Natty Jean est un artiste sénégalais très talentueux. Il a sorti deux albums solo intitulés 'Santa Yalla' et 'Imagine'. Il est devenu membre du groupe Danakil et précurseur de leur label Baco Records. Vous pouvez le retrouver avec Danakil et Manjul, ce samedi 13 novembre 2021, à La Madeleine de Bruxelles.
Natty Jean, quand tu as débuté dans la musique, tu étais dans le hip-hop. Pourquoi as-tu décidé de te diriger vers le reggae?
Natty Jean: "La musique hip-hop est engagée et j'aime ce style musical, mais pour moi c'est quand même assez restreint, dans le sens où il n'y a pas beaucoup d'instrument et ce n'est pas une musique live. Et à un moment, j'ai eu cette attirance pour le reggae, une musique qui est jouée avec des instruments, le partage avec les musiciens et encore plus, une musique engagée, pour faire passer des messages. Le hip-hop est engagé aussi, mais le reggae est plus intensément engagé. Le message est vraiment important pour moi. Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spear et d'autres, ce qui ont fait leurs forces, c'est leurs messages et j'avais envie d'être dans la même lignée qu'eux."
Le reggae est une musique engagée, donc selon toi, c'est un engagement?
Natty Jean: "Oui exactement, c'est comme une forme d'engagement. Quand tu rentres dans le reggae, tu t'engages. Je ne peux pas me permettre de dire n'importe quoi ou d'avoir une image faussée, parce que je veux que mon message soit en rapport avec mon comportement et ma personnalité. L'important c'est le message, mais ça doit être saint et authentique."
Ton engagement dans le reggae a commencé avec Manjul, c'est bien ça?
Natty Jean: "Oui. En 2007, j'ai quitté le Sénégal pour aller au Mali, mais à la base c'était seulement un voyage pour changer d'air. Et pendant que j'étais là-bas, j'ai rencontré un ami qui m'a présenté Manjul. C'est le hasard qui a fait les choses. Ce qui s'est passé, c'est que mon pote est allé voir Manjul et lui a parlé de moi, mais en tant que rappeur. Manjul a écouté mes maquettes et a demandé à mon pote de me dire d'aller le voir. J'ai été voir Manjul et par la suite, il m'a donné un riddim et m'a demandé de travailler dessus. Moi j'avais la hargne, je suis rentré et j'ai bossé dessus directement. Le lendemain, je suis venu taper à son studio et je lui ai dit: rasta je suis prêt! Il a branché le matériel et j'ai enregistré mon premier morceau. C'est de là que tout est parti et on s'est donné l'objectif de faire un album. Et comme j'avais une bonne base hip-hop, on a reggaetisé les morceaux. C'est comme ça qu'est né mon premier album 'Santa Yalla' avec Manjul. Je suis resté au Mali et je l'ai accompagné, en studio et sur scène, pendant des années, mais sans sortir l'album 'Santa Yalla'. Il était prêt depuis des années, mais on attendait la bonne occasion pour le sortir parce qu'on considérait que c'était un bon album et qu'il ne fallait pas le sortir n'importe comment. Et finalement, on l'a sorti avec Baco Records et Danakil."
Comment as-tu rencontré le groupe Danakil?
Natty Jean: "J'étais au Mali avec Manjul et le groupe Danakil est venu pour la création d'un album. J'étais un peu leur hôte, je les ai accueillis et je leur ai fait découvrir le pays. Je gérais aussi un peu la logistique, vu qu'il était là pour enregistrer un projet. On s'est côtoyé assez facilement et Balik, le chanteur du groupe, a respecté le fait que je sois un artiste. Un soir, lors d'une jam, il m'a donné un micro et le feeling est super bien passé. Ils m'ont proposé de bosser sur quelques morceaux de leur album et c'est ce qui les a amenés à m'inviter pour la tournée de cet album 'Echos Du Temps', en février 2011. Cette tournée avec Danakil m'a permis de venir en France, pour la première fois. Et assez naturellement, je suis resté dans le groupe. Ce qui est bien dans la relation, c'est qu'ils ont toujours respecté mon côté solo et ça ne m'a pas empêché de développer les deux. Ils ne m'ont jamais emprisonné. Danakil est un groupe qui a une notoriété ; quand j'ai intégré le groupe, Danakil était déjà connu et je suis un peu arrivé comme un cheveu dans la soupe (rire). J'ai apporté quelque chose au groupe et ils m'ont beaucoup apporté aussi. Avec eux, j'ai appris en termes d'expérience et ils m'ont mis en lumière, ils m'ont emmené sur des scènes et le public a commencé à me découvrir grâce à eux."
Et de là, vous avez créé Baco Records dans le but de sortir ton premier album 'Santa Yalla', c'est bien ça?
Natty Jean: "Oui, c'est bien ça, le label a été monté pour pouvoir sortir 'Santa Yalla'. Je suis un artiste Baco Records, mais je suis aussi créateur et précurseur du label, je fais partie des fondations. Big up à Danakil et à Baco Records, parce qu'ils n'ont pas hésité au moyen pour que je puisse avoir un projet de qualité et je les remercierais toujours! C'est grâce à eux, si ce projet est né et s'il est de bonne qualité. Un album propre produit par un label indépendant. Ils ont mis beaucoup de moyen et ils ont impliqué beaucoup de personnes. Mon deuxième album 'Imagine' a également été produit par Baco Records. Ils croient en moi et cela me réconforte énormément. On vit une aventure musicale et humaine ensemble. C'est très remarquable et respectable de leurs parts!"
Quels sont les principaux messages que tu défends sur ce deuxième album 'Imagine'?
Natty Jean: "C'est un album assez engagé avec beaucoup de messages. Je parle de l'émancipation de l'Afrique par les africains. Je n'ai plus envie de cette main portée par la France et par l'occident sur certains pays africains. Par exemple, la France gère la monnaie de plusieurs pays africains, c'est hallucinant! J'ai plusieurs messages pour que les africains prennent conscience de ce qu'ils ont et qu'ils prennent plus soin de leur continent, ce paradis qui est l'Afrique. Je n'ai pas envie d'être ici et voir mes frères souffrir là-bas. Ma musique, c'est rendre une certaine fierté à l'Afrique et aux africains. Continuer à leur dire qu'ils sont capables de faire de belles choses. Avec la colonisation et l'esclavage qu'on subit nos ancêtres, c'est difficile pour les africains de se rendent vraiment compte du potentiel qu'ils ont. Il est temps qu'on arrête de regarder en arrière, ce sont des histoires qui sont passées, on ne doit pas rester bloqué là-dessus, il faut se lever et avancer!"
Sur ce projet 'Imagine', on peut découvrir le morceau 'On m'a dit' en featuring avec Diamy Sacko. Tu peux nous en dire plus sur ce morceau?
Natty Jean: "C'est un morceau que j'avais écrit depuis longtemps. Le message c'est fait ce que ton cœur te dit. Tout le monde se permet de te juger, mais au final, ce qui compte dans la vie pour ne rien regretter, c'est d'écouter ce que dit ton cœur. Il n'y a que toi qui sait ce que tu veux et ce qui te rendra heureux. Je parle de mon parcours à moi, mais tout le monde peut se retrouver dans ce titre. Et Diamy Sacko est une jeune malienne qui fait de la musique traditionnelle malienne. Elle m'a beaucoup touché par sa voix et par ce qu'elle fait. Elle est venue apporter sa touche traditionnelle et ça fait partie de mon identité aussi."
Il y a également le titre 'Ak yow' en featuring avec Viviane Chidid...
Natty Jean: "C'est un gros morceau! Ak yow, ça veut dire, avec toi. Ce titre c'est pour dire que l'homme et la femme se complète. À travers cette musique, j'ai voulu exprimer mes sentiments quand je suis avec ma femme et exprimer mes ressentis quand elle n'est pas là. La femme a toujours un impact sur l'homme. Viviane Chidid est une très grande chanteuse sénégalaise qui a bercé mon adolescence. Elle a fait beaucoup de projets dans la musique traditionnelle sénégalaise et le hip-hop. C'est une icône de la femme sénégalaise et une très grande dame. Je suis honoré d'avoir fait ce morceau avec elle et je suis très ému de l'avoir sur mon album."
Ces deux morceaux, 'On m'a dit' et 'Ak yow', sont tes premiers featurings avec des femmes...
Natty Jean: "Oui c'est vrai. J'en suis vraiment content et très fier! Je trouve normal et important d'investir les femmes dans ce que l'on fait. Je suis vraiment heureux de les avoir sur mon album."
On peut découvrir deux autres invités sur le morceau 'Prezident' en featuring avec Didier Awadi et Gaston...
Natty Jean: "C'est pour moi un cadeau du ciel! Parce que Didier Awadi fait partie des grands frères qui m'ont influencé dans le hip-hop à l'époque. Il était dans l'un des groupes les plus connus du Sénégal, même d'Afrique. Ils ont fait le tour du monde et ils ont représenté le hip-hop africain comme personne. Didier Awadi m'a toujours conseillé et aidé dans ma carrière. Il m'a même invité sur un morceau d'un de ses albums. Il a toujours cru en moi, donc c'était un peu lui rendre l'appareil de l'invité sur ce morceau. Et Gaston est un artiste d'une génération plus récente, mais qui me touche à travers ces textes. Il écrit en wolof et c'est un excellent lyriciste. Il a une très bonne plume et il reste humble, avec la tête sur les épaules. Je suis également très content et heureux de les avoir sur mon album."
Le public a tendance à beaucoup filmer pendant les prestations. Est-ce que cela te dérange?
Natty Jean: "Non, ça ne me dérange absolument pas. Ça peut avoir des inconvénients, peut-être, mais je pense que cela fait plus de bien que de mal. Ça permet de partager, ça permet de mieux se faire connaître, ça permet aux messages de se propager, etc. Mais je parle d'être filmé sur scène, pas dans la vie privée, là c'est autre chose."
Tu es venu plusieurs fois réaliser des prestations en Belgique, avec Danakil et en solo. Que penses-tu du public belge?
Natty Jean: "La Belgique est magnifique et le public belge est super! J'ai réalisé plusieurs prestations en Belgique et j'en garde de très bons souvenirs. C'est un pays que j'aime. Une date de folie avec Danakil là-bas, c'était à l'AB de Bruxelles. C'était une ambiance de fou! On s'est même fait jeter des culottes et des soutiens gorges avec des numéros de téléphone (rire). C'était dingue! Et même au-delà de la musique, les belges sont chaleureux, accueillants et sincères. Merci à tous les belges pour vos vibrations positives! Big up la Belgique! Merci et big up à toi JP! Et big up à toute l'équipe de Reggae.be!"
Photo: © Alexandre Sorin