Reggae.be
Ken Boothe, Horace Andy & Jah9 au Vooruit : une grosse dose de vitamines avant l'hiver!
Event ReportNov 08, 2016

Ken Boothe, Horace Andy & Jah9 au Vooruit : une grosse dose de vitamines avant l'hiver!

By Irie Nation

Depuis la fin de l'été, depuis que la saison des festivals 2016 s'est clôturée, nous attendions une soirée pareille. Et alors que l'automne s'installe froidement sur notre pays, cette dose de soleil et de musique jamaïcaine vaut bien une cure complète de vitamines avant l'hiver. Avec trois artistes au programme, Democrazy et Skinfama nous ont offert une soirée exceptionnelle!

Jah9 est la première à se présenter sur la scène. Encore très jeune, elle ne dénote cependant pas dans ce programme très roots. En effet, elle est une des égéries de ce mouvement qu'on appelle 'Reggae Revival'. Elle a pu en quelques années conquérir une partie du public et se faire un nom sur les scènes de nombreux festivals. Pourtant, son style de chant ne convainc pas forcément tout le monde. Dont moi, qui n'arrive pas à trouver harmonieux son mélange de chant soul/opéra/nyahbingi/reggae roots. Là où les fans sont comblés et captivés par ce style de chant très particuliers, d'autres le trouvent insipide, ennuyeux, statique et beaucoup trop cérémonieux, leur rappelant la messe du dimanche. Jah9 a ouvert avec son titre 'Jungle' et enchaînant avec les titres les plus connus des deux albums qu'elle a déjà sortis. 

Dans le public, c'est l'immobilité. Entre ceux qui sont cloués au sol par la musique et le message, comme envoûtés et ceux qui attendent que quelque chose se passe. Les réactions sont mitigées. Natty m'a dit que c'était un très bon concert. Moi, je n'en ai supporté que la moitié et suis sorti un moment.



Quand je reviens dans la salle après avoir empli mes poumons d''oxygène', Ken Boothe est déjà sur scène. Et la salle semble s'être réveillée. Comme si la vie s'était tout à coup insufflée dans le Vooruit. La fin de chaque morceau est accueillie par un tonnerre d'applaudissements et d'enthousiasme. C'est que le vétéran sait y faire! Sapé dans un costume gris clair très classique (contrairement à certaines tenues flashy qu'on l'a vu porter en d'autres occasions), il propose tout simplement, mais avec une verve et une intensité extraordinaire, ses plus grands classiques : 'Silvers Words', 'Speak Softly Love', 'Everything I Own'... Il n'oublie pas ses morceaux ska, mais il n'en joue qu'un à la fois : à chaque fois, il enchaîne avec un morceau reggae. Interpréter ces titres ska fougueux semble lui pomper pas mal d'énergie. A 68 ans cela se comprend! En sueur sur 'Artibella', il se fait rejoindre pour quelques pas de danse par des dames, plus toutes jeunes, mais qui lui ont fait tourner la tête. Parfois il arrête les musiciens pour nous faire des confidences. Saviez-vous qu'il a écrit la chanson 'The Train Is Coming' parce que quand il était tout jeune, il était impressionné par cette grosse voiture en fer, et n'avait d'ailleurs jamais entendu parler d'autres choses comme d'un avion par exemple... Il a confié avec vu nos trains et estimait donc que nous aussi étions familiers avec les trains. Ce qu'il ne sait pas c'est que les trains belges en plus sont probablement aussi souvent en retard que les trains jamaïcains!

Ken Boothe a été backé par les musiciens de Jah9, une formation modifiée par rapport à sa dernière tournée, certains musiciens ayant été remplacés, des cuivres invités et Bregt Puraman avait sa place à gauche de la scène aux percussions. Ce groupe s'est très bien débrouillé avec Ken Boothe, même s'il ne possède pas le son old-school que certains groupes de musiciens plus âgés peuvent avoir. Pour sa part, le dernier artiste de la soirée jouera avec sa propre formation, une nouvelle formation dont je n'ai pas pu trouver le nom. En tout cas, on y reconnait plusieurs musiciens français, notamment à la guitare et à la batterie. Le saxophoniste et le tromboniste semblent avoir été "prêtés" au premier groupe, ils restent en place pour le dernier concert. 

C'est donc Horace Andy le troisième acte de cette pièce. Il ouvre avec quelques classiques, je n'ai pas noté sa setlist, mais le public, malgré l'énorme show de Ken Boothe a gardé assez d'énergie et apprécie ce début de concert. Dans mes souvenirs, un concert d'Horace se déroule à du 2 à l'heure, sans trop de mouvement, avec un chant semblant venir de loin. Mais comme le confiait Selector D Day, l'artiste en a peut-être marre d'être appelé 'Sleepy'. Avec ses nouveaux musiciens, le vétéran semble avoir développé une nouvelle vibe, plus énergique, plus moderne... Plus dancehall? 

Joués plus vite, avec plus de rub-a-dub, par des musiciens jeunes, souriants et motivés, les riddims s'animent et le public se délecte et participe. En tout cas, des titres très lents et réflectifs comme 'Money Money' ou 'Skylarking' semble trouver un souffle nouveau. La chanson 'Ras Ah No Style, Ras Ah No Fashion' est carrément dansante, dancehall, avec des mix où Horace Andy touche presque au ragga. Pourtant il sait rester intime comme avec l'interprétation de 'Ain't No Sunshine' ou de son titre préféré, à ce qu'il nous a avoué, de l'album 'Blue Lines' de Massive Attack: 'Hymn Of The Big Wheel'.

L'artiste communique. Sa joie mais également sa fureur contre le système de Babylone et contre ces Nations Unies ('les Nations Unies de la Guerre') à qui il dédicace 'Every Tongue Shall Tell'. Plus loin, après une diatribe contre la police, il leur dédicace 'Leave Rastaman'. En version extra longue, Horace Andy commence une rime, une incantation, qu'il reprend encore et encore, pendant que derrière lui les musiciens entament une lente montée et accélération musicale.... Qui semble ne jamais devoir finir. Le batteur, déchaîné, tient un rythme tout simplement démoniaque, tel des roulements de tonnerre. De plus en plus haut, de plus en plus vite, sans qu'Horace fasse mine de s'arrêter. Le groupe s'accroche, le chanteur quitte lentement la scène autorisant enfin ses musiciens à jouer l'outro d'une des finales de concerts les plus sensationnelles que j'ai eu l'occasion de voir. 

Foto's: © Pieter Dewulf - www.tropicalidad.be  
Ken Boothe, Horace Andy & Jah9 au Vooruit : une grosse dose de vitamines avant l'hiver!

About the Author

Irie Nation

Genres

RootsRocksteadyReggaeNew RootsLovers Rock

Published

Nov 08, 2016