Reggae.be
Mathew Nya: "Peu importe d'où l'on vient, Afrique, Jamaïque, Vietnam, France, Belgique… nous sommes un seul peuple!"
InterviewsJul 14, 2019

Mathew Nya: "Peu importe d'où l'on vient, Afrique, Jamaïque, Vietnam, France, Belgique… nous sommes un seul peuple!"

By JP Linard

L'artiste franco-vietnamien Mathew Nya est chanteur et multi-instrumentiste. Il a sorti la mixtape 'Riddim In Time' en 2005, mais également plusieurs albums, comme 'Tu Sais Ce Que T'as À Faire' en 2011, 'Humble Lion' en 2013 et 'Talk To Run' en 2018. Cette année, il nous revient avec son cinquième opus intitulé 'World Calling'.

Avant de commencer à faire du reggae, tu as eu un apprentissage avec Dennis Bovell au studio Davout, c'est bien ça? Mathew Nya: "Oui. J'ai fait des études d'assistant son et j'ai ensuite travaillé au studio Davout avec Dennis Bovell. Au studio Davout, j'ai appris et j'ai pu voir les méthodes pour enregistrer et créer la musique, les différents processus pour créer un album dans les règles de l'art. Ensuite, j'ai voulu voir le côté de la scène et c'est ainsi que j'ai travaillé à l'Elysée Montmartre au Bataclan, pour voir et apprendre comment on réalise un concert correctement: la façade, le retour, le backline, les gens, l'ambiance, le gros son en somme."

Au studio Davout, tu as même participé à la création de l'album 'Grand Bassam Zion Rock' d'Alpha Blondy, sorti en 1996... Mathew Nya: "Oui c'est exacte, j'étais assistant son sur ce projet 'Grand Bassam Zion Rock'. J'ai vraiment apprécié! Cette expérience m'a donné une force pour le travail musical, un amour et un enrichissement de l'esprit. Et ça m'a donné l'envie de devenir musicien. C'est à ce moment-là que j'ai pu avoir mon premier ordinateur Atari ST 1040 pour la musique."

Qu'est-ce que tu retiens de cette expérience avec Dennis Bovell? Mathew Nya: "J'ai aimé l'approche de sa musique. C'est un très bon artiste,  multi-instrumentiste, ingénieur du son et producteur. Il a eu de belles créations musicales avec l'artiste Linton Kwesi Johnson alias LKJ. Sachant s'entourer de bons musiciens, c'est par respect au fameux Dennis Bovell Dub Band, que j'ai repris le Dub Band, pour la force. Grâce à cette rencontre avec Dennis Bovell, j'ai réussi à prendre confiance en moi pour faire de la musique. Ma rencontre avec le groupe African Griots a été importante également, je les ai rencontrés quand j'ai pris la décision de me consacrer à la musique. J'ai donc travaillé les instruments et j'ai écrit mes poèmes pour progresser. L'envie m'a guidé et ces rencontres m'ont poussé dans cette direction-là."

Pourquoi as-tu choisi de te diriger plus particulièrement vers la musique nyahbinghi? Mathew Nya: "J'aime la musique nyabinghi parce que c'est le rythme du cœur, le dub poetry et donc, naturellement, j'ai choisi de me diriger vers le nyabinghi, car je crée ma musique en écoutant ce que mon cœur me dit. Et j'aime aussi la musique métisse, comme je suis d'origine franco-vietnamienne. Donner de sa culture et prendre de la culture de l'autre, le mélange, les rencontres, les voyages, la découverte."

Si un jour, on te propose de poser sur un morceau dancehall, est-ce que tu accepterais? Mathew Nya: "Si le rythme se prête à ma voix et que j'apprécie le riddim, oui, pourquoi pas. La musique n'a pas de frontière. Comme on dit en Jamaïque, no problem!"

Tu viens de sortir ton album 'World Calling'. Quelle est la philosophie de ce projet? Mathew Nya: "Ce nouvel album 'World Calling' a pour force, le partage de notre humanité en musique, avec d'autres artistes rencontrés aux quatre coins du monde. Pour ainsi trouver un message simple et ouvert, nous sommes un seul peuple! La musique réunit, elle n'a pas de frontière, c'est un appel à l'unité. C'est un album moderne et traditionnel à la fois, qui fait comprendre que la vraie richesse est celle du cœur, un seul but, un seul amour, une seule vie. Le cœur et l'esprit."

Peux-tu nous citer les artistes que tu as rencontrés aux quatre coins du monde et qui t'entourent sur cet album 'World Calling'? Mathew Nya: "Il y a le groupe African Griots du Burkina Faso, composé d' Hawa Zo Diarra et Fatogoma Keita. Également du Burkina Faso, il y a aussi Abdoulaye Dembele au Balafon. L'artiste vietnamienne de Hanoi, Mia Phi, la française Céline Lioness Mama et Oba Simba de Jamaïque. Nous avons tous chanté ensemble pour exprimer nos points de vue, nos lyrics, nos vies, mais surtout pour partager nos sourires et de beaux moments. Abdoulaye Dembele et Hawa Zo Diarra ont participé à la composition de certaines instrumentales, mais également Nam Ma du Vietnam, avec sa guitare. On découvre aussi des cuivres des pays scandinaves pour pouvoir retrouver des sonorités jazz dans ma musique. J'ai réalisé des chansons acoustiques et dub poetry, suivant la vibes, en étant toujours équipé de mon matériel portatif. Nous avons saisi l'instant! Ce projet 'World Calling' allie tradition et modernité, afin de réaliser ensemble un reggae roots ouvert sur le monde, sans frontière et métissé."

Est-ce que tu préfères créer un album avec ton matériel portatif ou dans un studio? Mathew Nya: "J'aime les deux, mais j'aime les instants présents et pour ça le matériel portatif est formidable, on peut saisir des moments de vie, des échanges, des rencontres en musique qui se passent spontanément. Et on peut enregistrer ces moments magiques peu importe où on est. C'est vraiment ça qui est super avec le matériel portatif."

Qui a réalisé le graphisme de ce projet 'World Calling'? Mathew Nya: "C'est moi-même. Je repousse les limites et j'apprends chaque jour de nouvelles choses. La création graphique des pochettes de disque, la réalisation des clips, etc. J'essaye et je me lance des défis. Ça permet aussi de rester indépendant au maximum. Independant is freedom and freedom is not free but it's a must."

Qu'est-ce que tu aimes en dehors de la musique? Mathew Nya: "J'aime les rencontres et donner de l'impulsion, donner du plaisir aux personnes que je rencontre. J'aime le partage, la découverte et les voyages. J'aime la vie!" 

Si tu dois définir ta musique en quelques phrases, quelles sont ses phrases? Mathew Nya: "Ma musique est libre et sans frontière, basée sur le groove. Et j'ai voulu la métissée encore plus, en faisant chanter des artistes du monde entier pour partager notre visions du monde. Ma musique est là pour enrichir le peuple, apporter des vibrations positives et créer des instants magiques. Ma musique est un appel à l'unité. Nous voulons tous la même chose dans ce monde, la paix, l'amour et l'harmonie. Il faut y croire et être déterminé pour un monde meilleur. Peu importe d'où l'on vient, Afrique, Jamaïque, Vietnam, France, Belgique, nous sommes un seul peuple! Unité!"
Mathew Nya: "Peu importe d'où l'on vient, Afrique, Jamaïque, Vietnam, France, Belgique… nous sommes un seul peuple!"

About the Author

JP Linard

Genres

DubReggae

Published

Jul 14, 2019