
By Jah Rebel
Het leven van Manjul leest als een avonturenroman. Vanuit de kleurrijke Parijse wijk Barbes kwam hij via La Réunion en Mayotte in Mali terecht. Zijn sound - een geslaagde mix van dub, reggae en traditionele West-Afrikaanse instrumenten - zorgde in geen tijd voor een ware revolutie in de lokale reggaescene. Faut le faire!
Bonsoir Manjul.
Manjul: "Bonsoir à toi. Bonsoir la Belgique."
C'est ta première fois en Belgique?
Manjul: "En tant que musicien, je suis déjà venu avec Sugar Minott il y à cinq ans."
Ton nom-de-scène, Manjul, d'où vient-il?
Manjul: "C'est mon surnom tout depuis mon adolescence. Chacun peut y mettre sa signification, mais personnellement je ne me souviens même plus qui était le premier à m'appeler comme cela ou pourquoi."
Tu es né dans le quartier de Barbes à Paris. Pour ceux qui ne connaissent pas, est-ce que tu peux nous décrire un peu ce quartier?
Manjul: "Barbes est dans 18ième district à Paris. C'est un quartier très populaire qui, dans les années soixante-dix, est devenu un quartier très mélangé avec des différentes ethnies. Ca ralliait un peu toute une classe sociale qui vivait le même fyah et qui était confronté aux mêmes choses. Ca a aussi donné naissance à une génération particulière qui est née dans cette mixité ou tout le monde influençait tout le monde. Il y avait vraiment une vibe spéciale."
A un certain moment t'as eu l'idée d'aller vivre à La Réunion. Qu'est-ce qui t'a poussé à faire ça?
Manjul: "Je ressentais que l'Afrique m'appelait et je voulais aussi y aller, mais je ne me sentais pas prêt et je voulais aussi apporter quelque chose avec moi. J'avais une partie de ma famille qui vivait à la Réunion, donc cette île a plus ou moins fonctionné comme intermédiaire entre Barbes et l'Afrique. C'était un moyen aussi à me retrouver avant d'aller mettre mes pieds en Afrique."
Tu es même allé vivre un bout de temps à Mayotte (Mayotte est une collectivité départementale d'outre-mer française située dans l'archipel des Comores au nord-ouest de Madagascar. Elle est constituée principalement de deux îles, Grande Terre et Petite Terre, red.), une petite île ou il n'y a même pas l'électricité ou l'eau courante. Comment est-ce qu'on doit s'imaginer ta vie là-bas?
Manjul: "J'avais vraiment besoin de vivre cela. Mon premier fils est né dans cette période et j'avais envie de lui donner un autre départ que moi j'ai eu. Non pas parce que je regrettais le mien, mais je voulais quand-même lui en donner un qui convenait plus à mon idéal. Mayotte c'était l'île d'un grand frère à moi, Baco Mourshid (né en 1967 de père maoré et de mère malgache à Mayotte, a toujours été bercé par les tambours du chigoma, du biyaya et d'autres rythmes traditionnels, véritables sources de son inspiration. Puis il découvre la guitare à l'âge de 11 ans et commence à s'enrichir de nouvelles influences musicales, notamment le reggae. De ces deux sources d'inspirations musicales, l'une purement traditionnelle, l'autre plus moderne, est né le style unique de Baco: le zangoma, red.), qui m'a fait découvrir le studio. C'est lui qui m'a inspiré à aller découvrir l'île et en fait j'ai vécu deux ans et demi là-bas. A Mayotte il n'y avait pas d'électricité, donc ca m'a poussé enfin à retourner à la Réunion pour y établir mon studio. Le temps que j'y suis resté, Mayotte m'a quand-même donné une qualité de vie idéale. C'était une période très forte et intense dans ma vie."
Maintenant tu es basé au Mali. C'est la fin du voyage ou juste une autre étape?
Manjul: "Je ne saurais pas dire ce que le temps dira, mais je pense que j'ai quand-même trouvé l'endroit qui me correspond. C'est là où se trouvent les racines de ma femme, qui est originaire du Mali, et de mes enfants. La vie sociale, la sécurité collective et le jahtiguiya - l'accueil qu'on trouve au Mali (et aussi le titre du dernier album de Manjul, red.) - fait qu'il y a un climat qui est vraiment favorable à un Rasta. Partout dans le monde il y a du bien et du mal, il n'y a pas de paradis sur terre, mais je suis vraiment heureux d'y vivre."
Le studio que tu as fait à Bamako a eu un grand impact sur la scène reggae dans la région. Tu fais maintenant des collaborations avec des artistes de toute L'Afrique de l'Ouest. Est-ce que t'avais prévu ce succès?
Manjul: "J'avais prévu de continuer ce que j'avais commencé. Le souhait que j'avais c'était de pouvoir apporter quelque chose. Dans la couleur du son que je cultive, j'ai correspondu à une attente. Aussi il y a toute la scène hiphop de l4afrique de l'Ouest qui commence à tourner de plus en plus vers le dancehall et le reggae. Beaucoup d'artistes reggae africains n'arrivaient pas à s'exprimer tout à fait comme ils le voulaient. Il y avait le format d'Alpha Blondy et celui de Tiken Jah, mais il n'y avait pas vraiment une place pour la musique Rasta africaine ; une musique créative empruntant de les traditions musicales africaines. Il n'y a pas une grande vision humanitaire en ce que je fais; on partage nos talents et on s'entraide quoi."
Le Mali est un pays qui est principalement musulman. Comment est-ce que les gens réagissent vis-à-vis des Rastas?
Manjul: "Pour commencer l'Ancien Testament est commun entre l'islam et le christianisme et je pense que tous les hommes dont on parle et dont on cherche à se souvenir - Abraham, Salomon, Moise, Noé, ... - sont tous dans l'islam aussi. Bien sûr il y a des différences, mais on peut aussi mettre le focus sur les points communs. Les valeurs du Mali et les valeurs de l'islam sont les valeurs de la famille, le respect pour le travail, le respect de l'autre et l'amour et je sens que c'est vraiment très proche du reggae et du Rastafari. Il faut bien sûr se réaliser que c'est nous (les Européens, red.) les déracinés. Les africains n'ont jamais perdu leurs racines, donc tout est très ancré dans la tradition. Cela dit, il y a des valeurs qui sont communes partout où qu'on aille dans le monde; il faut juste respecter les différences de l'autre. Même dans l'islam il y a beaucoup de différences, mais au lieu d'aller sur la route de la division, il vaudrait mieux chercher l'unité. C'est ce sens de l'unité qui fait la force du Mali. C'est un pays qui unit beaucoup de peuples et de religions. Les Dogons par exemple, ne sont pas musulmans; ils ont leur propre religion animiste. Il faut arriver à s'adapter et à partager les bonnes valeurs."
Ici sur scène ce soir on a pu découvrir que tu as aussi une belle voix, mais sur tes albums cette voix n'est pas trop présente.
Manjul: "'Dub To Mali', comme le nom l'indique, c'est du dub; ça veut dire que dans mon studio j'enregistre mes morceaux sur des bandes et après je fais des mix. Chaque fois que je refais une chanson, le mix est différent; des fois les voix sont coupées, l'autre fois je les laisse en petits morceaux ou encore seulement des voix dans le refrain. J'essaye de transmettre cela aussi dans mes shows. Aujourd'hui par exemple j'ai coupé la section cuivre et j'ai laissé ouvert les voix. Comme cela chaque soirée donne un vibe différente. Dans mon studio aussi, je mixe en live donc un mix est toujours unique; tu ne vas jamais entendre deux fois la même chose."
Un son principal sur tes albums est celui de Rico (Eric 'Rico' Gaultier, red.), qui joue la flute et le sax. Est-ce que tu peux le présenter?
Manjul: "Rico c'est un grand frère! On s'est connus à travers la musique, en faisant des 45tours, sans jamais vraiment se rencontrer. Moi je faisais ma partie dans mon studio à la Réunion et lui il jouait sa partie à Paris. Enfin on s'est quand-même croisé dans un studio. On a constaté qu'on avait en commun un certain ressentiment d'une pression ou une tension qu'on avait vécu et une sensibilité aux difficultés dans la vie. Rico a aussi son propre groupe de dub ou il joue le lead en sax et qui s'appelle Faya Dub. Ils tournent déjà pas mal de temps en France et le reste d'Europe. Notre collaboration pour 'Dub To Mali' a été fantastique et je l'ai gardé comme chef de la section cuivres. Parfois ils sont à quatre et parfois il joue seul."
Aujourd'hui tu étais sur scène avec Takana Zion, dont tu as aussi produit l'album 'Zion Prophet'. Comment vous êtes-vous rencontrés?
Manjul: "Le début s'est fait sur une colline qui s'appelle Lassa. Lui il venait juste d'arriver au Mali et on s'est rencontré lors d'une session de Nyahbinghi qu'on tient la tous les sabbats, le samedi. Tiken lui avait parlé de moi donc il est venu me saluer et immédiatement il a y eu un certaine vibe. Takana a encore continué à travailler avec Tiken. En faite ils ont même enregistré deux albums ensemble qui ne sont jamais sortis. Takana venait souvent à mon studio et à cette époque je faisais encore beaucoup de travail pour Tiken Jah. Apres qu'il ait finalement quitté le label de Tiken, Takana est venu me voir et j'ai décidé de travailler avec lui. Ca a été un travail payant parce que les gens l'aiment partout, de Guinée Conakry jusqu'en France. C'est quelque chose qui fait chaud au cœur parce que c'est Jah qui lui à donné cette mission et il n'avait qu'à l'accomplir. C'est aussi un exemple d'une collaboration extraordinaire, parce qu'il y a notre différence d'âge et d'origine."
Maintenant il y a aussi l'album que t'as fait avec Bishob ('Get Up And Try: Bishob Meets Manjul'). Ca va aussi se traduire en tournée?
Manjul: "Oui, bien sur. Cet été normalement il va nous rejoindre."
Et quels sont tes plans dans un futur proche?
Manjul: "Il y a encore plusieurs artistes. Il y a Dreadlam, qui est originaire du Sénégal mais qui vit au Mali maintenant, puis il y a encore Kokotanjah qui vient de Kinshasa au Congo. Ce sont tous des artistes Rasta mais tous avec des voix différents."
Tu es bien installé au Mali, mais en tant que Rasta, la terre promise de L'Ethiopie ne t'appelle pas?
Manjul: "Je veux bien y emmener mes fils un jour, mais au Mali je me considère en Ethiopie de l'Ouest. Si on regarde des vieilles cartes du continent africain, tout le continent était appelé Ethiopie. Dans ce sens là il n'y a pas de manque parce qu'on se sent déjà là-bas."
Manjul, merci bien d'avoir pris le temps pour cette interview.
Manjul: "Merci à vous aussi et merci pour l'accueil chaleureux en Belgique. Big up!"
Rastafari!
Manjul: "Selassie I!"

Lag samen met Jah Shakespear aan de basis van Reggae.be; eerst als recensent en interviewer, en vanaf eind 2014 ook als hoofdredacteur. Verdeelt zijn tijd tussen zijn twee passies: muziek en Haile Selassie.
Mar 04, 2008