En termes de poésie, il ne fallait pas s'attendre à des histoires de jolies fleurs, de papillons ou de cœurs amourachés. Nazamba se revendique de la street dub poetry. La poésie, oui, mais issue de la rue, écrite par ceux qui n'ont pas usé les bancs de l'école mais fait leur classes dans les ghettos et les quartiers durs de Jamaïque.

Ouvrant sur un titre méditatif, Nazamba nous propose 'Africa', berceau de l'humanité auquel il veut d'abord rendre hommage. Accompagné de Mad Codiouf aux platines - Rico d'O.B.F. s'est envolé pour une tournée en Extrême Orient et n'était pas présent aux dates belges de la tournée - il a ensuite enchaîné avec des titres plus "dancehall" de l'album comme 'Feel The Groove', qui nous parle des vibes qui règnent dans un studio pendant le travail créatif des artistes, musiciens et ingénieurs, ou encore 'Play Sweet' qui nous décrit une danse en sound system, sur une belle version du Drum Song riddim.
Il propose ensuite un tout nouveau morceau, sorti il y a quelques jours, 'Hot Beer'. Autre composition qui ne se trouve pas sur l'album, Ganja Yard' se déclame sur un riddim digital très lourd et très dur, voire même sombre.
Nazamba donne son concert sur scène et pas derrière la tour de contrôle d'un sound system. Et cela lui va bien: contrairement à de nombreux dub poets, il n'est pas statique mais se déplace, danse et se montre actif dans ses interactions avec le public. 'People' a été récité sur un riddim tourné vers l'Afrique, avec de nombreuses percussions. 'Medication Tree' ou 'Badmind' sont moins dansants. Ce sont des titres à écouter, pendant que les basses terribles des riddims d'O.B.F. font trembler la salle.
La voix de tonnerre de Nazamba édicte les textes avec précision. Une bonne diction qui permet au plus grand nombre de comprendre assez clairement le contenu de ces poèmes. Ce tonnerre se transforme en voix d'apocalypse sur des titres très forts et crus comme 'Run' qui parle de la violence des ghettos ou encore sur 'Bigga Boss' qui critique les hommes politiques corrompus et égoïstes. Parmi cette débauche de puissance musicale, 'In The Hills' semble tout doux. Ce titre enregistré avec Linval Thompson est un de ceux qui ont rencontré le plus de succès parmi le public.
Nazamba a joué devant un public assez peu nombreux mais a donné le meilleur de lui-même. Il a sans peine captivé le public par sa voix phénoménale et ses textes écrits avec les tripes. Et étant donné sa prestance sur scène, il me semble qu'il aurait toute sa place sur une scène accompagné d'un backing band. Espérons-le pour une prochaine tournée!
Photo: © Visionz