
Big Red, Daddy Mory si on regarde la carrière de Raggasonic, en un peu moins de vingt ans vous n'avez sorti que trois albums, mais malgré cette discographie assez minimaliste et la pause qu'il y a eu, vous restez le numéro un absolu de la scène reggae francophone. Est-ce qu'il y a une formule magique Raggasonic?
Daddy Mory: "On ne va pas te mentir, rien a été prémédité quoi, ça nous est dépassé c'est tout! Même notre talent c'est du spontané, on n'a jamais pris des cours de chant ou quoi que ce soit. Nos racines étaient dans le soundsystem."
Big Red: "On aime aussi que les gens peuvent nous voir comme eux et ne pas comme des stars. Nos concerts sont des réunions et nous ne nous sentons pas au-dessus ou au-dessous de personne. Dans nos textes on constate des choses, mais nous n'allons jamais dire aux gens ce qu'ils doivent faire. Nous constatons les mêmes choses que la plupart des gens dans la société avec la seul différence que nous on a la chance de pouvoir s'exprimer sur scène et ça tombe bien parce qu'on sait que faire cela! (rire) En fait on est un peu des militants activistes qui se battent passivement à travers la musique!"
Il y a quand-même un flow entre vous deux qui n'est pas facile à copier.
Daddy Mory: "Ça fait partie de la magie que nous même on ne sait pas expliquer!"
Big Red: "Bien-sûr on vient plus ou moins de la même école musicale et on a puisé nos sources dans les mêmes classiques dans la musique reggae."
Daddy Mory: "Quand nous avons commencé il y avait pleins d'artistes qui avaient la même culture musicale que nous, mais entre nous il y avait quand-même quelque chose d'inexplicable."
Parlez-moi un peu du côté militant, rebelle de votre musique.
Big Red: "C'est propre au reggae… Nous on ne voulait pas faire du lovers, donc ce qui nous restait c'était la réalité."
Daddy Mory: "Notre musique c'est de la musique de rudeboy, mais être rudeboy ça ne veut pas nécessairement dire parler du badness. Bien sûr, on fait beaucoup de musique qui est strictement basé sur la culture de la danse en Jamaïque, mais je pense quand-même que maintenant il y a une nouvel vague de musique consciente avec des nouveaux artistes qui essayent de percer et des artistes dancehall comme Busy Signal qui changent de direction. Le reggae et le dancehall en Jamaïque sa tourne."
Big Red: "Nous essayons d'être respecté par les anciens et de ne pas mettre n'importe quoi dans la tête des youths!"
Ecrire une nouvelle chanson, c'est chacun de son côté ou comment cela se passe chez vous?
Daddy Mory: "C'est tout à la fois! D'abord on cherche une direction ensemble et après on travaille un peu chaque de notre côté. L'un fait écouter sa partie à l'autre et on s'entre-corrige. Après tant d'années ensemble on est bien rodé là-dedans et ça marche pour nous."
Durant toute la carrière de Raggasonic il y a aussi eu celui qu'on appelle parfois "le troisième membre de Raggasonic", Frenchie. Pourquoi Frenchie et ne pas une dizaine d'autres producteurs?
Daddy Mory: "Pour commencer c'est un francophone ce qui aide beaucoup pour faire le mix et choisir les riddims. Si on travaillerait avec quelqu'un qui parle anglais on devrait toujours nous expliquer."
Big Red: "En plus Frenchie s'est prouvé indispensable très vite; comme lien avec la Jamaïque par exemple. A l'époque nous on savait qui on voulait voir là-bas, mais on n'avait pas les connexions. Frenchie fait aussi de la musique conscient, c'est un peu un activiste comme nous quoi. Au début il nous a rendu le plus grand service qu'il pourrait nous rendre: on était des artistes tout-à-fait freestyle faisant des couplets non-stop sans même penser à un refrain et lui il nous a calmé un peu et nous a appris à structurer nos chanson et à respirer de temps en temps. Il nous a appris pas mal de choses quoi."
Pour 'Raggasonic 2' vous êtes allez en Jamaïque. Ce voyage au pays natal du reggae vous a apporté quoi exactement?
Daddy Mory: "Surtout de voir l'approche des artistes locales à cette musique que nous aimons tant. De notre cote nous sommes de passionnés du reggae, mais pour eux ce n'est souvent même pas un choix. C'est une de seules manières pour eux de s'échapper de la pauvreté et parcourant ce chemin parfois assez dur ils réussissent de montrer une patience énorme."
Big Red: "Le ghetto ce n'était pas l'inconnu pour nous parce-que ou nous on a grandi ce n'était pas trop différent, mais à Kingston il y a la combinaison du ghetto avec la musique, une réalité pur et dur qui n'est pas de notre quotidien, mais qui rends les choses vraiment excitants. C'était une expérience incroyable!"
Daddy Mory: "On avait simplement besoin de voir d'où venait cette musique qui nous faisait kiffér depuis notre jeunesse."
Vous êtes d'accord si je dis que le nouvel album, 'Raggasonic 3', est une continuation logique de l'antérieur, même s'il y a presque quinze ans entre les deux?
Big Red: "C'était le but! On voudrait absolument reprendre le contact avec le noyau dur de nos supporters avant de partir dans des expérimentes. Cela dit, on peut se poser sur n'importe quoi, ça restera toujours Raggasonic, mais comme je viens de dire on a quand-même choisi de faire du rub-a-dub à l'ancien avec quelques virages à droite et à gauche."
Daddy Mory: "Quand on s'est retrouvé en studio pour la première en tantes d'années c'était comme on s'était quitté la veille donc c'est continuation musicale que tu entends sur l'album n'était quelque part que logique. La musique c'est notre vie!"

Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.
Apr 04, 2016