L'artiste amiénois Gromans est originaire du Congo et des Antilles, et réside depuis toujours en France. Durant le confinement, il a été actif et a sorti plusieurs titres, comme 'Llet-bi', 'Fefe', 'Trouver La Paix', 'La Belle Vie', 'Dans Mon Délire', 'Nioka Life 2.0', 'Elle Veut Du Love', mais également son troisième projet, l'album intitulé 'Pour Les Miens'.
Gromans, je t'ai découvert avec ton deuxième projet 'Nioka Life', mais avant celui-ci, tu avais sorti la mixtape '#Pajoujou' qui est ton premier projet...
Gromans: "Oui, j'ai sorti mon premier projet '#Pajoujou'. Je l'ai réalisé moi-même, comme tous mes projets. Les mixtapes '#Pajoujou' et 'Nioka Life' étaient sorties sur la plateforme de téléchargement gratuite Haute Culture. Mais il y a eu un problème, parce que la plateforme avait tellement de mixtapes, qu'ils ont dû en enlever, dont les miennes. Mais je pense que je vais les mettre sur ma chaîne Youtube pour qu'elles soient disponibles."
Il y a également certains morceaux qui disparaissent de ta chaîne YouTube, est-ce volontaire?
Gromans: "Oui, je fais parfois du nettoyage sur mon YouTube, ça m'arrive de retirer volontairement des morceaux, pour un renouvèlement musical. Je sais que si je laisse tous mes titres sur ma chaîne YouTube, ça montre mon évolution et ça raconte mon histoire musicale. Mais, j'enlève quand même des morceaux pour renouveler et actualiser mon Youtube. Ne vous inquiétez pas, les musiques ne sont pas perdues!"
Comment le reggae est-il venu à toi?
Gromans: "C'est moi qui suit venu à lui. Parce qu'à la base, j'ai toujours écouté du rap et après, j'ai connu le reggae par mes parents. Quand j'en ai écouté, j'ai été attiré par ce style musical. Le premier artiste que j'ai entendu, c'était Alpha Blondy. Petit à petit, je me suis mis à écouter du reggae. J'ai entendu un mec qui s'appelle Blacko qui faisait du reggae/hip-hop avec le groupe Sniper, ça m'a plu et je n'ai plus lâché. Je suis parti dans ce délire."
Si je te dis que le reggae est une musique engagée et urbaine, tu es d'accord avec moi?
Gromans: "Oui complétement! C'est une musique engagée, urbaine et révoltée. C'est la musique du peuple, le peuple qui galère! Tu peux t'exprimer et dire tout ce qui ne va pas dans le monde... l'injustice, les guerres, faire un constat sur nos vies et ses difficultés, etc. C'est un peu comme dans le rap aussi, deux styles musicaux qui se rapprochent beaucoup. Le côté revendicateur, c'est ça qui me plait dans le reggae."
Quelles sont tes influences musicales?
Gromans: "Daddy Mory, Tiwony, Nuttea, Straïka D, Saïan Supa Crew, Sniper, etc. Je me suis inspiré de beaucoup d'artistes ou de groupes. J'ai toujours été influencé par le rap et le reggae en général. Même le morceau 'Pas de timinik' de Tiwony sur Ma Cité Va Craquer, il arrive avec un flow de fou, c'était dingue! Tout ça m'a inspiré."
Tu as sorti ton troisième projet, l'album intitulé 'Pour Les Miens'. Toujours autoproduit, comme les précédents?
Gromans: "Oui, je l'ai fait seul, comme les précédents projets. La production, la pochette de l'album, la diffusion sur les plateformes de téléchargement, etc. Pas de bifurcation, j'ai réalisé cet album de A à Z, et c'est donc pour moi une énorme fierté. 'Pour Les Miens' est un projet qui me tient à cœur et j'espère que les gens apprécieront les titres qu'il y a dessus."
Que veut dire Nioka Life?
Gromans: "Nioka, c'est du lingala, ça veut dire serpent. Le lingala est une langue parlée au Congo, et vu que je suis d'origine congolaise/guadeloupéenne, je me suis permis d'utiliser le mot nioka. Et life, c'est de l'anglais, ça veut dire vie. C'est la vie de serpent. Et la vie de serpent, c'est la vie de débrouillard."
La vie de débrouillard s'applique également dans ta musique...
Gromans: "Oui. Je suis autodidacte à 100%! Et puis, j'avais besoin de l'être, pour me prouver que je pouvais faire quelque chose de concret. Après, s'il y a des gens qui peuvent se lier à toi, c'est cool, mais il faut bien s'entourer! L'important est de bien choisir son entourage, avec des gens fiables et motivés. S'entourer de personnes avec qui on va pouvoir s'élever, pas avec des gens qui vont retourner leurs vestes pour n'importe quoi, comme pour un cul ou autres."
Tu es un artiste engagé, mais sur cet album, on peut découvrir certains morceaux qui ne le sont pas. Ça montre que tu peux diversifier les thèmes et être musicalement large.
Gromans: "Oui, j'essaie d'être musicalement large, parce que je l'ai toujours été, j'ai toujours posé sur tous types de musique. C'est ce qui me fait aussi, le flow tout terrain. Donc, dans l'album 'Pour Les Miens', il y a de la musique qui ambiance et de la musique consciente. Mais j'essaie d'être polyvalent en gardant mon authenticité. Un titre qui ambiance, c'est 'Elle me rend fou cette go', il peut passer en club. D'ailleurs, big up à DJ Bes sur Rouen, qui me diffuse pas mal avec ce son là-bas. Il y a ce type de titre, mais il y a plus de morceaux vrais et dans l'actualité, que pour ambiancer les meufs et les gars. Et il y a aussi ce côté vérité et conscient, en mettant un peu de festivité sur le son. Comme le morceau 'M'envoler', avec un texte fort et un riddim ambiançant. D'ailleurs, big up à Kima Prod qui a réalisé le riddim!"
En parlant de beatmaker... peux-tu nous parler des beatmakers qui t'entourent sur cet album 'Pour Les Miens'?
Gromans: "Franchement, je n'ai plus les noms en tête. Le seul que j'ai en tête c'est mon gars Kima Prod, qui est sur cet album, mais également sur d'autres productions. Il y a aussi un gars de Colombie, un gars de la Réunion et un gars d'internet sur Youtube. Cet album 'Pour Les Miens' est un projet qui s'est fait avec la bite et le couteau! J'aime regarder avec des gars sur Youtube. Il faut savoir parler et être déterminé. Et ne pas hésiter à donner un billet, parce que le travail se paie. Et ce n'est pas facile pour les beatmakers, c'est compliqué, on ne parle jamais d'eux, on ne les met pas beaucoup en avant musicalement. Ils sont trop dans l'ombre. On va beaucoup parler des gros producteurs, etc. Mais les beatmakers qui charbonnent devant leurs PCs des nuits entières pour satisfaire les gars qui vont poser dessus, on n'en parle pas. Ils sont méritants et créateurs des morceaux aussi! Big up à tous les beatmakers!"
Sur tes trois projets, '#Pajoujou', 'Nioka Life' et 'Pour Les Miens', il n'y a pas de featuring. Est-ce que c'était voulu?
Gromans: "C'est vrai, il n'y en a pas, mais oui c'était voulu. J'avais un featuring qui me tenait à cœur et je l'ai eu. Gros big up à Tiwony! J'ai eu l'honneur d'avoir un feat avec lui. On n'était pas ensemble dans le studio, Tiwony était à New York et moi, j'étais chez moi dans ma chambre (Rire). J'ai déjà joué avec lui, donc, on se connait un petit peu, si je peux dire. J'ai eu la chance de faire sa première partie et bonnes vibes. Il m'a donné de la force. Je lui ai proposé une collaboration et il a accepté. Il ne m'a pas parlé d'argent, c'était vraiment avec le feeling. Et du coup voilà, c'est mon premier featuring avec Tiwony, un titre qui me tient énormément à cœur! J'aimerais le sortir en single et le clipper prochainement."
Est-ce qu'il y a d'autres artistes avec qui tu aimerais collaborer?
Gromans: "Oui, avec Nuttea, Taïro, Kalash. Après, je ne suis pas gourmand pour les featurings (Rire). C'est l'affinité et la musique qui parleront."
Selon moi, un featuring qui serait puissant: Gromans et Dragon Davy.
Gromans: "Oui, c'est vrai qu'une collaboration avec Dragon Davy ça serait terrible! J'aimerais beaucoup faire un feat avec lui. C'est un artiste authentique et j'apprécie sa musique. Pour l'instant, il travaille sur un nouveau projet. Force à lui! J'ai eu l'occasion d'aller jouer à son bar, le LH Sound Bar, au Havre. Super accueil! Big up à Dragon Davy!"
En 2019, tu as sorti l'excellent titre 'La Même Cause' en featuring avec Aka Seul Two. Comment la collaboration s'est-elle faite?
Gromans: "Aka Seul Two c'est un gars de Soissons. On ne s'est jamais vu, mais on a toujours eu des bons contacts sur les réseaux sociaux. J'ai toujours apprécié son rap engagé, conscient, il a de vraies revendications. Et ce mec est comme moi, il est autodidacte. Et une fois, il m'a demandé un feat et du coup, on a cherché un riddim chacun de notre côté. J'ai eu l'occasion de trouver un bon riddim, j'ai posé mon texte et il a posé le sien, ce qui a donné 'La même cause'. C'est un bon morceau et j'en suis fier! Ce titre n'est sorti sur aucun projet, c'était un kiff, c'est de l'inédit sur Youtube, dans la plus grande des banalités. Big up à Aka Seul Two!"
Sur le morceau 'Freestyle Reggae', qui est sorti sur ta mixtape 'Nioka Life', tu dis: "Je n'aime pas le reggae de baba cool, ils font passer les rastamans pour des couilles molles". Peux-tu développer?
Gromans: "Oui. C'est mon opinion, mais je n'aime pas le reggae de baba cool, avec trop de légèreté. J'aime le reggae revendicateur, ce style musical vient de la rue. C'est pour ça que certains artistes ou groupes devraient se mettre à la variété et arrêter le reggae. C'est une musique engagée avec des valeurs, une musique vraie et urbaine... mais ça reste mon point de vue. Et je trouve qu'ils font passer les rastamans pour des couilles molles, parce qu'ils les font passer pour des gens trop peace and love, des fumeurs de weed qui ont des vies faciles ou même fainéantes. Mais un rastaman, ce n'est pas ça!"
Également sur ce titre 'Freestyle Reggae', tu dis que Daddy Mory t'a validé...
Gromans: "Oui, parce qu'à l'époque de mes débuts, j'étais en prison et je faisais des freestyles que je publiais sur les réseaux sociaux. Et Daddy Mory partageait mes freestyles. Il m'a big up plusieurs fois en radio aussi. C'est un honneur. Je l'écoutais quand j'avais 10 ans, avec son groupe Raggasonic. C'est une de mes influences. Daddy Mory est un ancien, un vétéran qui est toujours actif dans la musique. Et savoir qu'il me donne de la force, c'est un honneur! Je suis fier de ce que je fais et merci à lui! Big up Daddy Mory!"
Peut-on s'attendre à un featuring de Gromans avec Daddy Mory?
Gromans: "Je lui avais demandé tranquillement. Je lui avais proposé de poser sur le morceau 'Bavure Lyrical', qui est sur l'album 'Pour Les Miens'. Ça devait être le seul featuring de l'album. Mais il était super occupé de son côté et donc, on n'a pas eu le temps et ça ne s'est pas fait. Mais ce n'est pas perdu."
Y a-t-il un pays où tu aimerais réaliser une prestation?
Gromans: "Oui, au Congo. À Brazzaville et à Pointe-Noire. Ce sont les racines. C'est un but d'aller propager ma musique en Afrique. Si je peux donner de la force à l'Afrique, je le ferais."
La musique aide beaucoup de gens, qu'en penses-tu?
Gromans: "Oui, la musique peut aider les gens. C'est un bon médicament. Après, les problèmes de la vie, tu ne les soignes pas avec de la musique. Mais ça aide beaucoup. Moi-même, elle m'a beaucoup aidé dans ma vie personnelle. Et puis, je n'ai qu'elle, je viens de la rue, c'est la musique ou la bicrave."
Le public a tendance à beaucoup filmer pendant les prestations. Est-ce que cela te dérange?
Gromans: "Non ça ne me dérange pas, bien au contraire. Aujourd'hui, on est dans la diffusion, sur les réseaux sociaux, etc. Ce n'est pas bon pour tout, mais musicalement parlant, je suis content que les gens me filment ou diffusent ma musique sur les réseaux sociaux. Ça propage et ça fait vivre mon univers musical."
Veux-tu rajouter un dernier mot?
Gromans: "Oui, je tiens à remercier Reggae.be! Gros big up à toi JP, merci pour ton interview! Merci aux personnes qui me soutiennent et qui me donnent la force! Big up à tous mes niokas!"