Daddy Mory est un artiste ancré depuis de nombreuses années dans le milieu ragga/reggae francophone. Une figure emblématique! Le vétéran nous livre un nouveau projet solo intitulé 'Kritik'. Un excellent EP! Les temps sont critiques et il y a de quoi "kritiker"; entretien avec Daddy Mory!
Daddy Mory, tu as sorti ton nouvel EP 'Kritik', qui transpire la réalité et qui pousse à la réflexion...
Daddy Mory: "Oui, moi ce que je veux faire c'est pousser les gens à la réflexion. Si le peuple cogite et qu'il voit la réalité, les choses peuvent peut-être changer."
Tu chantes la réalité et tu pousses à la réflexion depuis 1995, avec Raggasonic. Nous sommes en 2021, penses-tu que la réflexion a son effet?
Daddy Mory: "Je pense que c'est une question de génération. Il y a une partie des gens de ma génération qui ont beaucoup cogités, parce qu'à l'époque, on avait plusieurs artistes qui nous parlaient des problèmes sociaux, etcetera. Beaucoup d'artistes chantaient la réalité et ça nous a énormément aidés. Les jeunes d'aujourd'hui, c'est autre chose, parce qu'ils n'ont pas la musique pour les aider. La musique d'aujourd'hui, c'est une musique festive qui a beaucoup moins de messages. Moi-même, les textes de Tonton David, Pablo Master, Puppa Leslie, Saï Saï... J'ai bu toutes ces paroles et ça m'a fait cogiter sur ma vie, sur mes pensées."
Sur ce projet 'Kritik', on découvre le morceau 'Préjudices' en featuring avec Cali P. Comment la collaboration s'est-elle faite?
Daddy Mory: "Cali P je le connais depuis 2001/2002 et ça faisait longtemps qu'on voulait faire une combinaison ensemble. Je suis parti en Suisse pour travailler mon EP 'Kritik' avec Riga, Hemp Higher Productions, à qui je fais un gros big up! Riga travaille aussi avec Cali P, donc cela a facilité les choses et le truc s'est fait naturellement. On a fait deux combinaisons et on a choisi 'Préjudices' pour le projet."
On peut également découvrir l'excellent titre 'Tranquille' en featuring avec Baroni One Time. D'où vient la connexion avec cet artiste?
Daddy Mory: "Riga et mon manager connaissaient déjà Baroni One Time. C'est un gars du Venezuela qui a immigré à Barcelone. C'est un big artiste populaire à Barcelone! La connexion s'est faite rapidement, je suis monté à Barcelone et on s'est vu. On a même fait le clip directement pour ne pas perdre de temps. Big up et respect à Baroni!"
Sur ce morceau 'Tranquille', on découvre un autre invité, avec la présence du talentueux Addis Pablo!
Daddy Mory: "Addis Pablo, très talentueux et fils d'Augustus Pablo! Pour moi c'est un honneur! J'ai saigné les albums de son père, Augustus Pablo. Quand j'étais petit, je l'écoutais beaucoup. Mon frère aîné avait ces albums et donc, de par mon frère, je l'écoutais énormément. Et de travailler avec son fils, c'est un honneur! Je suis honoré de sa présence sur mon morceau! Nuff respect à Addis Pablo!"
On peut entendre un autre featuring avec l'artiste Slimka sur le titre 'Faux Amis'. C'est un rappeur de Suisse, c'est bien ça?
Daddy Mory: "Oui, Slimka c'est un rappeur de Suisse qui commence à devenir big. Il a beaucoup de talent! C'est un métis sénégalais qui habite en Suisse. Il a sorti un projet à lui et il est en tournée pour l'instant. C'est un petit jeune, la nouvelle génération. Il faut faire avec eux, parce que nous avons beaucoup à leur apporter, mais ils ont énormément de choses à nous apporter aussi. Les jeunes ont une autre manière de travailler et d'écrire, des structures et des visions différentes, etc. Ça m'a vraiment fait plaisir de travailler avec lui! Big up et respect Slimka!"
'Kritik' est disponible sur toutes les plateformes numériques. Mais pourquoi tu n'as pas sorti cet EP en version physique?
Daddy Mory: "En CD, ce n'est pas prévu, mais on va le sortir en version vinyle et en série limitée. Mais il n'y a pas encore de date."
Dans le morceau 'Médite', tu dis que les politiciens sont des menteurs. Je le pense également, que ce soit en France ou en Belgique, les politiciens sont des menteurs...
Daddy Mory: "Oui, ce sont des menteurs! Une bande de mythos! Ils prennent les gens pour des cons! Je parle surtout pour la France, car je ne sais pas vraiment ce qui se passe en Belgique ; j'imagine que c'est un peu similaire. Les politiciens racontent que des conneries, il n'y a aucune cohérence! Ils ne font que mentir! Quand tu as un cerveau et que tu réfléchis vraiment à ce qu'ils disent, tu te rends compte que ce n'est pas du tout cohérent."
Tu as participé à une manifestation contre le pass sanitaire et j'aimerais que tu nous dises quelques mots à ce sujet...
Daddy Mory: "Bien sûr. Ça faisait longtemps que je n'avais plus fait de manifestation et là, j'ai senti l'envie d'y aller. Ça me touche! Tout le monde est touché! Leurs mesures sanitaires ont coupé l'herbe sous le pied d'énormément de monde! On doit faire comprendre aux gouvernements que nous sommes là. Le peuple est là! Ils ne peuvent pas faire sans nous. Écoutez-nous et arrêtez de nous ignorer!"
Est-ce que tu es une personne qui va voter?
Daddy Mory: "En octobre, j'aurais 48 ans et je n'ai jamais voté de ma vie. Pas un seul me donne envie de voter pour lui et moi, je refuse de voter pour quelqu'un, pour qu'un autre ne passe pas. Je veux voter pour quelqu'un qui me donne envie de voter pour lui. En France, à chaque fois c'est la même, au final, tu te retrouves à voter pour que le FN ne passe pas ou pour qu'un autre ne passe pas."
Tu as joué le rôle d'acteur dans le court-métrage 'Mort dans le film' de l'artiste Tuco. Bonne expérience j'imagine, puisque peu de temps après, tu as participé à un autre court-métrage, 'La métaphore du papillon'...
Daddy Mory: "Oui, super expérience! Ça fait longtemps que je voulais m'essayer à l'exercice d'acteur. Ce court-métrage 'Mort dans le film' m'a vraiment plongé dans le truc et j'ai vraiment passé de bons moments! J'ai aussi aimé la façon de travailler, qui est un peu similaire à la musique, parce que tu as un texte à apprendre et tu dois le lire le plus naturellement possible. J'ai kiffé et j'ai essayé de faire de mon mieux. Il y a des professionnels du cinéma, que je ne connais pas et d'autres que je ne connais, qui m'ont dit que j'avais très bien joué. Ça m'a fait super plaisir et ça m'a motivé à faire d'autres projets, comme 'La métaphore du papillon'. Et j'ai encore d'autres courts-métrages à faire, jusqu'au jour où je ferais un long-métrage, si Dieu veut!"
Tu as eu un coaching d'acteur pour ces courts-métrages?
Daddy Mory: "Non, je n'ai pas eu de coaching, je me suis lancé dans le grand bain tout seul. On m'a donné le texte et j'ai essayé de le lire le plus naturellement possible, pour que ça ne soit pas sur-joué. Depuis que je suis tout petit je regarde des films. Je suis un mordu de film et je vois quand un acteur est mauvais. Je me suis auto-coaché!"
Est-ce que ça t'arrive de recevoir des riddims de beatmakers "pas connus"?
Daddy Mory: "Oui bien sûr. J'en reçois pas mal et j'en ai utilisé plusieurs pour des projets à moi."
Avec quel artiste ferais-tu un album en commun?
Daddy Mory: "Je te lâche une exclusivité, parce que c'est dans mes projets! L'artiste c'est Pierpoljak. Yeh man! Je kiffe notre combinaison 'Clarks Aux Pieds'. Et je vois bien un album avec que des morceaux où Pierpoljak chante et moi je toaste, sur différents riddims. Yeh man! Pierpoljak!"
Quelles sont tes occupations quand tu ne fais pas de musique? Tes centres d'intérêts?
Daddy Mory: "Je suis un père de famille, donc, quand je ne fais pas de musique, j'essaie d'être au maximum auprès de mes enfants, auprès de ma famille. Mais j'écris et je répète beaucoup. J'ai un studio près de chez moi qui m'ouvre toujours ses portes, big up au studio Le Hangar! J'essaie de répéter 4-5 fois par semaine et des séances de 3h. Je reste énormément focalisé dans la musique. Si tu veux vraiment arriver quelque part, il faut rester focalisé dans ta musique. Il y a la vie privée, mais il y a des concessions à faire pour la musique. Tous mes enfants connaissent mes gimmicks! Mes enfants, quand ils me voient, ils ne me disent même pas papa, ils me disent tuh rasss! La musique est rentrée dans ma vie de tous les jours! La musique est dans mon ADN!"
À suivre...
Photo: © Rodrigue Moncheu