La semaine dernière, Danakil et Rootz Underground se sont produits au VK à Bruxelles. La salle affichait complet et était prête pour une soirée Rock & Reggae. Nos deux reporters ont chacun rédigé leur compte rendu dans leur propre langue. Et contrairement à toutes ces soi-disant différences problématiques en Belgie, nous avons trouvé une solution toute simple : publier les deux articles ensemble, sans la moindre difficulté liée à notre diversité linguistique. Ainsi va la vie ! Le reggae rassemble et triomphe, tandis que d'autres divisent… et se plantent.
Deux groupes pour une tournée, l'un français et l'autre jamaïcain, c'était le pari de Music'Action, une boite de production basée en Aquitaine. Ce combo a débarqué à Bruxelles pour la dernière date d'une tournée de 25 dates, juste avant que les Rootz Underground se rentrent en Jamaique.
Devant un bon demi VK, c'est Danakil qui se lance en premier. L'idée que le reggae français est trop « soft » a la peau dure. Mais les 10 musiciens du groupe balaient bien vite cette idée. Avec un duo basse batterie somme toute bien calé, une section cuivre délirante, et également un percussionniste inspiré, tapant du Kette drum et faisant parler son bâton de pluie, Danakil présente en reggae pas trop classique et très vitaminé. Danakil en live, c'est leur musique studio puissance dix. L'énergie est puissante. Balik, le chanteur, sait communiquer avec le public et faire partager les vibes. Il a une très forte présence sur scène et le talent de communiquer avec le public. Pour ceux qui aiment les comparaisons, il nous fait penser à Ziggi, de Hollande.
Si la plupart des musiques sont originales, on note quand même l'utilisation de l'un ou l'autre riddim connu, avec une très bonne chanson sur le Doctor's Darling. Certains titres sont parfois plus faibles mais avec l'énergie que le groupe leur insuffle en live, cela passe très bien. Par contre la reprise d'Edith Piaf 'Je ne regrette rien', laisse un peu perplexe. S'il faut des c... pour oser le faire, on hésite quand-même à se prononcer sur le résultat, un peu trop grand public...
Si pour nous c'est une découverte totale d'un groupe inconnu jusqu'alors, Danakil compte des fans en Belgique, c'est sur. Après un passage au Festival de Dour et à l'Esperanzah Festival l'été dernier, ils ont conquis un large public. On s'en rend très bien compte quand la moitié de la salle chante à l'unisson un refrain complet d'un de leurs titres phares, un hommage à Bob Marley.
Après cette performance électrique et une petite demi heure de changement de band, on pouvait se demander comment Roots Underground allait gérer la deuxième partie du concert. Arrivant en parfait inconnus pour le gros du public, Rootz Underground se réclame d'une popularité grandissante en Jamaïque. Ils profiteraient d'un intérêt nouveau pour les groupes dans une scène où les backing band qui jouent pour n'importent qui et le dancehall commencent à lasser. Pendant les quelques premiers morceaux, le groupe a eu du mal à trouver ses marques mais après quelques titres, la connexion s'est enfin faite avec le public. Ce groupe jeune opte courageusement pour le roots, musicalement et spirituellement. "On ne veut pas devenir des stars ou devenir riches," affirme Steve, lead vocal. Une affirmation forte alors que le gros de jeunes artistes de Kingston chantent 'Make Money'!
A part une paire de titres plus festifs, les morceaux se concentrent sur de thème traditionnels rootz and culture: notons les titres 'In the Jungle', 'Victims of the System' ou 'Power to the People'. Le groupe a l'avantage de ses origines, en formation plus réduite que Danakil, ils arrivent avec la même efficacité à faire bouger tout le VK. Les rythmes également originaux sont lourds et quand cela part en mix c'est la moitié de la salle qui s'envole. L'ambiance est au meilleur, c'est vraiment l'esprit du reggae que ces deux groupes nous ont insufflé. Malgré qu'ils aient des origines et un son différents, c'est le même esprit qu'ils partagent. Cela apparait concrètement quand Steve et Balik chantent un titre ensemble sur le Come Around riddim.
On remarque qu'une forte relation s'est tissée entre les deux groupes au cours de cette tournée et cela fait plaisir. La fin du show voit l'ensemble des musiciens sur scène, vite rejoints par une vingtaine de fans et c'est dans la joie que ce termine la soirée.