Dju Laïon est un artiste connu de la scène reggae belge. Influencé par le reggae et le dancehall, cet artiste originaire de Mons est un véritable passionné de musique. Le 24 Août 2019, il organise une soirée sound system au Canal 10 de Mons, avec Jet Black Sound, l'occasion pour nous de s'entretenir avec...
Dju Laïon, ce n'est pas la première fois que tu organises un concert avec Jet Black Sound?
Dju Laïon: "Non, ce n'est pas la première fois. À l'époque, il y a maintenant plus de 10 ans, on organisait déjà des concerts, dans la région montoise, avec le collectif Jet Black Sound. On a fait venir Uman, Daddy Mory, 2 Bal 2 Neg et d'autres artistes. Après, on a dû arrêter, parce qu'il y a eu certaines choses de la vie qui ont fait que le collectif c'est un peu dissipé. Maintenant, on aimerait remettre le couvert avec de nouvelles soirées. On veut faire vivre le sound system dans la région montoise!"
Pourquoi avoir choisi Atomic Spliff et Irie Nation Sound pour l'affiche de cette soirée sound system au Canal 10 de Mons?
Dju Laïon: "Tout simplement, parce que ce sont des gars qui sont proches de moi et que je les apprécie. Irie Nation m'a souvent fait jouer en sound system et m'a donné plusieurs fois la force. Donc, on a pensé à lui directement, c'est naturel. Et c'est pareil pour Atomic Spliff, ils m'ont fait jouer plusieurs fois à Liège, donc c'est normal que l'on renvoie l'ascenseur. Ce sont des frères de musique!"
Clairement, contrairement à certains organisateurs qui organisent des événements pour leurs images ou pour l'argent; toi Dju Laïon, tu fais ça réellement par amour de la musique...
Dju Laïon: "Oui complètement! Il y a beaucoup d'organisateurs qui ont de l'argent et qui organisent des événements, mais ils ne connaissent rien à la musique, ne respectent pas les artistes et ne respectent pas le public. Énormément d'organisateurs veulent juste gagner de l'argent et se donner une image positive. Moi j'organise des événements par amour de la musique, avec un respect pour les artistes et pour le public!"
Tu as débuté dans le milieu musical, dans les années 2000, avec le groupe parisien Forward, c'est bien ça?
Dju Laïon: "Oui c'est exacte. Les membres de Forward étaient de banlieue parisienne et ils se sont installés dans le Sud de la France. J'ai rejoint le groupe en les rencontrant là-bas. Je vadrouillais dans le Sud de la France et je me suis retrouvé dans une soirée jam. Lors de cette jam, j'ai rencontré le groupe et la vibes est bien passée. Ils avaient besoin d'un chanteur et me l'ont proposé. J'ai décidé d'accepter et on a réalisé un EP de 5 titres, pour pouvoir démarcher pour des événements et on a vite enchaîné les concerts. On a bien tourné dans le Sud de la France! Et le claviériste qui jouait pour nous dans Forward, avant ça, il était membre du groupe Dub Inc, c'était à leur début quand il jouait encore dans des caves. Et c'est lui qui a écrit le morceau 'Rude Boy' de Dub Inc. Ça nous a ouvert des portes et on a pu faire des premières parties de gros artistes comme, Dub Inc, Luciano, Massilia Sound System, etc. Et on a même fait une petite tournée avec MC Janik. Forward a été une très bonne expérience!"
En 2003, tu rentres dans le sound system Jet Black Sound? Tu peux nous expliquer comment es-tu rentré dans ce sound system?
Dju Laïon: "À la base, Jet Black Sound était le laboratoire musical de mon poto ZEF. Il était rempli de vinyles et il avait sa pièce où il faisait passer de la musique, son laboratoire musical! Et quand tu voulais écouter du bon reggae ou des morceaux difficiles à trouver, tu passais chez ZEF au Jet Black Sound. Tout le monde passait là-bas, tu te faisais un spliff et une tisane, et il te mettait bien avec sa musique. Et il a appelé ça Jet Black Sound, parce qu'il y avait toujours des avions de l'armée qui passés au-dessus de chez lui et parce que le reggae, c'est de la musique black. Jet Black Sound! Après, ZEF est rentré en prison en Angleterre et quand il est sorti, on a bossé ensemble et on a monté une équipe. On a commencé à faire des scènes et bien tourner, mais plus en Belgique qu'en France. Il y avait ZEF, Boug Jagale, King Seize et moi-même. Et on a organisé certains concerts comme je l'ai cité pour la première question."
En 2009, tu apparais sur la compilation 'En Mode Rasta' de Give Me 5, avec le morceau 'Le Pour Et Le Contre'. Peux-tu nous parler de cette collaboration?
Dju Laïon: "C'est Nerlock de Jahwed Family Sound qui m'a permis de réaliser cette collaboration. Give Me 5 avait besoin d'un artiste reggae/dancehall pour poser avec James Deano. Et Nerlock m'a connecté avec Deparone de Give Me 5 et la rencontre s'est très bien passée. J'ai était au studio et j'ai posé le texte. Give Me 5 m'ont fait faire aussi quelques soirées sur Bruxelles et ça s'est toujours bien passé. C'est également l'équipe de Give Me 5 qui a réalisé la pochette de mon album 'Give Thanks', ou encore, le clip du morceau 'Give Thanks'. On a eu quelques collaborations qui ont été de bonnes expériences!"
La même année, tu as remporté le "catch a mic", lors du Reggae Geel Festival 2009, en compagnie de Cash Flow et Namto du Wicked Bash Sound. Une bonne expérience également?
Dju Laïon: "Oui, une très bonne expérience aussi! Cash Flow m'a proposé d'y participer avec son selector, Namto. J'ai était content de notre show, on a joué un peu à l'anglaise, on s'est donné à fond et on a remporté la victoire! Ça nous a fait vraiment plaisir, surtout que c'est au Reggae Geel Festival, c'est un festival belge très renommé. Cette victoire a été une superbe expérience!"
Il y a eu du changement sur ton nom musical, c'était D Ju Lion et c'est devenu Dju Laïon. C'est pour la prononciation que tu as changé?
Dju Laïon: "Oui j'ai changé pour la prononciation et aussi parce que j'avais envie de me différencier des autres, parce que le blaze est pas mal utilisé dans le milieu. J'ai préféré l'écrire en phonétique, parce que je suis déjà tombé sur des massives pas trop avertis qui prononcent le lion à la française (Rire)! Comme ça, ils le prononceront comme ils le lisent. J'ai choisi le blaze Dju Laïon pour la force spirituelle que symbolise le lion, mais aussi en référence au lion of judah et la musique rasta qui a bercé mon adolescence. Le D en référence au Don en Italie, les bosses parrains de la mafia, par rapport à mes origines italiennes de par mon père. Et aussi, à l'époque, je n'avais qu'une seule lettre à changer par rapport à mon prénom Julian."
Est-ce que tes influences musicales se basent sur le reggae ou tu écoutes plusieurs styles musicaux?
Dju Laïon: "J'écoute plusieurs styles musicaux. C'est vaste, comme le reggae, le hip hop, la soul, l'afro beat, ou même le rock. Quand la musique me parle, je l'écoute. C'est la vibration musicale! La musique est puissante et universelle!"
Penses-tu que s'est enrichissent pour un artiste d'écouter plusieurs styles musicaux?
Dju Laïon: "Oui bien sûr! C'est certain! Je pense que si un artiste écoute toujours le même style musical, il tourne en rond. C'est important pour un artiste d'écouter plusieurs styles musicaux, ça permet d'avoir plusieurs influences et donc, d'être beaucoup plus créatif et original. Et si tu es un vrai amoureux de la musique, tu as cette vibration musicale qui va t'attirer et te pousser à écouter plusieurs styles musicaux."
Pourquoi as-tu choisi le reggae pour t'exprimer?
Dju Laïon: "J'ai commencé en 1995 par le hip-hop chez mon voisin, au quartier. Il avait des platines et une belle collection de break beat hip-hop, j'avais juste besoin d'un bic, d'un papier et de ma vibes. Pas besoin d'avoir fait le conservatoire. Puis, en évoluant, je me suis dirigé naturellement vers le reggae/dancehall. Je me suis tout de suite reconnu et senti concerné par les sujets abordés et défendus à travers cette culture. Le reggae n'est pas une musique de rebelle sans cause. Et c'est une musique urbaine et spirituelle."
Quels sont les messages principaux que tu défends dans ta musique?
Dju Laïon: "Mes messages et mes textes sont diversifiés, mais je m'inspire toujours de choses réelles et d'expériences vécues. Je suis une personne authentique et comme moi, ma musique est authentique."
Si on te propose de faire la première partie d'un artiste ou d'un groupe que tu n'apprécies pas musicalement ou même humainement, est-ce que tu accepterais?
Dju Laïon: "Oui j'accepterais. Je ferai ma prestation et lui ferait la sienne. Et puis, même si je n'apprécie pas l'artiste ou le groupe, mon but est de faire découvrir et propager ma musique. Et si le public aime ma musique, c'est le principal."
Tu as sorti ton premier projet, l'album intitulé 'Give Thanks', en 2012. Peut-on s'attendre à découvrir bientôt un deuxième opus?
Dju Laïon: "Oui, je n'ai pas encore de date précise, mais je travaille sur un EP de 6 ou 7 titres. Et quand l'EP va sortir, on fera aussi un gros concert release. Je travaille aussi avec un petit de chez nous, qui s'appelle Slim Prod. Il est jeune mais il est très fort, c'est un couteau suisse, il réalise des clips, il chante, il crée des riddims et il joue certains instruments. Moi je lui apporte mon expérience et lui m'apporte sa fraicheur, on fait une bonne équipe. On a concocté quelques bons morceaux et ce que je peux dire, c'est que ça va être un mix de dancehall et de trap. Les massives pourront découvrir ça bientôt. On aimerait organiser des soirées sound system tous les deux mois et faire venir plusieurs artistes dans la région montoise. On va faire vivre le mouvement du sound system!"