Cette année dans la tente dancehall, "rien de vraiment spécial" est le sentiment qui domine à mon gout. En tant que journaliste et grand amateur du genre, et après 5 ans de reportage en direct du Bounce (plus une quinzaine d'années avant ça, sans le bracelet magique qui vous permet d'aller partout ou presque), il semble qu'il soit temps de passer le relais. Il y aura eu heureusement des bons moments, surtout grâce aux sounds locaux, mais le Bounce n'était pas l'endroit le plus intéressant du festival cette année, et le public ne s'y est pas trompé.
VENDREDI
A plus de quarante balais, et néanmoins toujours les oreilles rivées sur tout ce qui se fait en matière de dancehall dans le monde, je dois reconnaître que j'attends encore et toujours d'entendre ces autres perles musicales dans les sélections du Bounce. C'est pas parce que Major Lazer a un peu foiré sur sa fin que le dancehall a cessé d'évoluer, ces productions qui marient les influences tropicales à toute sorte d'autres influences, le grime, le reggaetòn, les prods "bass" UK ou global, les prods de Toddla T, Dre Skull ou Schlachthofbronx, la jungle, le moombahton voir le raggatek, les cas spéciaux comme Gaika ou Miss Red & The Bug, ce n'est pas du "crossover", c'est le dancehall de maintenant!
Alors bien sûr, ça fait toujours plaisir de voir High Grade Sound nous emmener dans un voyage à travers leur histoire musicale, et c'est tout à fait logique d'ouvrir les festivités de cette façon, la sélection était excellente et touchante malgré un public assez timide et dispersé en ce début de soirée le vendredi, et la tente aura globalement beaucoup de mal à se remplir ce soir-là. Les sounds s'enchainent et se ressemblent un peu, Warrior Sound (le champion sound Allemand, hôtes du Bounce cette année), DJ MadBwoy (NL) et les très serieux Yard Beat venus tout droit du Japon, sélection classique et sans surprise donc, si ce n'est de mauvais gout tel un Mariah Carey qui tuera l'ambiance. Pas envie d'attendre Kranium, direction le dub-bos (le 18" Corner) pour finir la soirée sur les sons de King Earthquake.
SAMEDI
Le soleil n'est pas encore au rendez-vous et l'idée de rester planté sous une tente ne tente encore pas beaucoup de monde. Après D-Masta pour un peu de slackness et DJ Eppz pour une session afro dancehall, c'est au tour des Hollandais de Foundation Sound de prendre les commandes et de lâcher une pluie de dubplates comme à leur habitude, Sizzla, Capleton, Luciano… beaucoup de classiques de qualité, pour les amateurs de conscious dancehall.
C'est d'ailleurs cette même vibe, bien qu'un peu plus roots, qu'on retrouve le soundsystem mobile de Serendipity à l'entrée du festival avec Binwah au micro. Et l'ancien MC du Daktari Sound n'a pas perdu de sa verve pour le plus grand plaisir des festivaliers qui commencent tranquillement à envahir le terrain sans cohue ni bousculade. Il y a effectivement encore beaucoup de place cette année, ce qui n'est pas plus mal (sauf pour les caisses de l'organisation évidemment). Tout le monde s'arrête devant le soundsystem mobile, au moins le temps de prendre une photo pour leurs instagrams, et il en sera de même plus tard avec Bangarang Sound venu remplacer Serendipity, avec cette fois un autre "vétéran" de la scène dancehall locale au micro, Svern Far-High, ancien MC de High Grade Sound.
"Mais que se passe-t-il dans le Bounce?" me diriez-vous. Quelques points culminants pour mes oreilles heureusement. Tout d'abord avec ceux qui font jumper les flandres de Gand à Anvers, les Soul Shakers et leur sélection extravertie qui n'oublie pas les genres précités dans ma complainte du vendredi, comme la jungle ou le grime, telle une bouffée de Notting Hill Carnival en Campine. Il en sera évidemment de même avec notre Gentleman Rudeboy préféré, David Rodigan, un selector qui vit avec son temps malgré (ou grâce à ?) son empreinte dans l'histoire du dancehall et des soundsystems, sa sélection reste à la fois classique et surprenante du haut de ses 68 ans. On regrettera bien sur l'annulation malheureuse de King Jammy pour un clash qui aurait pu être légendaire, et on lui souhaite un rapide rétablissement et un nouveau rendez-vous (?) pour Reggae Geel 2020. Entretemps, on aura aussi pu entendre les allemands de Warrior Sound, hôtes du Bounce ce et le géant New-Yorkais, Massive B, pour un enchaînement de hits dont le label a le secret, avec leurs artistes fétiches comme Burro Banton, Red Fox, Mad Lion et les Jamaïcains les plus chauds tel Elephant Man, Beenie Man et bien-sûr Vybz Kartel.
Un samedi somme toute plus réussi que le vendredi, la tente est cette fois bien remplie (et le lift-off du jeudi n'était pas mal non plus a-t-on entendu) mais un samedi où le dancehall se faisait entendre du côté du mainstage également avec Half Pint, Burna Boy, Beenie Man (en version accélérée) et bien sur Buju Banton. Et le vendredi était également chaud coté podium puisqu'on pouvait y voir Agent Sasco et Busy Signal… beaucoup de choix difficiles à faire donc.
Qui plus est, à Reggae Geel, lorsqu'on s'éloigne du Bounce pour choper une portion de frites de manioc, il est toujours possible que, sans le vouloir, on se fasse hypnotiser par une saxophoniste des plus charmante (en l'occurrence Miss Megoo des Top Cats, sur le stage Tallawah) et qu'on oublie un peu ce pourquoi on était là, et la tente dancehall dans la foulée. Et quelque part, c'est là tout le charme de ce festival encore et toujours à taille humaine, où l'on rencontre pleins de vieux amis et où en s'en fait des nouveaux. Peu importe si la sélection dancehall était assez moyenne, il n'y a pas de meilleur festival que Reggae Geel!