J'aime bien quand les artistes sortent des mixtapes officielles. Surtout quand elles permettent de découvrir les différentes facettes d'un nouveau talent, ce qui n'est pas toujours possible quand on écoute un single par-ci, un autre par-là. Et voici donc Kelissa, que je savais appartenir au "Clan Protoje", qui avait déjà titillé mes oreilles avec certains titres... mais sans plus. Avec cette mixtape, enregistrée en compagne de la DJ Shacia Payne Marley, elle m'a ébloui!
Kelissa fait partie de cette génération de jeunes Jamaïcaines - avec notamment Lila Iké, Aza Lineage, Hempress Sativa - qui n'a pas peur d'affronter le monde encore très mâle du reggae music. Dans cette mixtape, elle nous emmène dans son univers: du reggae et dancehall mais aussi du r&b et du hip-hop, des textes parfois légers et pleins de charmes mais parfois aussi revendicatifs et plein de féminisme revendiqué. Kelissa commence d'ailleurs avec une intro au vitriol: sur un fond de nyahbinghi, elle chante, en opposition à ces stars du dancehall qui utilisent leur corps pour créer de la hype: "Me no skin out no pum-pum, me a skin out me mind. Vanity will vanish away but wisdom and knowledge supports time….".
Et c'est le Stalag riddim qui résonne alors pour un freestyle en mode deejay à l'ancienne. Sur qu'elle a dû écouter Sister Nancy en boucle. Sur cette mixtape, d'autres riddims classiques offrent leurs sonorités à Kelissa, comme le Bobby Bobylon, le Taxi, le My Conversation ou encore le Real Rock.
Kelissa interprète ensuite 'Give Me A Try' de Sizzla, avec ce même chant semi-faux affecté par Kalonji, avant de continuer avec ses propres lyrics. Parmi les singles récents de la jeune chanteuse, 'Lioness Order' - sorti sur le riddim du même nom, produit par Oneness Records - ne pouvait pas manquer. Il s'agit justement d'un riddim qui réunissait plusieurs des chanteuses reggae qui montent en ce moment.
On navigue donc dans cette vibe qu'affectionnent les jeunes artistes de cette génération entre reggae et rap. D'ailleurs, Kabaka Pyramid est présent sur cette mixtape pour un remix d'un titre de Kelissa: 'Topsy Turvy' et plus loin, c'est Keznamdi qu'on retrouve pour le combo 'Gideon', un titre aux guitares apocalyptiques. Kelissa termine son effort avec en deejay style sur un riddim qui sonne hip hop mais est accompagné de percussions rasta. Dans ce titre, elle rend hommage aux héroïnes de l'histoire de la Jamaïque et de l'Afrique et de sa musique. Une belle tirade sur l'indépendance féminine et les droits des femmes.
Une autre qualité indéniable de cette mixtape est... le mix. Basée à Los Angeles, Shacia Payne Marley a l'habitude de jouer "crossover", sautant aisément le pas du reggae au hip hop, du r&b au dancehall old-school, sans cassure de rythme ou de vibe. On voyage parmi les chansons sans même sentir les transitions, sans coupures, et c'est plutôt agréable.