Baltimores est un jeune artiste originaire du Sud de la France, qui a su conquérir le public avec ses nombreuses prestations et la sortie de plusieurs titres tels que 'Education Is The Key', 'Political Will' et 'Freedom Train'. Après avoir fait de multiples rencontres et vagabondé dans les sounds systems, il a acquis de l'expérience et a sorti son premier EP, intitulé 'Air'. Reggae.be lui a consacré un entretien pour en savoir plus sur son univers musical...
Baltimores, tu as été attiré par la musique assez jeune, mais pas directement par le reggae?
Baltimores: "Oui très jeune! J'ai très vite écouté du rap, puis du rock, et je suis arrivé sur le reggae à l'adolescence. Mon grand frère était batteur et passionné de musique avant moi. Il m'a transmis sa passion, mais je pense que de toute façon, je serais tôt ou tard tombé dedans, car j'ai toujours été très sensible à cet art! Je me rappelle que mon premier vrai déclic pour le reggae music a été lors d'un concert de Bob Wasa et Positive Roots Band, je devais avoir 15 ans! J'écoutais 38 Dub Band à l'époque! Puis quelques années plus tard, je suis tombé dans la musique jamaïcaine et j'ai commencé à vraiment m'intéresser au milieu reggae, à ses codes et ses spécificités!"
Pourquoi avoir choisi le reggae pour t'exprimer?
Baltimores: "J'ai beaucoup joué d'autres styles musicaux comme le rock, la soul, le funk,... mais en groupe. Je chantais du reggae quand j'étais seul pour m'amuser, car je n'avais pas de musiciens motivés autour de moi pour monter un groupe de reggae. Mais je dois dire que depuis mon adolescence, le reggae est le style de musique que j'ai le plus écouté! Et puis, j'ai découvert la scène sound system, mais que je n'ai commencé à fréquenter que sur le tard. Et c'est comme ça que j'ai pu enfin m'exprimer sur des riddims et revenir à mes premiers amours pour le reggae et le dub! Et la scène sound system m'a apporté une grande liberté, celle de pouvoir facilement collaborer en live ou en studio avec des chanteurs et selecta différents. C'est aussi cette facilité à partager la vibe avec d'autres artistes qui me nourrit et qui m'a poussé à continuer dans ce milieu."
Quelles sont tes influences musicales?
Baltimores: "Franchement, j'aime tellement de choses différentes que c'est dur de répondre! Alors pour faire court et rester dans le reggae, j'ai beaucoup écouté les chanteurs new roots, comme Anthony B, Capleton, Sizzla et les autres, mais je suis aussi très fan de roots. D'ailleurs, big up aux quelques crew français qui font revivre ces sonorités, comme Roots Attack, Earth and Powa, Zion Livity, Objectif Roots, Roots Powa, etc. Je me mets de plus en plus à pratiquer le deejay style, ça doit être l'influence de la scène sound system (Rire)! Je dois également dire que les interactions avec les chanteurs que j'ai pu croiser ou que je côtoie, sont une grande source d'inspiration! Je pense en priorité à Ti Zion et Sama Renuka bien sûr, mais aussi à Lucky MC, I-Fi, Twan Tee, Rootsy Lion, Mowgly, Ranking Fox, Green Cross et d'autres... avec qui j'ai partagé des moments extraordinaires de freestyle!"
En 2016, tu es rentré dans le label associatif Maha Mila Production. Peux-tu nous en dire plus sur ce label?
Baltimores: "Maha Mila Production s'est créé sur l'initiative de Ti Zion, qui est un activiste de la scène musicale dans les Bouches-du-Rhône depuis longtemps. J'ai rejoint le projet en cours. L'objectif est de proposer un soutien aux artistes en qui nous croyons et d'animer la scène locale dans le Sud-Est de la France. On souhaite en particulier développer la production sur l'organisation d'événements/concerts. Nous progressons en permanence, mais restons une petite structure associative qui avance à son rythme avec très peu de moyens. Mais la passion est un puissant moteur! On organise par exemple le PACASYSTEMA, un festival qui a lieu deux fois par an depuis 5 ans, et qui nous permet de promouvoir les talents locaux tout en faisant venir des têtes d'affiche d'ailleurs, comme par exemple Joe Pilgrim, Kandee Dub, Green Cross, etc. Pour les artistes qui aimerait collaborer avec nous, ils peuvent nous contacter via Facebook, via le profil Maha Mila Prod."
Tu viens de sortir ton premier projet, un EP de 5 titres intitulé 'Air'. Comment s'est déroulée la création de ce projet?
Baltimores: "Cela s'est fait assez rapidement et naturellement. J'aime le studio tout autant que la scène! Après avoir sortis quelques singles avec Boom Hi-Fi, j'ai eu envie de sortir un EP, et l'idée nous est venue avec Maha Mila Prod de travailler sur un opus qui réunit les differents dubmakers avec qui j'avais travaillé au cours de l'année. On a sélectionné les riddims avec chaque crew et puis j'ai écrit, record et voilà le travail!"
Tu t'aies entouré de plusieurs dubmakers pour cet EP, comme Kandee Dub, Jungle Weed, Mass-I Sound et Boom Hi-Fi. Comment les collaborations se sont-elles faites?
Baltimores: "Ce sont des dubmaker que j'ai eu le plaisir de rencontrer lors de sessions, puis avec qui j'ai eu le plaisir de jouer en live! Le choix de certains riddims de l'EP vient tout simplement de freestyle qui ont bien fonctionné en live et qui nous ont fait dire: «hey mais ça serait pas cool qu'on l'enregistre ça?!». Nous avons parfois fait quelques ajustements sur les riddims pour leur donner une structure plus propice à y poser du chant, mais j'ai exploité la plupart des riddims tels quels. Chaque crew a bien sûr mixé son riddim, je n'avais plus qu'à enregistrer les voix, les mixer et faire masteriser les tunes. Je remercie du fond du coeur Kandee Dub, Jungle Weed, Boom Hi-Fi, Mass-I Sound et Puppa Fisha, pour leur participation à ce projet!"
Tu as invité tes complices de Maha Mila Production à prendre le micro sur ce projet. On peut découvrir Ti Zion sur le titre 'Celestial Singjay' et Sama Renuka sur 'Meditation'.
Baltimores: "On est inséparables avec Ti Zion et Sama Renuka! C'est toujours un grand plaisir d'être ensemble! Et on est efficaces dans le travail! Les collaborations se sont faites assez simplement; je leur ai proposé des riddims sur lesquels je nous imaginais ensemble, puis on a écrit et enregistré. Je ne me voyais pas sortir mon premier EP sans collaborations avec ces deux animaux (Rire)! Ils sont à l'origine de la plupart des belles choses qui m'arrivent en ce moment sur la scène reggae! Et je les remercie du fond du coeur pour ça!"
Qu'est-ce que tu peux dire sur ces deux artistes, Sama Renuka et Ti Zion?
Baltimores: "Sama Renuka est une des chanteuses les plus précises que j'ai eu à connaître! Elle est impressionnante en studio! Tu lui mets le micro devant, tu lui dis de chanter et 3 minutes après c'est dans la boîte! J'exagère à peine! Sa renommée dans le milieu sound system s'est faite notamment grâce à son activité avec les Welders Hi-Fi, avec qui elle a beaucoup tourné et sorti un album. C'est une personne affectueuse et attachante! Comme beaucoup de gens, j'adore sa voix! Quant à Ti Zion, je l'ai connu au collège, il y a fort longtemps! Puis, on s'est perdu de vue, et retrouvé, il y a bientôt deux ans! Il m'a beaucoup appris et conseillé par rapport au milieu reggae et sound system, qu'il connaît mieux que moi! J'aime sa voix grave, qui peut avoir un côté Shaggy parfois! Toujours motivé pour freestyler sur n'importe quel riddim, c'est un excellent compère de live à avoir, même s'il est bien plus occupé et impliqué dans les activités de production/gestion de Maha Mila Prod que sur son univers artistique individuel. Sa modestie et son altruisme naturel le poussent plutôt à se mettre au service des autres! Je me bats pour lui faire sortir un premier single officiel, un jour je l'aurai (Rire)! Et il se lance également en tant que selecta sous le nom de Zion Kitchen."
Parle-nous du titre éponyme 'Air'...
Baltimores: "Ce morceau déplore le manque d'action public pour lutter contre la pollution de l'air, surtout dans les grandes villes où ça devient insupportable! J'ai passé les 5 dernières années à Marseille et à Paris, et j'ai énormément souffert de la qualité de l'air. Je viens de la campagne et je ne comprendrai jamais, comment on peut passer toute sa vie à respirer l'air d'une ville comme Paris! J'imagine que l'on y est habitué quand on est né dedans. Toujours est-il que les maladies respiratoires augmentent, les cancers aussi! On sait très bien qu'une des causes principales, c'est la pollution de l'air! C'est mon opinion et ça me fait du bien d'en parler dans mes lyrics. Et si, grâce à ce tune, ne serait-ce qu'une poignée de personne pouvait prendre conscience de la situation, et voter pour des candidats qui se préoccupent vraiment de l'urgence environnementale, ce serait ma contribution à faire un monde meilleur!"
Selon toi, quelles sont les solutions pour lutter contre la pollution?
Baltimores: "Les énergies vertes par exemple. Ou plus simplement, on peut faire beaucoup dans les villes, comme l'incitation à l'usage du vélo, la fermeture des centres-villes aux voitures, le développement de réseaux de transport électrique, le développement du parc automobile électrique, etc. Si l'on mettait autant de budget dans ces initiatives et dans la recherche sur la production et le stockage des énergies vertes, que ce que l'on met dans l'armement ou le service de la dette, on pourrait avancer dix fois plus vite qu'aujourd'hui! Mais l'industrie pétrolière est énormément plus influente auprès du gouvernement français que nous! Mais regardez l'avance qu'ont pris les pays scandinaves ou l'Allemagne en matière d'énergie verte, ils nous montrent que c'est possible!"
Qui s'est occupé du graphisme de ton projet 'Air'?
Baltimores: "C'est Design 5! Elle se prénomme Claire Ferrat, c'est une amie. Je ne peux que recommander ses services!"
Avant d'avoir sorti ce projet, tu as assuré l'affiche aux côtés d'artistes respectés dans le milieu reggae. Qu'est-ce qui t'a permis de pouvoir faire ses scènes sans avoir conçu de projet?
Baltimores: "C'est justement la beauté du milieu reggae et sound system! Un milieu où l'on te donne ta chance! Un milieu underground qui n'est pas médiatisé, ni subventionné, et où les gens se serrent les coudes et ont développé l'esprit de réseau! Donc quand j'ai débarqué dans le milieu, j'ai trouvé une seconde famille qui m'a accueilli à bras ouverts. Je me sens très chanceux d'avoir pu bénéficier de mises en avant de la part de personnes qui me connaissaient peu, mais qui m'ont fait confiance et ont voulu faire écouter ma voix. Je dois dire que c'est aussi énormément dû au travail de Ti Zion et Sama Renuka avec Maha Mila Prod, qui m'ont fait rencontrer presque tous les gens que je côtoie dans le milieu aujourd'hui! Mais aussi grâce à des gens comme Benoit Galleron d'After All Sound System qui m'a donné la chance de pouvoir chanter avec Charlie P lors du Zion Garden 2017! Je tiens d'ailleurs à remercier tous les crew qui m'ont offert la possibilité de chanter et de partager la vibe avec eux! C'est ce que j'adore dans la scène sound system! À tout moment, tu peux te retrouver à partager le micro et la sono avec d'autres artistes que tu ne connaissais pas, mais avec qui tu vas instantanément nouer une forte connexion grâce à la musique! Cet esprit de partage n'est clairement pas aussi développé dans tous les genres musicaux!"
Tu te souviens de ta première scène?
Baltimores: "Oui! Ma toute première vraie scène, c'était avec un groupe de rock, et c'était mes débuts au chant! Il y avait déjà du flow dans ce que je faisais, beaucoup de flow pour du rock, mais les gens me disaient que j'avais une voix très reggae (Rire)! C'était en 2003 ou 2004, à Marseille, au Dan Racing, un bar qui était incontournable pour la scène émergente à l'époque, mais qui a fermé depuis. C'était l'usine, il y avait peut-être trois groupes qui y jouaient chaque soir! Un tout petit bar géré par un vieux biker assez rustique."
Tu es un artiste français qui chante en anglais. Pourquoi as-tu choisi de chanter en anglais?
Baltimores: "J'aime chanter dans cette langue, j'y prends plus de plaisir qu'en français. Et j'écoute quasiment que de la musique où ça chante en anglais, et ça m'influence également. Et en fait, je chante en patois jamaïcain, même si j'ai encore beaucoup de progrès à faire! Ça peut paraître dur à comprendre pour pas mal de francophones, mais nous les MC francophones qui chantons en patois, on aime la musique jamaïcaine! Ce sont les jamaïcains qui nous ont mis nos claques, ce sont les jamaïcains qui nous ont fait vibrer! Alors c'est naturellement que l'on a envie de chanter comme eux! C'est une discipline à part entière de chanter en patois jamaïcain! Ça ne choque personne que certains français soient des experts du blues de Louisiane ou de l'opéra italien! Ils ont choisi leurs disciplines et jouent avec les codes de cette discipline! Nous c'est identique! Et attention, ça ne m'empêche pas d'avoir beaucoup de respect pour les MC qui chantent en français, et heureusement qu'ils sont là pour défendre notre langue!"
Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment?
Baltimores: "Là j'ai une grosse période deejay style et je travaille mon yardie en écoutant Mr Williamz et Joseph cotton. Et puis je me suis remis à écouter Michael Prophet vu les circonstances... Sinon, j'ai en permanence la tête dans les productions que m'envoient les crews avec qui je travaille, et je leur tir mon chapeau pour la qualité de leurs compositions! Je pense à Boom Hi-Fi, Massilia Hi-Fi, Jah Works Promotion, Mass-I Sound, Earth And Power (Dub Foundry), Roots Attack, Jungle Weed…"
As-tu de futurs projets de prévus?
Baltimores: "J'ai envie de tourner un maximum avec un ou plusieurs selectas ou dubmakers differents. Je voudrais continuer à sortir pas mal de single. Et commencer à travailler sur un autre EP ou album, mais je n'y suis pas encore, ça va venir. Et puis j'ai l'ambition de développer les activités de Maha Mila Production pour produire d'autres artistes."
Un dernier mot à rajouter pour le public de Reggae.be?
Baltimores: "Merci d'avoir eu la curiosité de lire cet article, et peut-être même d'avoir écouté un titre ou deux de l'EP. J'aimerais beaucoup jouer en Belgique et j'espère avoir cette opportunité bientôt! Et continuez à lire Reggae.be et à les soutenir si vous voulez continuer à découvrir des artistes émergents! C'est rare les médias qui s'intéressent vraiment aux artistes peu ou pas connus!"