Bulby York est un homme de l'ombre comme le sont une grande partie des producteurs. Malgré une carrière qui débute il y a 25 ans et des collaborations remarquables à son actif, son nom reste inconnu du grand public.
Ce producteur et ingénieur du son jamaïcain a pourtant fait ses premiers pas chez King Tubby, pour ensuite passer au Mixing Lab Studio où il a travaillé pour Winston Riley, Sly & Robbie, Steely & Cleevie entre autres. Il a ensuite formé le label Fat Eyes qui a sorti plusieurs des classiques du dancehall jamaïcain. Que ce soit en studio ou en live, il a mixé pour des artistes comme No Doubt, Cyndi Lauper, Chaka Khan, Madonna, Jimmy Cliff, UB40 et bien d'autres.
Voici donc une sortie à son nom, une compilation de divers artistes et divers genres qui sort sous le nom de 'Epic & Ting'. On ouvre sur un riddim roots, sur lequel Sizzla pose le Psaume 21, un peu comme Garnet Silk récitant des prières sur des riddims à Digital B. Sans aucune transition, on passe à du lover's rock avec une collaboration étonnante entre Maxi Priest et Brigadier Jerry, qu'on connait entend rarement dans ce style. Le morceau fonctionne bien, même si le Brigadier n'a pas fait énormément d'efforts sur ses lyrics cette fois-ci, faisant plutôt le minimum syndical. 'Anything Goes' est un dancehall, avec un son et une rythmique tout à fait atypiques. Beres Hammond se retrouve bien sur ce son à l'américaine et l'intervention de Bounty Killer apporte un côté plus rude qui sert bien ce morceau. Probablement le plus réussi de cette compile.
Faire poser Anthony Red Rose sur un genre d'instrumental trap commercial avec pourtant un lyrics roots & culture était un risque. Il faut savoir en prendre quand on est producteur. Mais le résultat, pour le coup, n'est pas probant. Lutan Fyah s'en sort facilement sur un riddim roots bien lourd. Mais s'ensuit un titre 'Let You Go' d'un/e certain/e Lennox. Américain et commercial à souhait, il aurait dû plutôt se trouver sur un autre album.
Il n'y a pas vraiment de fil conducteur à chercher dans cette production. Passage en rub-a-dub à l'ancienne avec la rude voix du deejay Agent Sasco sur un riddim où se trouvent samplés des lyrics de Tenor Saw. Un featuring virtuel bien réussi. Qui est Ch'An? Inconnue au bataillon, Bulby York lui a confié un riddim lover's rock bien travaillé et planant. Elle y pose une chanson teintée de soul, 'Trippin', une chanson d'amour à l'ancienne et une voix qui rappelle celles d'Althea et Donna. Le titre n'est pas fabuleux mais reste imprimé dans la mémoire. 'Long Distance Loving' est à nouveau une belle dérive commerciale, un mélange de dancehall et de r&b qui à force de vouloir élargir le champ musical se perd dans le néant. Idem pour 'Moola' de Cherine. Ici aussi la recherche d'un succès grand public ou d'une nouvelle Rihanna nuit à la musique. On passe vite.
Busy Signal s'en sort un peu mieux avec 'Streets' mais à nouveau, on se demande par quel bout écouter ce riddim extraterrestre.
Finalement, Bulby York a réuni Papy Lee Perry et Jesse Royal sur un riddim bien construit, avec guitares et cuivres. Il s'agit d'une reprise de 'Soul Almighty' qui n'ajoute pas grand-chose à l'original, le mélange entre les élucubrations du Scratch et la voix rauque de Jesse Royal est trop contrasté pour être efficace.
Il y a donc quelques efforts réussis sur cet album, beaucoup de tentatives manquées par la volonté d'être trop inventif dans certains cas, trop commercial dans d'autres.