Reggae.be
Pierpoljak: "C'est les rastas qui m'ont montré qu'il y avait aussi un autre chemin à suivre!"
InterviewsApr 28, 2016

Pierpoljak: "C'est les rastas qui m'ont montré qu'il y avait aussi un autre chemin à suivre!"

By Jah Rebel

Pékah, t'as pas débuté ta carrière musicale en tant que chanteur. C'est à quel moment que t'as découvert le pouvoir de ta voix?
Pierpoljak:
"C'est vrai, tout au début j'étais bassiste dans un groupe de punk. Après avoir quitté ce groupe, j'ai découvert le reggae en Angleterre. Très vite je suis devenu accro et c'est de là que tout a démarré quoi."

Qu'est que tu trouvais dans le reggae que t'avais pas trouvé dans le punk?
Pierpoljak:
"Je ne sais pas… Pour vrai dire je n'ai pas cherché le reggae. J'habitais à Stockwell, tout prêt de Brixton, le quartier caribéen de Londres. Là, le reggae sonnait partout. A part cela, j'écoutais aussi le ska et le rocksteady, la musique préférée des skinheads."

Le reggae t'as aussi conduit jusqu'en Jamaïque, mais c'était vraiment le producteur Clive Hunt qui t'as emmené là-bas. Comment est-ce que tu l'avais rencontré?
Pierpoljak:
"A un certain moment Clive est venu en France pour relever les compteurs (rire). Il touchait une somme raisonnable pour une chanson qu'il avait produite, pour Bernard Lavilliers et Jimmy Cliff ('Melody Tempo Harmony', Barclay, 1995, red.). A l'époque Bernard était signé chez Barclay et, vu que moi j'étais avec eux aussi et qu'ils ne savaient pas trop bien quoi faire de moi, ils ont demandé à Clive ce qu'il pensait de ma musique. Ils lui ont fait écouter 'La Musique', une chanson pour laquelle j'avais utilisé un sample de 'Only A Smile' des Paragons et Clive était immédiatement enthousiasmé. J'étais en répétition un peu plus loin à Paris et c'est là qu'il est venu me voir. On a commencé à travailler ensemble et cette collaboration a quand-même produit quatre albums."

Si je vous demande ce qu'il a signifié dans votre carrière, vous me répondez quoi?
Pierpoljak:
"(en patois Jamaïquain) Clive Hunt a mi fatha man! Je ne peux pas le dire autrement."

Qu'est-ce que ce voyage en Jamaïque t'a appris?
Pierpoljak:
"Bien, vu que j'avais déjà habité aux Antilles, la Jamaïque me rappelait un peu à ces îles-là. J'ai immédiatement embrassé le mode de vie de là-bas. Bien sûr la Jamaïque ce n'est pas que le soleil et la mer, il y a aussi un coté brutal, violent, mais tout ça fait partie de l'identité de l'ile quoi."

Bien avant que t'as percé en tant que Pierpoljak, t'étais connu comme Pierrot le Fou pendant un certain temps…
Pierpoljak:
"Tu sais, je vais être honnête, quand j'étais jeune je faisais partie d'un gang. C'était une période qui n'a duré que deux ans, mais c'est la qu'on m'a donné ce surnom de Pierrot Le Fou. Je n'ai jamais aimé ce nom."

Et d'où est alors venu le nom Pierpoljak?
Pierpoljak:
"Ce nom-là c'est mon frère qui me l'a donné. Avant cela, à l'époque où je faisais encore les soundsystems, on m'a aussi appelé Peter Pan pendant une période. Ce n'était pas terrible comme nom quoi (rire)! Mais bon c'était dans l'esprit des deejays jamaïquains. Un jour mon frère m'a proposé Pierpoljak et après avoir réfléchi un peu, je devais lui donner raison: c'était pas mal comme nom de scène, donc je l'ai accepté."

'General Indigo', le titre de ton nouvel album, est aussi un surnom qu'on t'as donné, cette fois-ci en Jamaïque.
Pierpoljak: "Un jour j'accompagnais un pote qui allait faire un course à Kingston. En l'attendant sur le parking j'ai allumé un spliff et un des vigiles m'a vu et s'est approché de moi et a commencé à m'engueuler. Bien sur je lui ai répondu en patois fluent. Ça l'a surpris tant qu'il m'a demandé si j'étais un Jamaïquain blanc. Quand je lui ai répondu que j'étais Français, il a éclaté de rire. J'ai ajouté que j'étais chanteur et que mon nom était Pierpoljak. Il m'a répondu: "Non, non, toi avec tes yeux bleus perçants, dès maintenant ton nom est General Indigo!". Les Jamaïcains ils ont l'habitude de te donner un nom qui décrit ton caractère ou ton apparence et une fois donné, ça colle!"

J'avais lu quelque part que 'General Indigo' est l'album qui t'as pris le plus longtemps à finir?
Pierpoljak:
"C'était simplement une question de finances… A l'époque de l'album que j'ai enregistré à Tuff Gong, j'étais encore signé chez Barclay, mais 'General Indigo' je l'ai sorti sur mon propre label Garvey Drive, donc j'ai dû le financier moi-même. Je l'ai fait un peu par amitié avec mes collègues musiciens, mais je suis très content du résultat."

Est-ce que t'as dû t'adapter beaucoup à cette indépendance ou est-ce qu'il avait aussi un côté positif?
Pierpoljak:
"J'ai un très bon souvenir de mes années chez Barclay et Universal, mais faire les choses soi-même ça crée aussi des autres perspectives. On a créé le label Garvey Drive et cela nous donne aussi la possibilité de donner des chances à des jeunes artistes, par exemple."

D'où est venu le nom du label, Garvey Drive?
Pierpoljak:
"C'est le  nom de la rue ou se trouve Tuff Gong Studios, les anciens Federal Studios. Pas le musée, qui est située à Hope Road, mais les studios."

Sur 'General Indigo' il y a pas mal de chansons avec un coté autobiographique. Celle qui frappe le plus est sans doute 'Papa De Weekend' dans laquelle tu décris ta situation familial.
Pierpoljak:
"Dans cette chanson, je décris ma situation et je dis ce que j'en pense! (rire) C'est aussi un message de solidarité avec les autres hommes qui sont dans la même situation."

Il y a aussi le ganja tune 'Pour Moi C'est Déjà Légalisé'. De toutes tes expériences avec les stupéfiants, c'est laquelle dont tu n'as gardé que des souvenirs positifs?
Pierpoljak:
"C'est vrai que je fume toujours… Je dirais presque: "Malheureusement!", parce que ça ne fait pas que du bien non plus, mais j'avais toujours dis qu'un jour je ferais une chanson là-dessus. Cela dit je voulais faire une chanson ou je disais des choses qui n'avaient jamais été dites sur le sujet. Tous ceux qui fument déjà depuis longtemps savent très bien qu'il y a aussi un coté négatif. C'est quand-même un stupéfiant qui te rend assez vite fainéant."

Es-tu d'accord si j'appelle 'General Indigo' un album mélancolique?
Pierpoljak:
"Oui, tout-à-fait d'accord, mais j'ai un peu une personnalité mélancolique donc ce n'est pas si étonnant que ça… Je pense que tu va,  retrouver ce côté mélancolique - voir triste - dans tous mes albums. Je suis comme ça et j'y peux rien quoi! (rire)"

Dirais-tu qu'il y a eu une influence de la philosophie rastafari dans ta musique ou dans ta vie en général?
Pierpoljak:
"Dans ma musique, sans doute, puisque le reggae est lié avec le rastafarisme. Personnellement, la religion ne me dit rien. Cela dit, le rastafarisme en tant que philosophie a vraiment changé ma vie. Je suis arrivé en Martinique aux Antilles en tant que délinquant - je tapais les hôtels - et c'est les rastas de là-bas qui m'ont montré qu'il y avait aussi un autre chemin à suivre."  

Pierpoljak: "C'est les rastas qui m'ont montré qu'il y avait aussi un autre chemin à suivre!"

About the Author

Jah Rebel
Plus

Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.

Genres

RootsDancehallReggaeNew Roots

Published

Apr 28, 2016