos.
Ensuite, les deux choristes sont montées sur scène. L'une d'elles a interprété quelques morceaux (qui ne m'ont pas vraiment convaincus) et puis nous avons eu droit au premier des trois héros de la soirée : Duane Stephenson. This is a warning, a warning, a new day is coming chante Duane en montant sur scène. Les fans reconnaissent l'intro de l'excellent Love inna di City, un des titres de son premier album "From August Town". Sur tous les morceaux suivant également je n'ai que des remarques positives. Des chansons comme Ghetto Pain, Cottage in Negril et Mr B. (sur le riddim de Stone de Prince Alla) sont de purs joyaux. Et cerise sur le gateau, nous avons également eu droit au plus gros hit de Duane Stephenson « August Town ». Un morceau qui me fait énormément penser à By His Deeds de V.C. Peut à cause de la voix…ou du texte, mais plus probablement, c'est la communion d'un texte puissant et d'immenses qualités de vocaliste. Bien sur, je souhaite bien plus à Duane Stephenson que juste un hit unique comme V.C !
Le programme étant chargé, Duane Stephenson a du quitter la scène un peu trop vite à mon goût. Il a fait place à I-Octane. Un artiste qui voyage depuis quelques temps avec Tarrus Riley mais qui ne semble pas percer. Et d'une certaine façon on le comprend. On ne peut pas dire qu'il soit mauvais. Mais il y a trop d'artistes qui font ce qu'il fait et I-Octane ne se distingue pas assez du reste à mon avis. Il a quand même prouvé qu'il touche à différents styles avec aisance (du lovers au dancehall) mais il ne brille pas spécialement dans un de ces styles en particulier. Ce qui ne nous a pas non plus aidé à apprécier le show, c'est l'arrière-pensée qu'Etana était initialement prévue à sa place.
Ensuite, cela a été 100% de pur plaisir pour l'artiste suivant qui était également la tête d'affiche de cette soirée : Tarrus Riley. Après une courte intro par le backing band, Tarrus a investi la scène. Sous les clameurs du public, il entame avec Lion Paw. Après a suivi un long mix des morceaux de son nouvel album « Contagious » : Start A New, Young Heart, Love's Contagious. Il passe aussi en revue des classiques comme She's Royal, Beware qu'il termine avec le non moins puissant Living The Life Of A Gun et enfin Parables (de l'album du même nom, sur le Three Blind Mice riddim).
L'un après l'autre, les chansons sont interprétées sans fautes par Tarrus Riley et un groupe de toute première qualité assemblé sous la direction de Dean Frazer (saxophoniste, leader du groupe et choriste !). La preuve ? Les impressionnants solos de basse pendant Stay With You et surtout le très amusant « clash » que se sont livrés Tarrus à la voix et Dean au saxophone.
Alors que Tony Rebel a voulu honorer Yabbi You la semaine dernière à Geel, c'est Michael Jackson que Tarrus Riley a voulu mettre à l'honneur avec une reprise de son Human Nature. Probablement la meilleure reprise du King of Pop que l'on ait entendue depuis sa mort.
Il a fallu attendre jusqu'à la fin du concert avant de profiter du plus gros hit de Tarrus Riley. Mais l'attente valait la peine. La réaction du public aux premières notes de Good Girl Gone Bad le prouve !! Ce morceau a naturellement été repris en chœur par toute l'audience. Et quand il a quitté la scène, le public a scandé son nom, sous la direction du band leader, Dean Frazer. Tarrus Riley n'a pu que revenir. Pour la deuxième fois, le riddim de Prince Alla a résonné. Cette fois pour la chanson One Two Order (également du premier album). En live, ce tune nous a semblé plus irie que jamais, grâce également au solo du percussionniste qui a apporté toute la soirée un cachet particulier au concert.
En finale, I-Octane et Duane Stephenson sont remontés sur les planches. Ils ont entonné ensemble une version improvisée de Let Peace Reign et ont laissé le Vooruit entièrement comblé !