
By Jah Rebel
Al jaren staat Uman zijn mannetje in de Belgische dancehall- en hiphopscene en nu is er eindelijk de bekroning in de vorm van het album 'L'aventure C'est L'aventure' (recensie zie elders op deze site, red.). Hoog tijd om de man eens uit te nodigen voor een serieus gesprek. We ontmoetten Uman in café Belga aan het Brusselse Flagey plein en praatten onder andere over muziek, godsdienst en - kan het toepasselijker - de toekomst van België:
Uman, l'album est finalement là. T'as bien pris ton temps, mais qu'est-ce qui a fait que cela a duré jusqu'à maintenant?
Uman: "On est en Belgique et ici les maisons de disques n'investissent pas forcément dans ce genre de musique. Ce n'est pas une marché facile. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir aller en France les dernières années. Je ne regrette pas vraiment d'avoir attendu parce que j'ai quand-même fait beaucoup de choses ; j'ai fait du sound (soundsystem red.), des mix tapes et j'ai sorti quelques singles. La route a été longue, mais cela a surtout été bénéfique et au moins maintenant je n'ai pas fait un demi-album, mais un album entier vraiment comme j'avais envie de le faire et qui est l'album d'un homme qui a passé 30 ans. Je suis vraiment content."
L'album n'est pas vraiment reggae, ni seulement hiphop, mais contient un mix qu'on peut appeler éclectique. Un choix conscient?
Uman: "Oui, c'était un choix volontaire. Quand j'avais 18 ans, il n'y avait presque pas de rap en Belgique. J'ai encore vu venir les premiers comme Grandmaster Flash. C'est seulement pour te dire que j'ai toujours écouté beaucoup de différentes sortes de musique, du Clash à David Bowie et AC/DC jusqu'à la musique Africaine. Maintenant, comme j'avais des musiciens et parce qu'on avait quand-même choisi de faire que des compositions originales, j'avais envie de montrer des choses différentes. J'ai aussi évolué à un style plus chanté et moins dancehall ou rap. Tout cela dit, je pense quand-même que l'influence principale de l'album reste le reggae."
C'est aussi un album complètement en Français. Cela ne va pas rendre les choses un peu plus compliquées pour percer dans toute la Belgique?
Uman: "J'ai un très bon public en Flandre. Quand je vais à Anvers ou à Gand ou à Courtrai, les soundsystems avec lesquels je travaille, sont souvent Flamands. Civalizee par exemple, qui est champion en Belgique, m'a toujours joué dans ses sets. Non je ne dirais pas à priori que le Français fonctionne comme un frein. J'ai fait cet album en Français parce que c'est la langue dans laquelle je m'exprime le mieux. Un jour j'en ferais peut-être un en Anglais. Je ne suis pas parfaitement bilingue, mais sur scène je n'hésite pas à dire un petit mot en Flamand non plus."
T'habites à Bruxelles et t'es francophone ; maintenant avec tout ces trucs communautaires qui se passent...
Uman: "(en néerlandais) Ik snap er niets van!"
Est-ce que tu sens qu'il y a une division culturelle entre les Flamands et les Wallons ou pas?
Uman: "Je pense que les contrecultures et l'underground sont plus vivants en Flandres. Je crois que c'est aussi une réalité économique ; c'est-à-dire qu'il y a plus de petits magasins en Flandres qui vendent des disques, plus de soirées, plus de lieux pour faire des soirées, mais je ne sens pas une division culturelle. Je pense que les rappeurs en Belgique qui écoutent le rap en anglais sont les mêmes - Balo, par exemple, marche très bien en Flandre pour le moment (Baloji, ex Starflam, qui a récemment sorti son début en solo 'Hotel Impala', red.) - et les gens qui vont voir des expositions sont aussi les mêmes et ils vont les voir à Anvers et à Charleroi. Culturellement je ne crois pas qu'il y ait des barrières, peut-être parce qu'il n'y a pas une identité Belge très forte. Je ne pense certainement pas que la jeunesse flamande soit contre la culture francophone. En général mes plus chouettes concerts sont même en Flandre!"
Moi je te connaissais toujours comme Original Uman, maintenant sur l'album seulement Uman est resté. Qu'est-ce qui c'est passé avec la partie 'Original'?
Uman: "Maintenant c'est Uman parce que c'est plus simple, plus court. J'ai déposé ce nom maintenant et cela ne se changera plus."
J'ai encore trouvé une vieille bio sur toi sur internet et la dernière phrase disait : "Le reggae, mais Jah n'en a rien à faire !". La partie Rastafari dans le reggae ne t'a jamais influencée?
Uman: "Disons que j'ai découvert cette musique et sa culture - la phrase que tu viens de lire, c'est une phrase d'un journaliste - et ce qui est vrai la dedans c'est que je suis athée ; je n'ai pas de croyance. Je suis positif, je crois dans le 'one love', je crois dans les énergies positives et dans l'union des gens, mais je ne crois pas dans les curés ni dans des prêtres ou des imams. Je ne crois pas dans la religion ; pour moi c'est quelque chose entre soi et la vie et la vie et soi. Il y a du mystique, mais c'est très personnel et je ne suis pas dans la promotion d'une culture ou d'une religion."
Cette année plein de labels reggae ont fermé leurs portes; avec toutes les évolutions techniques, mp3 et tout ça, est-ce que tu pense que l'album comme forme musicale à encore un futur?
Uman: "Je crois qu'il y a un futur pour la musique sur le net et sur scène. On va toujours avoir besoin des maisons de disques pour faire la promotion et le marketing. Je pense aussi que la musique a un avenir parce que les gens ont toujours aussi besoin de la musique. Bien sûr que maintenant c'est évident que le disque n'est plus l'instrument principal pour faire avancer les choses. Moi je n'ai pas fait d'album, mais ça fait quinze ans que je vis de la musique donc la preuve est là. Il doit y avoir quand-même une cinquantaine de titres à moi qui sont tous trouvable sur internet gratuitement. Personnellement ça m'a servi. Quand j'allais en France je savais que les gens connaissaient déjà tous mes titres. Je n'ai donc pas spécialement une nostalgie pour le disque ou l'album. J'aimais beaucoup le vinyle, j'aimais beaucoup l'objet et son son, mais je ne me fais pas vraiment des soucis sur l'avenir du disque parce que je sais que la musique, les artistes et les concerts ont un avenir!"
Il y a une chanson sur l'album qui s'appelle 'Grandes Ambitions', l'album est là maintenant, que reste-t-il comme grande ambition pour Uman?
Uman: "'Grandes Ambitions' parle aussi de la vie, d'amour, d'équilibre, de bien-être et du parcours à avancer ou du prochain disque. Je suis un moteur avec de grandes ambitions, donc ils reste plein de choses à faire. Pour le moment c'est surtout faire vivre ce disque en allant à la rencontre des gens et le chanter partout. Les grandes ambitions ne sont jamais finies!"
Dans le milieu reggae on va sans-doute faire la comparaison entre toi et Gentleman. On t'appelle déjà parfois le Gentleman Belge. Qu'est-ce que tu penses de cette comparaison?
Uman: "C'est flatteur et c'est gentil, mais je pense qu'on est quand-même assez différents. Lui il fait de la musique 100% jamaïquaine et moi je fais la musique d'un Belge. Je parle de mes histoires comme Bruxellois en Belgique, je parle de mes 36 ans, de ma force et de mes histoires d'amour. Je suis flatté parce qu'il y a beaucoup d'émotion dans ce que chante Gentleman, beaucoup de force et une belle énergie aussi et on est tous les deux des fans de reggae aussi."
Je veux finir l'interview en te donnant quelques noms et tu peux répondre en disant ce qu'ils veulent dire pour toi. Commençons avec le Matongé.
Uman: "Matongé - pour ce que j'en connais, parce que c'est aussi un quartier à Kinshasa au Congo - pour moi c'est où se trouvait mon école quand j'étais petit. C'est le quartier africain de Bruxelles où l'on trouve des magasins avec des fruits qu'on ne trouve nulle part ailleurs et où il y a toujours un certaine couleur dans les rues, une certaine musicalité aussi. Matongé pour moi c'était surtout une chance."
Le reggae?
Uman: "C'est la musique sur laquelle j'ai pleuré pour la première fois et c'est la musique qui a mis les plus belles couleurs dans ma vie."
Pour conclure alors: Uman?
Uman: "(en patois jamaïquain) A me that! (rires)"
Merci beaucoup!
Uman: "Merci à toi! Peace!"

Lag samen met Jah Shakespear aan de basis van Reggae.be; eerst als recensent en interviewer, en vanaf eind 2014 ook als hoofdredacteur. Verdeelt zijn tijd tussen zijn twee passies: muziek en Haile Selassie.
Oct 28, 2007